Le premier groupe, largement majoritaire avec 46%, compte des musulmans «soit totalement sécularisés, soit en train d’achever leur intégration» sans renier leur religion. Un deuxième groupe, représentant 25%, est plus pieux et plus identitaire tout en rejetant le voile intégral.

Le dernier groupe, que l’Ifop évalue à 28%, réunit des croyants qui ont «adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République», s’affirmant «en marge de la société». Les jeunes, les moins insérés dans l’emploi et les convertis sont les plus disposés à adhérer à ce modèle, jusqu’à 50%.

“Musulmans de France: une majorité de laïcs, plus d’un quart de rigoristes, selon un sondage” Libération, 18 septembre 2016 à 07:47 (cliquez ici)

Je suis sonnée…J’aimerais être optimiste à la lecture de ce sondage qui, somme toute, m’indique que près de la moitié des personnes de confession musulmane interrogées par l’IFOP sont laïques…mais que dire des 28% de “croyants” qui se contrefichent de la République dans laquelle ils vivent?

Enseignante depuis près de 15 ans, je m’émerveille toujours de ce qu’un prof peut faire passer à ses élèves et du dévouement incroyable produit par mes collègues pour aider leurs élèves. Encore faut-il que ses élèves ne soient pas infiniment plus riches que les premiers du fait de trafics en tout genres, certes… et je connais également certains contre-exemples d’aigris insatisfaits! Il reste que le métier d’enseignant, particulièrement lorsqu’on s’adresse à des adolescents et à de très jeunes adultes, permet d’ouvrir des horizons à des personnes à part entières en devenir. Leur expliquer comment penser par eux-mêmes et non par le biais de maîtres à penser est l’un de mes credo dont vous retrouverez des traces au long des dix années de blog de Cosmopolitique.org.

J’ai l’immense chance d’enseigner dans une ville très agréable 

 pourtant frontalière avec un Etat, le mien, ma patrie, qui lentement semble se déliter sous mes yeux ébahis. Qui faut-il croire? De quoi faut-il s’étonner? Qu’est devenu notamment le système d’enseignement qui m’a permis, première génération d’immigrés, de faire hypokhâgne et khâgne dans le lycée que fréquenta Proust et de m’y sentir totalement à mon aise?

Ma mère, Francine Masliah, m’a mis entre les mains un papier dérangeant de Natacha Polony que je reproduis ci-dessous, mais avant cela, je tiens à signifier que je ne suis pas nécessairement d’accord avec tout ce qu’elle écrit. Le multiculturalisme, dans nos sociétés contemporaines, est une réalité. Il ne s’agit pas de la nier et je trouve merveilleux que désormais on sache en France qu’existent d’autres fêtes que celles au calendrier grégorien.

Mais comme tout ce qui est fait dans ce beau pays qui est aussi le mien, le multiculturalisme est mal digéré et forcément il cause des hoquets regrettables…Je suis toujours outrée, dix ans après, que ma fille soit un jour rentrée de son collège à Ferney-Voltaire en n’ayant pas mangé car la cantinière avait refusé de lui donner une pizza végétarienne plutôt qu’une pizza au jambon au motif “qu’elle n’était pas musulmane” était-ce cela l’école indifférenciée? Une école où pour manger ce que bon nous semble, il faut afficher sa couleur religieuse? Une laïcité bien comprise devrait laisser à tous les élèves un choix qui ne s’apparente pas à une obédience! Cela, les VRAIS pays multiculturels que sont l’Angleterre, les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, l’ont parfaitement compris. Thanksgiving, cette fête merveilleuse que célèbrent absolument tous les Américains, est une reconnaissance et une gratitude du savoir vivre ensemble…

Or en France où l’on a laissé des générations végéter, où les élèves maghrébins (ou paysans) doués étaient priés de faire un BEP “pour aider la famille” , où Touche Pas à Mon Pote est resté lettre morte, on récolte aujourd’hui des fruits amers poussés sur un terreau malsain. Pourquoi se fatiguer à aller à l’école puisqu’on gagne plus en tant que petite frappe d’un gang de dealers dans des “territoires perdus de la République”? Pourquoi cet ouvrage remarquable écrit il y a plus de dix ans a-t-il été ignoré?

Et pourtant, ces “petites frappes” sont des gamins adorables et intelligents…laissés à eux-mêmes! Un ami Marocain prof de gym me disait qu’on l’avait envoyé pour son premier job s’occuper des enfants de Molenbeck…il est parti en courant au bout de six mois comprenant qu’il était déjà trop tard, il y a plus de 20 ans!

Tout était déjà dit et écrit…Barber avait dix ans auparavant déploré la dérive éducative aux Etats-Unis, et nous avons laissé faire, nous avons assisté au retrait des policiers des cités, nous avons laissé les garçons se faire embrigader à la Mosquée et les filles se faire insulter si elles n’étaient pas voilées…Et voici mes chers amis défenseurs ardents de tous les droits de l’homme qui s’insurgent lorsque je crie que de bâcher une femme sous prétexte qu’elle est femme est innocent dans la mesure où elle “s’auto-bache”!

My lovely Egyptian rowing partner has shared a History in Pictures heart-breaking video on FB showing life in Afghanistan before the Soviet invasion (click here). Religion is something personal…until it infringes on the rights of the person, whether you like it or not…What women do in our free societies is one thing, but do they ever think about the message they send back to the countries already under the Chariah? “Give up any hope and stay at home because even when we have the choice, we readily accept to be second class citizens“.

Un jour mes petits-enfants se demanderont pourquoi je me suis tue…alors je ne me tais plus. Je me rappelle de cette adorable iranienne venue à l’ONU pour une conférence sur les droits de l’homme et qui me montrait son rouge à lèvres, très léger, qu’elle s’autorisait à porter ici et qui lui aurait valu une solide correction chez elle…Alors choisir sa prison c’est bien, mais encore faut-il savoir si vous avez bien compris que c’est une prison, et pour cela il est utile d’avoir une éducation suffisante, entreprise qui, en tout cas en France, semble largement menacée. Alors, dans ce cadre là et après ce préambule, voici le constat d’une femme qui a les yeux ouverts:

Polony, Natacha (2016), ‘Les Oukases de Pimprenelle’, Le Figaro, Samedi 3-Dimanche 4 septembre. Opinions p. 17.

Est-ce un hasard si ces dernières années ont vu reculer la maîtrise de la langue, du vocablulaire et de la grammaire dans toutes nos classes et parallèlement se développer les discours les plus obscurantistes, aussi bien sur les lois religieuses devant prévaloir sur les lois de la République que sur la place des femmes qui serait à la maison? Et-ce un hasard si la France est à ala fois ce pays où l’école amplifie désormais la destinée sociale des élèves et celui où des jeunes gens le détestent au point d’attaquer leur concitoyens au couteau ou à la kalachnikov? Est-ce un hasard si notre ministre de l’Education nationale défend bec et ongles une réforme du collège conconctée par une administration indéboulonnable qui n’apprend rien de ses tragiques erreurs et ne trouve rien à redire à une tenue de plage affichant l’idée que les femmes ont coupables du désir qu’elles inspirent et matérialisant la conquête de l’espace public par le différentialisme culturel (ceux qui y verraient un affligeant clientélisme servant ses ambitions électorales à Vénissieux sond de méchanges langues)? Parmi les innombrables dénis de réalités lancés depuis trente ans à la face du peuple français, les mensonges accumulés sur l’état de l’école sont les plus criminels qui soient. Parce qu’ils ont privé des générations d’enfants de milieux défavorités de leur seule richesse. Parce qu’ils ont désespéré des classes moyennes qui voyaient dans l’école un espoir d’ascension sociale fondée sur le moins injuste des critères: le mérite. Parce qu’ils ont transformé ce pays en un agrégat d’individus et de communautés privés de ce patrimoine historique et culturel qui seul peut leur donner l’envie de se forger un destin commun. Devant le tribunal de l’Histoire, il est des réquisitoires qui seront terribles.
Mais tout va bien. La rentére se passe bien et les promesses sont tenues, nous dit la ministre de l’Education antionale, que François Hollande surnomme Pimprenelle “parce qu’elle endort les profs”. Najat Vallaud-Belkacem évite soigneusement de se confronter à des contradictuers pointus. Elle peut dont afficher son inoxydable sourire pour asséner quelques contrevérités électoralistes. Personne pour débattre avec elle de la différence entre une vague initiation à la culture latine infligée à 100% des élèves, et qui ne laissera aucune trace, en particulier chez les 25% qui sont en grande difficulté avec la langue française, et le travail de fond que peut représenter la confontation à une langue et une grammaire qui ont structuré les nôtres. Personne pour l’obliger à défendre avec quelques arguments cohérents des enseignements interdisciplinaires qui aboutissent à la fabrication de romans-photos ou à des réflexions lunaires sur les habitudes alimentaires de Madame Bovary.
Najat Vallaud-Belkacem incarne la forme chimiquement pure de l’idéologie. On ne se confronte pas à elle argument contre argument. On est, par essence, un salaud. Le roman que lui écrivait Le Monde cette semaine nous le raconte: “ce qui la mert hors d’elle, c’est la faiblesse du débat public sur l’école. La blouse grise, l’autorité, les crispations identitaires…Elle ne supporte pas que ça vole aussi bas.(…) Elle est convaincue qu’un pays démocratique ne peut avoir un école qui fonctionne comme une centrifugeuse sociale”. Pierre Nora et Jacques Julliard, qui crititquèrent les premiers cette réforme lamentable sont donc aimablement assimilés aux incultes et aurx racistes qui parfois se manifestent contre la ministre. Des pseudo-zintellectuels (avec la liaison) élitistes et oeuvrant pour défrendre les privilèges des riches. Voilà qui évite de répondre sur le fond. Notamment sur le fait que cette réforme, comme les précédentes, accentue justement la centrifugeuse sociale en laissant le soin aux entreprises de soutien scolaire de combler les vides béants laissés par l’école.
Cette ministre, plus que tous ses prédécesseurs (qui pourtant y ont mis de l’ardeur), est complice de la destruction de l’école comme lieu d’émancipation par le savoir et de sa transformation en une manchine à produire des employés adaptables aux compétences globalisées, futurs consommateurs-producteurs (ou consommateurs-chômeurs subentionnés par un revenu universel). Avec sa bonne conscience satisfaite, elle remplit la mission fixée par l’OCEDE et le protocole européen de Lisbonne d’uniformisation du marché éducatif sans comprendre qu’elle ouvre un boulevard à tous les prêcheurs de haine, puirsque l’obscurantisme fait son lit de l’inculture.
Mais Najat Vallaud-Belkacem est d’une gauche dont le multiculturalisme, en niant l’histoire des peuples, est le meilleur allié de cet utilitarisme mercantile. Une gauche qui n’a jamais lu Marx et qui a totalement oublié le sens du mot aliénation.

Certes, tout est à réapprendre dans une école où les élèves n’ont plus les codes de leurs ainés, où la télévision est un objet obsolète et où les “comiques” sont les maîtres à penser qui “décryptent” les actualités…Najat Vallaud-Belkacem n’a pas tout faux, mais je peux déjà lui prédire que dans ses classes d’arabe, elle ne verra que des têtes blondes que les parents poussent à tout apprendre…

Nous sommes déboussolés, mais ne perdons pas, au moins, notre merveilleuse devise de Liberté, d’Egalité et de Fraternité…

 

 Voir aussi sur ce blog:

Autres références:

Bensoussan, Georges (alias Emmanuel Brenner) (ed.), (2002), Les Territoires perdus de la République – antisémitisme, racisme et sexisme en milieu scolaire (Paris: Mille et une nuits) 238.

Devecchio, Alexandre (2015), ‘Des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation’, Le Figaro, 17 août