Sans voix, mais avec espoir

Face aux foules et aux rumeurs vociférantes et haineuses dès qu’elles reprennent leur souffle, je reste sans voix.

Depuis mon article sur la vague jaune, bien des raisons auraient pu ou dû susciter un billet d’humeur…

Mais une vie désormais partagée avec bonheur et une vague trop évidente de populisme sans projet ont provoqué, ou au moins facilité, un repli stratégique.

Le temps d’appréhender, comprendre, accepter l’inéluctabilité du cours du temps…la défaillance programmée de la pensée au profit d’une réactivité épidermique et communautariste (plus que communautaire, le groupe identitaire comme cellule politique…).

Certes, il y a l’Algérie mais on tremble en songeant aux autres printemps arabes qui prennent l’eau…

Quel espoir ? Le monde s’est un instant fait un face à une cathédrale symbole… mais s’est vite déchiré devant les autres martyrs du déchaînement haineux et toujours amer.

Mon ami Jean Freymond, vrai sage d’un monde contemporain qu’il s’efforce de percevoir positivement m’a écrit ces lignes merveilleuses au lendemain de l’incendie de Notre-Dame :

Parisienne et de partout, cosmopolite donc, j’imagine ta stupeur et ta tristesse,

L’impensé et l’impensable devenu réalité, soudain et avec une brutalité extrême. C’est bien plus qu’un édifice emblématique qui a été la proie des flammes. Le feu sans lequel l’homme, celui là même qui bâtit des cathédrales, ne serait pas, lui a tendu un miroir où contempler sa fragilité et le rappeler à l’humilité, et combien il n’est pas grand chose quand l’histoire en décide autrement. 

L’extraordinaire de l’être humain est d’avoir probablement toujours eu conscience de cette part d’incompréhensible du monde qui était le sien, d’avoir alors placé cet incompréhensible sous le chapeau du sacré, et d’avoir immédiatement abrité ce sacré en des lieux qui le devenaient, et qui n’étaient jamais trop beaux. Les grandes grottes qu’il décora, puis probablement le tout premier temple, Göbekli Tepe, sont les ancêtres de Notre Dame. D’emblée l’homme a placé le divin, les dieux, puis Dieu, au cœur de sa vie, pour la structurer et lui donner ce supplément de sens qu’aucune réponse rationnelle ne pouvait lui apporter, pour l’ancrer à perpétuité dans des valeurs sans le respect desquelles il ne peut y avoir de vie en communauté. 

Notre Dame est symbole de la centralité du sacré et de la très très longue durée face au pouvoir séculier pour le contrôle duquel les hommes s’entretuent. Notre Dame qui brûle, en soi une tragédie, c’est bien plus que cette tragédie. C’est une incitation à réfléchir au sens de ce que les bâtisseurs d’il y a mille ans  ont entrepris de construire.

Voici venir le temps où rebâtir des cathédrales doit se faire en nous rappelant pourquoi elles sont sorties de terre, en nous souvenant aussi que Notre Dame fût consacrée, en 1345, deux ans avant le début de la grande peste qui causa en Europe la mort de 25 millions de femmes et d’hommes, soit entre 30 et 50 % de la population. L’Europe alors bascula et le doute s’installa, ce doute qui fut essentiel dans l’émancipation de l’homme, lui permit de s’extraire du carcan de la religion, créa les conditions du développement de la science moderne et donna aux artistes un souffle de liberté. Hasard et paradoxe de l’histoire, Notre Dame fût achevée au moment symbolique où l’Europe commençait à renouer avec les racines qui la renvoyaient à la Grèce et à Rome.

L’histoire est mouvement. L’homme d’aujourd’hui n’en est qu’un des relais, un rôle qu’il doit assumer avec courage, et aussi intelligence, pénétré d’un grand sens de sa responsabilité.

Jean F. Freymond
President, Dialogues Geneva – D@G
and Network for Governance, Entrepreneurship & Development (GE&D)

Jean est depuis bien longtemps l’une de mes éternelles sources d’inspiration et de réflexion… mon tout premier boss à Genève et un ami qu’il n’est pas nécessaire de voir pour savoir qu’il est et que cela fait du bien…!

Comme lui, je préfère regarder ce qui va bien mais en gardant ouverts mes yeux sur une Chine et une Russie prédatrices, des Etats-Unis hagards, une Europe qui n’a jamais tenu ses promesses et des incompréhensions totales un peu partout entre excès de genre ou oppression toujours plus forte des minorités.

J’aimerais rester optimiste mais reviens du Chili où le désert d’Atacama a subi des inondations et la patinoire naturelle de Punta Arénas n’est plus gelée depuis 8 ans…

Donc je préfère partager ces quelques témoignages de leur beauté et espérer que la jeune génération qui semble ouvrir les yeux saura s’arracher à ses écrans pour se connecter au monde réel

Bref, aux Gilets Jaunes, je préfère les Gilets Jeunes

Post-scriptum : le billet de Jean F. Freymond à propos de l’allocution télévisée du Président Macron:

Les êtres humains révèlent plus particulièrement ce qu’ils sont en certaines circonstances au nombre desquelles il faut ranger la conférence de presse. Langages verbal et non verbal s’y conjuguent et permettent de lire une personne avec une objectivité certes toute relative, mais si on s’efforce de n’avoir aucun préjugé préalable , aucune attente et aucun a priori, somme toute assez proche de la réalité de ce que cette personne est.

La conférence de presse donnée par Emmanuel Macron le 25 avril, a été à cet égard exemplaire. Un homme s’y est livré avec une grande authenticité. Il a témoigné de son humanité, de son courage et de son intelligence; et du fait qu’au delà d’une fonction qui est un terrible carcan, il demeurait un homme avec ses doutes et ses certitudes, ses aspirations et ses convictions profondes, une volonté de servir son pays et de l’extraire de ce qu’il pense être son ornière. C’est cet acharnement à vouloir une transformation qu’il juge, comme beaucoup, indispensable, qui a sans doute conduit à ce défaut d’écoute qu’on a pu lui reprocher et qui est propre à l’homme d’action, défaut dont l’explosion de la France profonde lui a fait prendre conscience, et qu’il paraît avoir commencé de corriger, comme en témoigne son engagement personnel dans ce grand débat qu’il a voulu.

Emmanuel Macron se veut dans la ligne de Charles de Gaulle. Il s’en revendique comme en a témoigné à nouveau Les mémoires déposés à sa gauche alors qu’il s’exprimait, les flammes ayant dévorés Notre Dame. Charles de Gaulle, c’est une certaine idée de la France, une passion pour son pays, un constat lucide des changements nécessaires et la volonté de les apporter.  Emmanuel Macron n’a pas dit autre chose le 25 avril. Il s’est fixé un cap stratégique dont il n’entend pas dévier. Ce sont certains éléments de la stratégie et la manière de la mettre en œuvre qui vont être infléchis. La vision reste la même. En ce sens Emmanuel Macron est napoléonien. « On s’engage d’abord et on voit ensuite ». Si ce n’est qu’il n’a pas su voir. Un manque qu’il paraît avoir corrigé.

Charles de Gaulle avait déclaré: « Français, aidez-moi ! ». Emmanuel Macron leurs dit, assumez votre part de responsabilité. C’est là quelque chose d’essentiel. Une des très grandes caractéristiques de ce début du XXIème siècle est que les sociétés sont devenues si complexes que « no one anymore is in charge », comme le disait Harlan Cleveland. Ou plutôt, « everyone is in charge ». C’est là un des messages premiers d’Emmanuel Macron. 

Cet « everyone « n’est autre que cet immense auditoire auquel Emmanuel Macron s’adressait. À l’heure où les peuples du Soudan et l’Algérie entendent prendre leur destin en main, à l’heure où les écoliers alertent sur l’état de la Planète, la France à laquelle Emmanuel Macron parlait l’a-t-elle compris? Pas si sûr à en juger des premiers échos. Le message essentiel paraît avoir été occulté, la plupart se concentrant sur les mesures concrètes annoncées, soit sur des considérations opérationnelles jugées dans la perspective de ses propres attentes et de ses propres intérêts. Faut il s’en étonner? Rien de très nouveau si on remonte à Charles de Gaulle. 

Ces réactions premières laissent penser que la route que le Président et son gouvernement vont continuer d’emprunter va rester sinueuse et jalonnée d’obstacles dans le contexte d’une Europe dont les repères se sont estompés, d’un Occident sans colonne vertébrale et d’un monde qui se transforme radicalement. La chance de la France est d’avoir un Président qui sait où il va, même si sa route est traitre, à chaque virage ou presque. Ce qu’il faut souhaiter, c’est qu’il ait été entendu quand il a demandé à chacun d’assumer sa part de responsabilité dans la marche de la société. Ceci vaut pour la France, ceci vaut pour l’Europe et les Européens. (jff-27.4.2019)

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