J’avais promis d’écrire plus régulièrement et il semblerait bien que sept mois se sont écoulés depuis. Peut-être faut-il y voir, outre mes activités relativement nombreuses, une sorte de lassitude devant un monde toujours plus fou.

Si j’écris aujourd’hui, c’est parce que ces derniers temps, j’ai vu une série de films absolument magnifiques et surtout Odyssey… mais j’y reviendrai.

Auparavant, j’aimerais parler de l’extraordinaire L’Abandon qui, à mon avis, ne rencontre pas le succès médiatique auquel il aurait droit.J’ai dû moi-même, enseignante et engagée dans la laïcité et le respect des cultures, qui affiche mes numéros de Charlie sur mes murs pour ne pas oublier, faire un effort monumental pour aller voir ce film.

Je comprends donc parfaitement la réaction de mes amis, très nombreux qui frissonnent à sa seule évocation.

Il me semble, toutefois que nous perdons une partie de notre âme à nous réfugier derrière notre hypersensibilité, qui, au demeurant, n’est jamais mise à mal dans ce film, fait de pudeur, d’honnêteté et de désir, de se mettre dans la peau de l’autre.

On comprend le parent, fou de rage et son combat pour sa « juste cause », on comprend le désarroi d’une petite menteuse qui n’arrive plus à enrayer le système tant elle craint pour l’immédiate conséquence de son mensonge, plutôt que pour un futur qu’elle maîtrise pas.

On voit aussi l’incompréhension des collègues plus apeurés par leurs élèves et prêts à suivre la meute.

Et surtout, on voit un être profondément honnête, se noyer malgré la bonne volonté de sa hiérarchie et de la police. Il est facile de leur reprocher leur légèreté, mais avant Samuel Paty, qui aurait pu prévoir Samuel Paty ? ceux qui avaient vu La Crise peut-être…? ce qui dénoncent depuis bien longtemps, Les Territoires Perdus de la République, et qu’on a méprisé et qu’on continue à mépriser.

Enseignante, je suis bien placée pour savoir que ce sont à nous, les éducateurs, a fixé des limites et à dire les choses clairement.

Petit aparté amusant, en rentrant hier soir du cinéma, je me suis trouvée dans le tram en compagnie d’une maman enceinte avec ses deux filles d’environ cinq et sept ans. Celle de sept ans était exactement face à moi. La mère exténuée était sur son téléphone et la fillette qui me faisait face s’est mise à parler, extrêmement fort à tort et à travers, sans que sa maman réagisse. La petite fille m’a alors regardé, et j’ai simplement mis mon doigt sur la bouche. Elle m’a alors dit : « ah, il faut parler moins fort pour que le conducteur ne fasse pas un accident ». Elle a alors regardé sa mère et a dit à sa sœur de parler moins fort. je crois profond m’en qu’elle a été enchantée à ce moment-là qu’on lui fixe une limite avec une raison relativement valide et dont je me suis empressée de dire que c’était également pour que les autres personnes ne se mettent pas à en faire autant car on s’entendait plus….

Mais revenons à nos films, à défaut de moutons (lesquels bêlent dans mes brouillons à la suite de notre voyage en Écosse). L’enseignement devient de plus en plus une manière de satisfaire la clientèle. On nous prolonge, à Genève, les vacances de Pâques pour que les électeurs aient de belles vacances de printemps sans songer aux conséquences sur une année scolaire totalement illogique.

Alors que la canicule continue à sévir, nous rentrons en classe un 17 août. Et, mis à part un pont, presque immédiatement à la rentrée et une misérable semaine de vacances en automne, nous serons en classe du 17 août au 24 décembre. Je n’exagère pas, vous n’avez qu’à vérifier.

Ce n’est plus le bien-être de l’enfant, et encore moins celui de son enseignant qui ont pu motiver une telle aberration. Tout enseignant sait qu’à partir de la rentrée de janvier, nous assistons à un rythme décousu et peu propice à un apprentissage heureux.

Je ferai peut-être un jour une chronique sur un système que j’ai intégré avec bonheur il y a 23 ans maintenant, et que je vois péricliter au fil des années. Je ne conclurai ce petit aparté que pour signaler qu’en matière de harcèlement aujourd’hui, c’est le ressenti du « harcelé » qui sera désormais la norme, un chemin propice, à mon humble, avis, à toutes les dérives.

Pour revenir à nos films, j’ai adoré les deux films sur De Gaulle, l’Âge de Fer et J’écris Ton Nom.

Je croyais tout connaître de cette période, et pourtant je me suis surprise, à suivre, haletante, les aventures de cet homme seul contre tous. Enfin, pas complètement seul, ayant un grand-père qui a fait partie de la 2e DB du Colonel Leclerc, j’étais bien placée pour apprécier à sa juste mesure le soutien absolument fondamental d’une personnalité française que je trouve bien peu mise en lumière dans le récit national. Cet aristocrate entouré d’une bande de métèques (dans laquelle je classe évidemment mon grand-père, mes grands-oncles, et le reste de ma famille qui l’on rejoint) et d’anarchistes, a été le pilier existentiel du revirement spectaculaire d’une France qui, finalement ne trouvait pas trop mal de se débarrasser de ses juifs quitte à cirer les bottes des Allemands.

J’en vient donc à Odyssey , le principal propos tout de même de ce blog.

Tout d’abord, l’idée qu’on puisse remettre Homère, que même mon dictaphone ne connaît pas, non seulement dans les salles obscures, mais au top du Box Office me semble extrêmement réjouissant.

Les pédants vous parlerons de trahison, et je reconnais voix, moi-même, légèrement pouffé, en constatant que « εὐπλόκαμος Ἑλένη » était (remarquablement) interprétée par Lupita Nyong’o car je me souvenais de mes versions grecques qui parlaient ailleurs de « boucles blondes, ξανθοπλόκαμος » (la seule raison pour laquelle je m’en souviens est que ma magnifique sœur, Hélène, n’est pas très loin de la version de Christopher Nolan).

Ce qui est frappant dans ce film est l’intelligence de l’esprit de l’Odyssée, et surtout sa réflexion finale sur la chute de Troie pour des raisons injustes. avant Nolan, je ne l’avais jamais vu comme ça, et évidemment, à la lumière des évènements actuels, de l’Ukraine à l’Iran, sans jamais oublier. Israël, nous sommes au cœur des guerres iniques.

Il reste à espérer qu’il y aura un Homère ou un Nolan pour nous en restituer la vérité, dans un futur que j’espère plus proche que les 3000 ans qui nous séparent du poète aveugle.

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