Realpolitik au Moyen-Orient

J’aurais pu commencer par la terror politik dans une France accablée de tous les maux, mais d’autres l’ont fait plus éloquemment que moi, témoin impuissante mais pas sans voix. Je préfère me tourner vers les trois excellentes interventions qu’ont su réunir David Chemla et Ilan Rosenkier sur Zoom à l’occasion de la signature d’un accord qui pourrait bien changer la face du monde entre realpolitik, égoïsme et fatigue.

Jean-Pierre Filiu a indiqué que les temps sont à la Realpolitik

Historien et Arabisant, Prof au CERI, Science Po, Blog sur Le Monde.fr: Un si proche Orient.
Ces accords d’Abraham constituent une victoire historique de Netanyahu au proche orient, ce qu’il avait annoncé. Il impose au reste de la région ses propres thèmes, comme il l’avait déjà fait sur le terrorisme auparavant lorsqu’il avait été le précurseur de la guerre globale contre la terreur. Depuis 2009, il présente l’Iran comme la principale menace.
Quant aux accords d’Abraham, ils prouvent que la palestine est soluble dans l’économie. C’est une victoire personnelle, privatisée de Netanyahu qui lui sert de contre-feu à l’encontre de la contestation. Cet accord du siècle s’est fait sans les Palestiniens et il n’est pas signé par les leaders mais par les ministres des affaires étrangères. L’accord matrice est celui d’Israël avec les Emirati, un Strategic Agenda for the middle-East…who’s next? On parle du Soudan…
C’est un axe contre l’opinion des peuples qui dans leur grande majorité s’opposent à un accord qui ne favorise qu’Israël. Mohammed Dahlan, gazaoui vivant aux Emirats pourrait émerger. En tout cas, cet accord est vu comme un accord anti-iranien d’Etats sans peuples qui peuvent mener une politique sans se préoccuper des opinions.
Les solidarités envers les minorités opprimées (Ouigours, Palestiniens) semblent affaiblies.
Quid de la situation du Liban? Pourparlers sont déjà un pas en avant pour un régime dont le pilier est le Hezbollah, conséquence de la politique de pression maximale de l’administration Trump vis-à-vis de l’Iran, entre autre, a conduit à ces pourparlers.

Filiu, Jean-Pierre. 2020. “Vers un Nouveau Moyen-Orient? Les accords d’Abraham.” In JCall video-conference, edited by David Chemla. Zoom.

Pour Dominique Moïsi, US Foreign Policy begins…and ends at home

Expert à l’Institut Montaigne, IFRI, King’s College.

Paradoxe des élections américaines décisives pour l’avenir des Etats-Unis et de la paix dans le monde qui ne vont pourtant rien changer au Moyen-Orient. L’Amérique de Trump fait moins peur (à l’Iran) et ne rassure plus (les Emirati et Bahrein. On perçoit le retrait progressif des Etats-Unis.
Certes, il faut distinguer le style et la substance. Le style va changer avec Biden et ses principaux conseillers qui vont revenir à plus de multilatéralisme. Cependant on ne sent aucune volonté de retour au Moyen Orient. Les différences se font sentir sur l’Iran où l’on va retourner vers une politique à la Obama. Cependant, comme le développe Haas, Richard N. 2013. Foreign Policy begins at home The Case for Putting America’s House in Order (Basic Books: New York). Donc, pour paraphraser le conseiller de Bill Clinton, James Carville (it’s the economy, stupid!), “It’s the pandemic, Stupid! qui constitue la base de l’élection de Novembre, pas le Moyen-Orient. Dans cette dernière région, à court terme, ce sont la Russie et la Turquie qui mènent le jeu et à long terme, ce sera la Chine qui est fascinée par ce pays et ce peuple juif dont le nombre constitue la marge d’erreur de calcul de sa démographie.
Quant à Israel, on ne peut pas dire que les juifs américains s’en détachent mais qu’ils expriment un dégoût de Juifs américains du couple Trump-Netanyahu.

Dans son ouvrage Le Choc des Civilisations, Samuel Huntington pressentait l’alliance entre Confucius et Islam contre les valeurs de l’Occident, or il y a une alliance de Realpolitik entre les régimes autoritaires. L’enjeu des élections est de savoir si on peut revenir à une Amérique plus morale. C’est l’avenir de l’Europe et des démocraties classiques.

Moïsi, Dominique. 2020. “Vers un nouveau Moyen Orient ?” In JCall video-conférence, edited by David Chemla. Zoom.

Daniel Shek nous a expliqué que les héros sont fatigués…

Ancien ambassadeur d’Israël en France, 2006-2010

4 sujets intéressent Israël aujourd’hui:

le COVID;
la viabilité des institutions démocratiques en Israël (crainte d’un affaiblissement institutionnel pour la gauche et d’un renforcement pour la droite);
la vague de protestations depuis trois mois
le changement dans les relations internationales dans la région.

…et au dessus des ces 4 sujets, la situation personnelle de Netanyahu.

Les Palestiniens n’intéressent plus les Israéliens, et le monde arabe se sent libéré de sa solidarité à leur égard. Les Palestiniens eux-mêmes oscillent entre leurs préoccupations quotidiennes et la tentation d’une place dans un Etat fort. On assiste donc à :

1) une fatigue internationale après 50 ans de lutte et 10 ans d’immobilisme

2) la droite et le lobby des implantations continue sa stratégie qui semble efficace de gagner du temps et qui a mis à profit ces 50 ans pour aggrandir ses territure et à endormir les Israéliens et le reste du monde sur cette question des implantations.

3) la crise profonde de la gauche israélienne.
Pour la gauche Israélienne, la résolution du conflit israélo-israélien était centrale, or le public israélien s’est lassé. Enfin, il y a les changements dans la région, la fin de la solidarité arabe autour des Palestiniens, le changement des regroupements et coalitions au sein du monde arabe, le danger iranien pour les sunnites modérés qui explique la rupture avec la tradition de ne normaliser qu’après la résolution de la question palestinienne.

On assiste à l’euphorie de la droite qui pense qu’on peut laisser les palestiniens sur le bord de la route et d’intégrer israël dans la région. Le public s’est réjouit d’apprendre qu’on peut aller à Abu Dhabi et Dubai sans visa et dans la gauche israélienne, grand désarroi.
Réflexions personnelles: il fallait régionaliser la question palestinienne donc pas opposé aux Accords d’Abraham même si le contexte a changé, je continue à penser que le pilier central d’un accord israélo-arabe reste la solution à deux états. Concernant la gauche, on ne peut plus utiliser les recettes d’hier pour faire la paix demain…Finalement, le monde peut minimiser le rôle des palestiniens, les arabes compris, mais nous, israéliens, ne le pouvons pas.
Gauche-Droite: pas de véritable clivage économique, c’est la question du règlement de la paix qui fait la différence. 2 millions de palestiniens en cisjordanie…qu’en fait-on ?

Shek, Daniel. 2020. “Vers un nouveau Moyen-Orient? Israel après les accords d’Abraham.” In JCall video conference, edited by David Chemla. Zoom.

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