Je reviens dans la tourmente médiatico-humanitaire qui secoue notre planète qui semble n’avoir que le burkini à se mettre sous la dent…Ayant passé de délicieux moments en compagnie d’Alistair MacLeod, Proust et Finkielkraut dans une île de 2000 habitants au large de la Baie de Fundy,je peux donc vous faire part d’une de mes lectures qui permet d’intellectualiser un débat qui déborde.

🎂🍾Ce blog est également pour moi l’occasion de célébrer les 10 ans de cosmopolitique.org dont je rappelle que le but premier reste de conserver et partager ma bibliographie et mes articles. J’ai d’ailleurs remanié la page About qui comprend un sommaire permettant de mieux visualiser les pages et articles…et j’ai changé la présentation du site dont j’attends votre feed-back !

Tout d’abord, sur la question du voile et de tout autre accoutrement religieux, je tiens à préciser que chacun(e) fait ce que bon lui semble….mais cela ayant été posé, il faut être aveugle et sourd pour ne pas comprendre à quel point ce débat du burkini est instrumentalisé et c’est là que mon cher Alain Finkielkraut devient précieux…voici les thèmes abordés:

  1. Un universitaire parfois drôle, toujours sérieux, précis, fidèle et consciencieux.
  2. Soi et l’Autre en France.
    1. Langue française.
    2. Voyage en France.
    3. Laïcité.
    4. .Education et Education 2.0.
    5. L’islam comme http://www.game. (ou Djihad vs McWorld
    6. Soulevons le voile.
    7. Dérapage maghrébin.
    8. Fascisme et FN..
  3. Corps, genre et sexualité à l’heure du désir assouvi
  4. Judaisme et les Nouveaux Juifs musulmans.
    1. Les Nouveaux Juifs.
    2. Le nazisme dans l’inconscient collectif actuel
  5. Où va l’Europe.
  6. Et Israël dans tout ça ? Quid de la Palestine ?
  7. Art, Culture et spectacles 2.0.
  8. L’intellectuel dans l’histoire: Autonomie et responsabilité de regarder les choses en face.
    1. Célebrons Mandela les yeux ouverts.
    2. Les Nouveaux Amuseurs Communautaires et les Amuseurs Assassinés.
      1. Dieudonné.
      2. Charlie.
    3. La Gauche 2.0.
    4. Journalisme 2.0.
  9. Leçons

 Finkielkraut, Alain (2015), La Seule Exactitude (Paris: Éditions Stock).

Je reviens dans la tourmente médiatico-humanitaire qui secoue notre planète qui

Universitaire empreint d’humour ironique et incisif , toujours sérieux, précis, fidèle et consciencieux
Il cite profusément et clairement ses sources et dans cet ouvrage, la palme revient à Levinas, Peguy et Heidegger. Avant de vous agiter pour cette dernière référence, lisez toutes les citations qui sont évidemment le fruit de ma lecture subjective. Je regrette toujours qu’Alain Finkielkraut persiste à lire le monde à travers son prisme un peu trop issu de Samuel Huntington alors que la lecture bien plus intelligente de Benjamin Barber lui serait infiniment profitable. Mais il ne doit pas être publié par Gallimard et cela compte peut-être également.Et puisqu’il traite si intelligemment de l’Affaire Dreyfus, pourquoi diable ne cite-t-il pas Proust qui dans Du Côté de Guermantes notamment y a écrit des pages magnifiques? Enfin, nobody’s perfect!

Il n’en demeure pas moins que j’aime infiniment cet intellectuel d’immense culture et d’une remarquable et louable sincérité. Toutes les citations ont été remaniées selon des thèmes qui m’intéressent et auxquels j’ai donné mes titres de même que j’ai mis en gras et en rouge ce que je cherchais à mettre en évidence.  Si vous voulez les retrouver dans l’ordre, il vous faudra vous rendre sur ma page bibliographique sous F…comme….vous savez qui !

En exergue la phrase d’où est extraite le titre de l’ouvrage: Se mettre en avance, se mettre en retard, quelles inexactitudes. Etre à l’heure, la seule exactitude (Péguy, Charles, Note conjointe sur Monsieur Descartes et la philosophie cartésienne.)

124-125: Si Levinas a raison de voir dans le judaïsme un “humanisme de l’autre homme“, c’est très inconsidérément qu’il consacre en son nom l’esprit de la technique. Car, comme le dit Heidegger avec une clairvoyance qui n’excuse en rien son égarement, mais que celui-ci ne suffit pas à démentir, la perte de l’Autre et de l’être est le drame de notre modernité éperdue. La tâche indissolublement existentielle et philosophique qui nous incombe, dans une telle situation, est de retrouver le sens de l’indisponibilité de l’Autre en rompant avec le crédo de l’interchangeabilité et de redécouvrir aussi l’altérité de l’être en cultivant pour ce que nous n’avons pas fait, pour ce qui est donné, les dispositions oubliées de l’attention, de l’égard et de la gratitude.

112 : Ces remarques et réflexions consignées entre 1930 et 1970, dans trente-quatre cahiers à couverture en toile cirée noire ne sont pas encore disponibles en français, mais, dans son petit livre (…) leur éditeur, Peter Trawny, a recensé et commenté les quelques passages sur près d’un millier de pages où il est question de la Weltjudentum. On lit notamment que la tâche métaphysique du judaïsme ou, selon la traduction adoptée par Jean-Claude Monod et Julia Christ, de la “Juiverie Mondiale“, consiste à “assumer au niveau de l’histoire mondiale le déracinement de tout étant hors de l’être” cf. Trawny, Peter (2014), Heidegger et l’antisémitisme. Sur les “Cahiers noirs”, trans. Julia Christ and Jean-Claude Monod (Paris: Seuil). p. 53

113: Nous voici même sommés (…)de rompre avec celui que Martin Legros appelle, dans Philosophie Magazine, l'”être pour le Reich“. Si nous ne le faisons pas, prévient Richard Wolin, si nous persistons dans l’adulation (…) nous nous montrerons coupables de “perpétuer la logique de trahison philosophique initiée par le Maître lui-même”.

Je n’appartiens pas à la communauté des heideggériens (…). Peut-être ne suis-je (…) qu’un amateur. Mais cet amateur essaie d’être consciencieux. Il lit patiemment, scrupuleusement, les grands textes de Heidegger, et il a une familiarité déjà ancienne avec l’œuvre d’Emmanuel Levinas. A ce double titre ( …), je refuse d’accéder, sans autre forme de procès, à l’injonction de Richard Wolin, et de décréter Heidegger infréquentable.

114-115: Levinas (…) en 1928 a fait le voyage de Fribourg-en-Brisgau pour suivre les cours de Husserl et, comme il le dit lui-même, il a rencontré Heidegger. “J’ai su aussitôt que c’était l’un des plus grands philosophes de l’histoire. Comme Platon, comme Kant, comme Hegel, comme Bergson”. Et Levinas dont la vie a été “dominée parle pressentiment et le souvenir de l’horreur nazie”, n’a jamais renié cet éblouissement initial.En 1975 dans ( Levinas, Emmanuel (1993), Dieu, la mort et le temps (Paris: Grasset) p. 16) Levinas (…) en 1928 a fait le voyage de Fribourg-en-Brisgau pour suivre les cours de Husserl et, comme il le dit lui-même, il a rencontré Heidegger. “J’ai su aussitôt que c’était l’un des plus grands philosophes de l’histoire. Comme Platon, comme Kant, comme Hegel, comme Bergson“. Et Levinas dont la vie a été “dominée parle pressentiment et le souvenir de l’horreur nazie“, n’a jamais renié cet éblouissement initial. En 1975 dans son dernier cours professé à la Sorbonne, il reconnaît la dette de tout chercheur contemporain par rapport à Heidegger, “dette qu’il lui doit souvent à regret“.

Mais Levinas ne tombe jamais dans la complaisance (..). Il ne se contente pas de nuancer l’admiration qu’il continue d’éprouver pour son œuvre immense d’un soupir mélancolique pour sa “Grosse Dummheit“. Bref, acquitter la dette qu’il a contractée, ce n’est jamais, dans son esprit, dédouaner le créditeur. Ecrite à la lumière de la grande catastrophe, l’œuvre de Levinas peut même se lire comme un Contre-Heidegger.

115: Si, pour Heidegger, l’homme n’est pas le maître de l’étant mais, selon une formule devenue célèbre, le berger de l’être, pour Levinas, l’humanité de l’homme s’atteste dans la responsabilité pour autrui. L’humanisme est récusé dans les deux cas, mais au berger de l’être heideggérien répond le “gardien de son frère” levinassien.(…)

A la différence ontologique dans l’œuvre de Heidegger fait écho, dans celle de Levinas, l’excès inépuisable du visage sur son image ou sa forme plastique. Tandis que pour Heidegger, le trait dominant de notre époque consiste dans la fermeture de la dimension de l’indemne, Levinas voit l’humanité progresser vers un monde où plus rien d’irréductible ne viendrait limiter la pensée.

116: (Comme Thomas Mann, danken et denken chez Heidegger). Levinas nous rappelle que le premier mot est “bonjour”. Bonjour avant le cogito, “bonjour comme bénédiction et comme ma disponibilité pour l’autre homme” (cf. Levinas, Emmanuel (1996), Entretien avec François Poirier (Babel: Actes Sud). p. 104). L’être est remercié, l’Autre est salué

pp. 116-117: La technique, dont la conquête spatiale est l’apothéose, répare cette déchirure maléfique. Elle prolonge, dit Levinas, la guerre métaphysique que le judaïsme, dès ses origines, a déclarée à tous les cultes païens. En brisant les idoles, le judaïsme s’est voulu, avant la technique et comme la technique, la négation du “sacré filtrant à travers le monde”. (Levinas, Emmanuel (1976), Difficile Liberté (chap.Heidegger, Gagarine et nous) (Le Livre de Poche) pp. 348 à 350)

Levinas, autrement dit, reprend entièrement à son compte la thèse heideggerienne selon laquelle la tâche de la Weltjudendum, au niveau de l’histoire mondiale, est le déracinement de tout étant hors de l’être. Mais cette mission historiale n’est pas pour lui un sujet de honte, c’est un titre de gloire.

118: Si Lévinas peut écrire: “ Détruire les bosquets sacrés, nous comprenons maintenant la pureté de ce prétendu vandalisme“, c’est que, avec une logique d’airain, Hitler a conduit la sacralisation de la nature jusqu’à ses ultimes conséquences. On ne peut continuer d’ignorer après lui que “le mystère des choses est la source de toute cruauté avec les hommes”.(Levinas, Emmanuel (1976), Difficile Liberté :Heidegger, Gagarine et nous (Le Livre de Poche). op cit.

292: Péguy, comme tous les dreyfusards, invoque les droits de l’homme. Il le fait même avec emphase: “une seule injustice, un seul crime, une seule illégalité, surtout si elle est officiellement enregistrée, confirmée, une seule injure à l’humanité, une seule injure à la justice et au droit, surtout si elle est universellement, légalement, nationalement, commodément acceptée, un seul crime rompt et suffit à rompre tout le pacte social, tout le contrat social” ({Péguy, Charles (1992), ‘Notre jeunesse’, Œuvres en prose complètes (Bibliothèque de la Pléiade, tome III; Paris: Gallimard).p. 151}

293: Aux premiers temps de l’Affaire (…) Péguy ne parlait pas le langage  de l’identité mais celui de la justice contre la raison d’Etat et celui de l’humanité contre ceux qui excluaient Dreyfus de l’humain parce qu’il était juif ou parce que bourgeois.

283: (…) l’affaire Dreyfus, c’est, comme l’écrit Jean-Denis Bredin, le grand dévoilement du partage de la France entre deux mentalités antagonistes: “d’un côté, ceux qui, selon le mot de Jaurès, font de l’individu humain la mesure de toute chose, de la Patrie, de la Famille, de la Propriété, de l’Humanité, de Dieu, et, de l’autre, ceux qui posent et servent des valeurs supérieures à l’individu: Dieu, la Patrie, l’Etat, l’Armée, le Parti; ceux qui se battent pour la justice, idéal indéfinissable de liberté, de vérité et de générosité, et ceux qui se battent pour les préjugés au sens étymologique; ordre établi, organisations consacrées, choses jurées; ceux qui regardent vers l’antique cimetière et ceux qui rèvent de franchir les murs; ceux que retient la mémoire et ceux qu’emporte la sympathie. (Bredin, Jean-Denis (1993), L’Affaire (Paris: Fayard-Julliard).p. 724)

Soi et l’Autre en France

10: Tous les contemporains habitent le même présent, mais ce présent n’a pas partout la même définition(…)Alors même que la communication abolit les distances et se joue des frontières, les séparations entre les communautés se creusent et s’enveniment. Il nous faut faire simultanément ces deux constats: l’Humanité est une, le Grand Tout est un leurre.
28: Ceux qui voient à l’œuvre aujourd’hui la peur de l’autre ont une peur bleue de la réalité et ils ne la comparent aussi éperdument que pour la fuir.
74: L’alliance du culturalisme, qui permet la multiplicité de l’être, et du technicisme, qui s’enchante de sa plasticité, doit nous permettre de réduire, jusqu’à l’abolir complètement, la part non choisie de l’existence.

121: cf. sa citation dans Le Temps et l’Autre (Lévinas): Il poursuit la description dans Totalité et Infini: “la volupté découvre le caché en tant que caché (…), le découvert ne perd pas dans la découverte de son mystère, le dévoilé ne se dévoile pas, la nuit ne se disperse pas“. (cf. Levinas, Emmanuel (1971), Totalité et Infini. Essai sur l’extériorité (Martinus Nijhoff). Ce qui veut dire qu’à rebours de l’idéal fusionnel, l’étreinte amoureuse n’abolit pas mais révèle la dualité insurmontable des êtres.

120: Dans une société désormais conçue comme un appareil, l’Autre sert opportunément de pièces de rechange. Etre, c’est être remplaçable.

107: Comme l’affirme Esther Benbassa au nom des écologistes, il s’agit de “faire prendre conscience aux élites que la France est un pays aux populations hétérogènes. Cela a été le cas tout au long de son histoire. Sa richesse vient de cette hétérogénéité, de Chagall à Yves Montand!” Effacés, donc Poussin, Philippe de Champaigne, Matisse, Villon ou Prévert, il n’y a pas de génie français, il n’y a que l’apport du génie des autres à la France.

105-106: La leçon que l’Europe et le reste du monde ont tirée de l’exemple de Nelson Mandela tient en un mot: multiculturalisme. Il revient à tous les passés monochromes de s’effacer devant l’universalité du présent arc-en-ciel. Je suis trop attaché à la spécificité de la culture européenne p m’enchanter de cette utopie, et je suis assez lucide pour voir ce que partout elle recouvre: le déchirement des nations, la méfiance généralisée, le séparatisme communautaire.

242: Je laisse aux experts le soin de décider s’il faut choisir, pour les nouveaux arrivants, la voie de l’intégration ou celle de l’assimilation. Tout ce que je sais, c’est que les habitants d’un même territoire ne peuvent vivre ensemble que si leurs montres indiquent la même heure.

90: Depuis longtemps déjà, nous célébrons les différences. Or ceux qu’on appelle “les Roms” sont différents. Leur mode de vie n’est pas le nôtre et la majorité d’entre eux aspire à le perpétuer. Mais, étrangement, les champions de l’Autre crient au scandale quand on ose soutenir que l’Autre n’est pas le même et que cette hétérogénéité peut avoir des conséquences.

235: L’anthropologie nous a appris que toute expérience humaine est structurée par une culture, c’est-à-dire par une compréhension collective et particulière du monde. De cette réalité et des affrontements qui peuvent en découler, la sociologie contemporaine, à de très rares exceptions près, ne veut rien entendre.

(…)J’ai cru, au soir du 11 janvier 2015, que c’en était fini du mensonge compatissant et de son “Cachez ce présent que je ne saurais voir”. Faux espoir: les bons sentiments sont invincibles. Bourdieu bâillonne toujours Lévi-Strauss.

236: Ce dont les enfants d’immigrés ont impérativement besoin, c’est de se prendre en main au lieu de s’installer dans le ressentiment dès leur plus jeune âge.
(…) La culture d’origine peut être une ressource. Mais pourquoi devrait-elle rester une prison?

©SNCF
Langue française

106-7: Pour régler la question du “vivre-ensemble” dans une France devenue terre d’immigration, ce n’est plus, nous disent les experts, la discipline de l’assimilation qui doit prévaloir, ce n’est pas non plus l’intégration, encore trop normative et unilatérale, c’est l’inclusion, c’est-à-dire l’accueil de l’Autre en tant qu’Autre. Soucieux de tourner la page de la stigmatisation, ils rétrogradent la langue française au rang de “langue dominante” dans un pays plurilingue, ils appellent à la généralisation sur tout le territoire de l’étude de l’arabe et des “langues d’origine”.

Voyage en France
2-27 (chapitre Voyage en France): Eric Dupin, ancien journaliste à Libération, est allé à Tourcoing. Se nant dans le quartier nord de la Bourgogne, il n’a pas ressenti de regards hostiles, mais il a eu “l’impression un peu pesante de parcourir un territoire presque exclusivement arabe. (…) Les commerces sont tous spécialisés. La boulangerie s’appelle :”Pain de Farah”. La boutique d’internet et de jeux: “bled.com”. Lla boucherie est bien évidemment halal. Ici, seulement deux cafés sans aucune enseigne ni devanture. De simples salles de rez-de-chaussée, d’immeubles, où une clientèle excusivement masculine et souvent âgée, tape le carton en buvant du thé. Tout le monde y parle arabe” (Dupin, Eric (2011), Voyages en France (Paris: Seuil) p. 206.

27: (Dupin cite également à la même page 20) Claude Levasseur, un retraité actif qui s’occupe d’Emmaüs. Cet homme insoupçonnable condamne le racisme de certains membres de sa propre famille: “(…) Je vais souvent au Maroc et j’ai l’impression que ce ne sont pas les mêmes. Là-bas on ressent une chaleur à votre contact, on est chez eux. Ici, dans un quartier d’origine musulmane, on n’est plus chez soi. Une espèce de méfiance s’est créée. Il y a simplement les regards, quand vous passez…”

Education
20: Cite Alain: “l’école est un lieu admirable. J’aime que les bruits extérieurs n’y rentrent point” Alain (1986), Propos sur l’éducation (Paris: PUF).

21: Le maître n’est plus là pour faire admirer et comprendre les textes classiques, mais pour provoquer et pour animer des débats citoyens (…) car dans un lycée démocratique, on ne s’incline pas, on s’exprime.

77: Chapeau du chapitre Au pays du Grand Mensonge: D’après le syndicat Sud de l’académie d’Orléans-Tours, pour les corrections du bac, la consigne a été donnée aux professeurs de français de noter les oraux sur 24, de façon à remonter la moyenne de l’académie, qui plombe la moyenne nationale.

(…) Ce Grand Mensonge national est beaucoup plus grave que la dissimulation par un ministre de son compte bancaire à l’étranger. Mais il n’émeut guère les croisés de la transparence.

99-100: Comme le rappelle Marie-Claude Blais, Charles Renouvier, le philosophe de la République naissante, dénonçait la tendance de la bourgeoisie à usurper pour ses enfants des places qui devaient être réservées aux meilleurs, toutes origines confondues.

Ami de l’égalité, il donnait pour mission à l’Etat républicain d’instaurer sans complaisance ni relâchement une forme de sélection et de donner ainsi à chacun sa juste place selon ses aptitudes et son mérite cf. Blais, Marie-Claude (2000), Au principe de la République. Le cas Renouvier (Paris: Gallimard).Nous sommes aujourd’hui séparés de la pensée de Renouvier parcelle de Bourdieu. La méritocratie, nous a-t-il appris dans Les Héritiers, est un mirage

100: Docile élève de la critique sociale, l’institution  (…) supprime la distribution des prix, elle soupçonne les bons élèves de délit d’initié, elle dit à ceux qui ont des difficultés que leurs mauvais résultats sont imputables à l’injustice du système et elle se met à eur rythme pour n’abandonner personne en route.

269: Aux professeurs qui persistent à se concevoir comme “les représentants des poètes et des artistes, des philosophes et des savants, des hommes qui ont fait et qui maintiennent l’humanité” (Péguy, Charles (1992), ‘De Jean Coste’, Œuvres en prose complètes (Bibliothèque de la Pléiade ,tome I; Paris: Gallimard). p. 1057), la nouvelle école ordonne sans ménagement de descendre de leurs grands chevaux et de choisir des problématiques proches des élèves. Partant du principe que seul ce qui est familier peut susciter l’intérêt, elle laisse les morts en plan. Elle a même trouvé ce merveilleux remède à la vieillerie inégalitaire du cours magistral: l’interdisciplinarité.

270: L’école des savoirs a vécu. Lui succède, entre mauvaise conscience et commisération, l’école de la thérapie par le mensonge.

L’anglais langue d’enseignement universitaire.
55: – La ministre de l’Enseignement supérieur est revenue en catimini sur l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui a fait du français la langue officielle du royaume en annonçant que l’on pourrait désormais, en France, faire des cours et écrire les mémoires ou les thèses en anglais. Et allant beaucoup plus loin dans la déculturation que Nicolas Sarkozy quand il s’inquiéter de voire La Princesse de Clèves au programme de certains concours administratifs, elle a déclaré: “si nous n’autorisons pas les cours en anglais, nous n’attirerons pas les étudiants de pays émergents comme la Corée du Sud et l’Inde. Et nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table, même si j’aime Proust“.

p. 69, chapeau du chapitre sur l’urgence des combats d’arrière-garde (je précise que personnellement je n’ai rien contre, il est ridicule qu’on fasse à la sorbonne des cours de langue…en français et beaucoup de matières ne perdent rien dans leur enseignement dans une autre langue! note de DRM): Le projet de loi Fioraso sur l’enseignement supérieur adopté à l’Assemblée le 28 mai, autorise les enseignements en anglais dans les universités, comme cela se pratique déjà dans les grandes écoles. Le Monde affirme: “pour les uns, la défense du français est une cause sacrée, tant la langue est l’âme d’un peuple, de son identité, de son histoire, de sa culture. Pour les autres, cette défense intransigeante relève trop souvent du combat d’arrière-garde (et prive le pays des armes nécessaires pour affronter la compétition mondiale à l’œuvre dans tous les domaines) (…) ils ont évidemment raison

70: Les défenseurs de l’anglicisation considèrent la langue non comme  un monde, mais comme un pur instrument d’information et de communication.(…) soit nous nous rappelons à cette conception véhiculaire, soit nous essayons d’en protéger le français et toutes les langues, anglais compris. J’ajoute que demander à des professeurs français, comme à Sciences po, d’enseigner en anglais, c’est les contraindre à sacrfier la nuance et la complexité de leur matière. Ainsi organise-t-on la baisse du niveau pour briller dans le classement de Shanghai!

Il est bon que des professeurs américains ou anglais puissent enseigner en version originale dans nos universités, mais il est d’autant plus urgent de veiller sur notre langue lorsqu’elle se perd en France même.

L’islam comme http://www.game
211: Lunel était au Moyen Age un centre philosophique juif, “une petite Jérusalem”: (…) Presque rien ne subsiste aujourd’hui de cette communauté juive jadis florissante.

(…) En revanche depuis 2010, il y a une mosquée à Lunel. C’est là, apprend-on dans Libération, que Raphaël, “fils unique d’un père informaticien issu d’une famille juive et d’une mère psychanaliste (sic)” s’est radicalisé avant de partir rejoindre Daech en Syrie, où il a trouvé la mort. Lahoucine Goumri, le président de l’Union des musulmans de Lunel, a refusé d’assumer la responsabilité de cette radicalisation, mais il a aussi déclaré: “Pourquoi condamner ces jeunes qui sont partis au nom d’une injustice en Syrie et pas ces Français qui sont partis et ont tué des bébés palestiniens avec Tsahal l’été dernier?“.

213: Si le nombre des convertis à l’islam dans sa version la plus agressivement littérale ne cesse d’augmenter en France et dans toute l’Europe, c’est parce que cet islam est lui-même innombrable et parce que les films de propagande du nouveau califat sont calqués sur le modèle d’Expandables ou du jeu vidéo Call of Duty. L’industrie du divertissement fait le vide et, par ses intrigues simplistes, ses effets spéciaux, ses images ultraviolentes, elle prépare le terrain au fanatisme meurtrier.

152: Mohamed Merah, (a) agi de sa propre initiative. Mais cet autoentrepreneur du terrorisme n’est pas pour autant un loup solitaire. C’est, paradoxe postmoderne, un loup connecté.

Il a grandi à Roubaix, c’est à dire moins en France que dans la haine de la France.

(…) “Djihad”,  “selfie”: la cohabitation de ces deux termes est la preuve éclatante que notre temps ne ressemble à aucun autre.

158: La haine de l’Autre reste à l’ordre du jour. C’est simplement un autre Autre qui en est l’objet.

Soulevons le voile
52: Les défenseurs du voile et celles qui le portent n’ont pas recours à un argumentaire communautariste ou religieux: ils ne se réclament ni de la tradition ancestrale, ni de la loi divine, mais des droits subjectifs. Ils partagent l’idéal de la nouvelle génération Internet: I know what I want and I want it now. Le voile, comme l’écrit Hélé Béji, “s’enroule sur les têtes dans un geste ou chacun brandit la bannière qui lui plaît pour exister” (Béji, Hélé (2011), Derrière le voile (Paris: Gallimard). p. 32) . La France est seule ou presque. Cela ne veut pas dire qu’elle sait mieux que tout le monde ce qu’il en est de la liberté individuelle, mais qu’elle est attachée à une tradition de la mixité, à une “visibilité heureuse du féminin” comme l’écrit Claude Habib , antérieure même à la Déclaration des droits de l’homme. Ce règlement de la coexistence des sexes n’est pas  universalisable. Dont acte. Mais il doit pouvoir rester le fait de notre civilisation.

80: Le réseau a eu raison des frontières, mais c’est au sens tout à fait inattendu où les islamistes somaliens relatent en direct sur Twitter leurs exploits barbares dans un centre commercial. le rêve commun à Victor Hugo et à Michel Serres d’une humanité réconciliée par la technique est anéanti. Le djihad et l’impitoyable guerre civile entre sunnites et chiites ont dressé un mur entre le monde arabo-musulman et le nôtre.

Dérapage maghrébin
57: Chapeau du chapitre sur La Discordance des Temps: Le 19 avril, la cour d’assises de Versailles a condamné huit jeunes des Mureaux à des peines de cinq à vingt ans de prison pour le meurtre de Mohamed Ladouni, automobiliste battu à mort sous les yeux de sa fammille sur l’autoroute A13 la nuit du 26 au 27 juin 2010

58: Le chauffeur de la voiture endommagée veut faire un constat. La conductrice adverse refuse. Le ton monte. Elle passe un coup de fil et, quelques minutes plus tard, un groupe de jeunes de la cité des Mureaux déboule. “vous voulez faire les Français, disent-ils, vous êtes morts, on est chez nous“. Ils massacrent alors Mohamed Laidouni, l’infortuné chauffeur (…). Ils viennent d’être lourdement condamnés (…) les proches des accusés, venus en nombre au tribunal ont protesté à l’annonce du verdict, ils ont menacé des photographes et des journalistes. Un dispositif de sécurité a été mis en place pour protéger la famille Laidouni et pour exfiltrer les parties civiles. (…) La Barbarie n’est pas née d’hier. Mais, inutile de consulter les archives, celle-ci est sans précédent. Elle ne rappelle rien, elle fait date.

Fascisme et FN
86: On oppose donc au Front national les valeurs que ses ancêtres fascistes ont bafouées et la mémoire des crimes qu’ils ont commis ou laissé commettre. Mais le problème est que ce parti ne jure plus que par la laïcité et se drape emphatiquement dans l’idéal républicain. L’un de ses principaux dirigeants va même se recueillir à Colombey (…). Hommage du vice à la vertu? Sans doute. Reste qu’on ne peut continuer éternellement de lutter contre le Front national au nom des principes dont ce mouvement se réclame à cor et à cri. Les vigilants sont nostalgiques des dérapages que Jean-Marie Le Pen leur fournissait autrefois avec une fécondité inépuisable. Mais ils n’ont presque rien à se mettre sous la dent (…). Ils sont comme des fauves affamés errant, la langue pendante, dans la savane du “politiquement correct”. Alors, à l’instar du sociologue Luc Boltanski, ils cherchent de nouvelles proies ou, pour le dire d’une métaphore plus appropriée, ils ouvrent un nouveau front. N’accordant de réalité qu’à une seule forme de belligérance -la lutte de classe- ils accusent les intellectuels de la gauche “dite républicaine” de propager un discours de haine antiarabe.

87: Au nom de l’universel, on criminalise aussi le thème de la préférence nationale.(…).

Ce qui est grave et doit être dénoncé, c’est le fait de s’appuyer sur cette préférence pour refuser tout droit aux étrangers, comme le voudrait le parti de Marine Le Pen.

(…)le parti de la détestation nationale ne cesse de progresser en France.(…) Et nous voici enfermés dans une alternative inacceptable: ou bien la xénophobie ou bien, en guise d’appartenance et d’hospitalité, le rejet dédaigneux de notre héritage.

260: (Sa définition du) Front national (…): un parti démagogique qui nie la complexité de l’action politique, qui méconnaît les règles de l’économie, et qui professe le culte de l’homme fort au point de considérer Vladimir Poutine non seulement comme un allié, mais comme un modèle.

Corps, genre et sexualité à l’heure du désir assouvi
278: Ce féminisme a ceci de commun avec l’antifascisme qu’il est un combat mené après la victoire.(…) ce qui autrefois appartenait au registre de la galanterie et qui faisait de la France, selon l’expression de Hume, “le pays des femmes”, relève désormais, en France comme en Amérique, du sexisme.

15-16: Dans les décennies qui ont suivi 1968, la morale hédoniste triomphait et tournait sans relâche l’idéal ascétique en dérision, nul n’entendait céder sur son désir, la transgression avait la cote et non plus la loi, les sexualités minoritaires sortaient de la clandestinité et accédaient fièrement à l’air libre.

16-17:(…) si ce qui prime désormais c’est l’individu et son désir de faire savoir qu’il aime, de prendre la société à témoin, alors on ne peut que se réjouir de voir l’amour homosexuel entrer dans la danse nuptiale.

Cite Renaud Camus “Non, vraiment, c’est trop la honte pour l’homosexualité, cette histoire, et surtout pour l’amour des hommes. Abaisser “tout ce triomphe inou¨”, comme on dit dans Parallèlement, à un imitation kitsch de l’hétérosexualité, ramasser ses restes, en somme, au moment où elles les oublie dans son assiette, ah non! (Camus, Renaud (2012), ‘Même pas contre: Le mariage gay, c’est trop la honte pour l’homosexualité’, Causeur,  (53).)

Le mariage pour moi n’est pas un reste, mais je constate avec Renaud Camus (…) que le “divers décroît“. On invoquait le droit à la différence au nom de la démocratie, et nous voici sur le point de plonger démocratiquement dans l’indifférenciation.

(…)Même si rien n’est naturel et que tout ce que nous sommes, pensons ou faisons témoigne d’une culture, c’est-à-dire d’une compréhension du monde historiquement advenue (…)quelque chose en moi se révolte contre cette éviction de l’altérité dans la filiation. Une éviction rendue possible par l’émergence de ce montre de la volonté: le droit à l’enfant.

17: Ce qui était, depuis la nuit des temps, l’œuvre commune d’une homme et d’une femme devient soudain une liberté individuelle.

18: Ce n’est pas, sauf exception détestable, l’homophobie qui inspire la résistance au “mariage pour tous”, c’est le refus de voir la liberté se retourner contre la finitude.
(…)Je suis un homme ou une femme. Je nais dans un corps sexué. Cette identité, je ne l’ai pas choisie, je l’ai reçue. Il me faut donc en rabattre et abdiquer d’entrée de jeu, toute prétention à représenter l’humanité à moi seul. L’homme n’existe pas, la dualité est irréductible.

61: C’est l’échec de l’espérance libertaire qui nous portait depuis les années soixante du XXe siècle. On se disait: ce qui rend l’homme tout ensemble méchant et malheureux, c’est la répression du désir. Levons la répression, le bonheur viendra. Sous les pavés, la plage.

72: La différence des sexes elle-même relève de la culture, le féminin et le masculin sont des produits entièrement artificiels, des rôles sociaux attribués aux individus par l’éducation, nous disent maintenant les théoriciens du genre.

73: Les post-modernes (disent en substance) Puisque tout est construit (…) tout doit être déconstruit et remodelé selon nos désirs.
(…) On fait donc en sorte que les petites filles découvrent les joies du rugby, que les petits garçons ne préfèrent plus systématiquement les ballons aux poupées, et que les uns et les autres jouent aux gendarmes et aux voleuses.
(…)on n’étudie plus la littérature ni la peinture: on y chasse les stéréotypes et on y célèbre ce qui permet de brouiller les codes sexués.

146: (à propos du concours de l’Eurovision): le grand festival annuel de la laideur sonore et vestimentaire a couronné, cette année, un transsexuel autrichien barbu et moulé dans une robe lamée or: Conchita Wurst. L’envoyée spéciale du Monde à Copenhague (…) a célébré la “divine surprise” que constituait ce triomphe de la différence” et sa mise en avant par un pays, l’Autriche, “réputé à tort pour son conservatisme”. Etrange extase. Car enfin, qu’est-ce que la différence?
(…)Hier matin encore, l’homme était, en ce sens, différent de la femme et la femme, de l’homme. Voici venu le temps où chacun est à même de devenir ce qu’il veut.(…). Ce n’est pas une victoire de la différence. C’est une victoire sur la différence. Par la grâce de la technique, “le noyau de l’impossible à transformer s’érode chaque jour” (Milner, Jean-Claude (2003), Les Penchants criminels de l’Europe démocratique (Verdier). p. 146).

254:(…) il y a une différence abyssale entre mourir et crever, ou encore entre dire adieu aux siens et décéder seul entubé, dans le blême anonymat d’une chambre d’hôpital.

Judaisme et les Nouveaux Juifs musulmans
97-98: (…) Pleins Pouvoirs, le livre publié par Giraudoux en 1939, quelques semaines seulement avant la déclaration de guerre: “nous ne sommes plus dans une époque où l’orateur ou l’écrivain ait le loisir de choisir ses sujets. Ce sont les sujets, aujourd’hui, qui le choisissent”. Et le sujet qui a choisi l’auteur de Siegfried et le Limousin, ce n’est pas la menace allemande, c’est l’invasion de la France par les immigrés d’Europe centrale: “Entrent chez nous tous ceuix qui ont choisi notre pays, non parce qu’il est la France mais parce qu’il reste le seul chantier ouvert de spéculation ou d’agitation facile, et que les baguettes du sourcier y indiquent à haute teneur ces deux trésors qui si souvent voisinent: l’or et la naïveté. Je ne parle pas de ce qu’ils prennent à notre pays, mais en tout cas, ils ne lui ajoutent rien. Ils le dénaturent par leur présence et leur action. Ils l’embellissent rarement par leur apparence personnelle. Nous les trouvons grouillants sur chacun de nos arts ou de nos industries nouvelles et anciennes, dans une génération spontanée qui rappelle celle des puces sur le chien à peine né”. Et Giraudoux représente à ses lecteurs terrifiés les “centaines de mille Ashkenazis, échappés des ghettos polonais ou roumains, dont ils rejettent les règles spirituelles, mais non le particularisme, entraînés depuis des siècles à travailler dans les pires conditions, qui éliminent nos compatriotes (…) de tous les métiers du petit artisanat(…) et, entassés par dizaine dans des chambres, échappent à toute investigation du recensement, du fisc et du travail

98: De nombreux historiens se réfèrent aujourd’hui à Pleins Pouvoirs (…) pour nous interdire de voir ce que nous voyons. Il faut résister à ce chantage. Les immigrés ne sont pas les nouveaux Ashkenazis. On chercherait en vain dans les années 30 l’équivalent des quartiers sensibles. (…) Reste que des mots ont alors été dits, des choses ont eu lieu, et qu’il y a entre ces mots et ces choses un lien à tout jamais ineffaçable. Le passé, autrement dit, ne doit pas nous aveugler, mais il nous oblige.

237: Dans l’Ecriture du désastre, Maurice Blanchot cite cette phrase d’un membre des Sonderkommandos d’Auschwitz dont on a retrouvé les notes enfouies près d’un crématoire:”La vérité fut toujours plus atroce, plus tragique que ce que l’on en dira” (Blanchot, Maurice (1980), L’Ecriture du désastre (Paris: Gallimard). p. 131).

239: Dans son journal publié sous le titre L’ultime auberge  Imre Kertész écrit:” Les jours misérables du déclin de l’Europe. L’Europe s’aplatit devant l’islam, le supplie de lui faire grâce. Cette comédie me dégoute. L’Europe meurt de sa lâcheté, de son incapacité à se défendre et de l’ornière morale évidente dont elle ne peut s’extraire depuis Auschwitz” Kertész, Imre (2015), L’ultime auberge (Arles: Actes Sud), p. 245

206: Je pensais à cette phrase de l’écrivain David Bergelson, découverte autrefois dans le beau livre de Richard Marienstras Etre un peuple en diaspora: “Il arrive que les peuples perdent leurs fils, c’est une grosse perte, bien sûr, et ce n’est guère facile de s’en consoler; mais voici qu’arrive le docteur Soïfer avec sa perte à lui…Car il est l’un de ceux qui sont en train de perdre leur peuple…Quoi…Qu’est-ce qu’il perd?….Mais on n’a jamais entendu parler d’une telle perte.”(Marienstras, Richard (1975), Etre un peuple en diaspora (Paris: François Maspero), p. 141)

208: citation de David Grossman lors de la deuxième intifada: “L’israélien moderne de mon âge qui se considérait déjà comme un citoyen du monde, qui est relié à Internet et qui a une antenne parabolique sur son toit, cet homme a commencé à sentir le tragique destin juif se refermer sur lui

142: CHAPITRE “LA CONFUSION DES MEMOIRES”

le 7 avril 2014, on a vu, à Kigali, un massacreur commémorer un génocide. Pour fiare oublier les assassinats d’opposants ainsi que les crimes de masse dont il s’est rendu coupable au Rwanda comme en République démocratique du Congo et pour intimider ceux qui enquêtent sur son implication dans l’attentat qui a coûté la vie au président Habyarimana (…).Paul Kagame, a, une fois de plus, fait le procès de la France.
(…)
Le génocide de référence, c’est la Shoah.

143-144: En 1981 paraissait aux Etats-Unis un livre de Leo Kuper, sobrement intitulé Genocide. ( Kuper, Leo (1981), Genocide. Its Political Use in the XXth Century (Yale University Press) p. 17). Sur la couverture figurait une colonne de chiffres:

1915: 800 000 arméniens
1933-1954: 6 millions de Juifs.
1971: 3 millions de Bangladeshis.
1972-1975: 100 0000 Hutus.

“Pendant et après la colonisation, les luttes de pouvoir entre Tutsis et Hutus au Rwanda et au Burundi et entre Africains et Arabes à Zanzibar sont devenues génocidaires.” Cela, les Juifs aujourd’hui sont les premiers à l’oublier, au nom même du devoir de mémoire. (…)

Ils mettent un point d’honneur à ne pas accaparer la compassion et se sentent obligés, par la reconnaissance même de la Shoah, de l’ouvrir aux génocides des autres. Pensant, avec Levinas, que “tous les morts du Goulag et de tous les autres lieux de torture en notre siècle politique sont présents quand on parle d’Auschwitz“, je fais mienne cette obligation. Mais faut-il aller jusqu’à lui sacrifier l’exactitude?

144: (…) ce qui conduit certains journalistes et intellectuels français à relayer les attaques du président Kagame en affirmant que nos soldats ont prêté main-forte aux assassins et que nos dirigeants doivent répondre de complicité de crime contre l’humanité, ce n’est pas le souci de référer la part d’ombre de notre histoire récente, c’est la hantise du rôle de Vichy dans la solution finale et la volonté, pour faire mieux que nos aînés, de dénoncer la nouvelle compromission sans retard. Ce télescopage des lieux et des temps exonère de ses méfaits l’un des pires régimes de la terreur de l’Afrique contemporaine.

Les historiens français de la Première et de la Seconde Guerre Mondiale qui ont assisté aux cérémonies de Kigali croyaient mettre leur savoir en application. Ils auraient été mieux inspirés de lire et de méditer  Coleridge: “la lumière que nous fournit l’expérience est une lanterne fixée à la poupe: elle ne brille que sur les vagues qui sont derrière nous

41: La mère de l’un des soldats assassinés à Montauban essaie (…) de nous alerter. Elle raconte à qui veut l’entendre qu’elle est allée à Toulouse au-devant des jeunes du quartier où avait grandi Merah, et que ceux-ci ont dit leur admiration pour ce martyr. Il a fallu qu’elle décline son identité pour qu’ils changent d’attitude. Mais c’était une femme voilée. Que se serait-il passé si la mère d’un enfant de l’école Ozar-Hatorah avait tenu le même discours dans la même cité?

41-42: ( cite Traverso, Enzo (2013), La fin de la modernité juive: histoire d’un tournant conservateur (Paris: La Découverte)., Sand, Shlomo (2013), Comment j’ai cessé d’être juif (Paris: Flammarion). et  Butler, Judith (2012), Parting Ways, Jewishness and The Critique of Zionism (New York: Columbia University Press): (…) selon Traverso, le vrai fléau de notre temps, c’est l’islamophobie, et que les nouveaux Juifs, ce sont les immigrés. Les Juifs qui portent encore ce nom sont des usurpateurs dit(…)Shlomo Sand. Ils ne sont plus juifs: en se mobilisant en faveur d’Israël, ils ont sacrifié l’éthique à l’ethnique et, sans état d’âme, ils ont abandonné la défense des persécutés pour le soutien aux oppresseurs. Selon Judith Butler, enfin, Emmanuel Levinas avait déclaré, lors d’un entretien avec moi, que les Palestiniens sont faceless, (…) et qu’il est donc licite de les tuer. C’est le visage d’autrui en effet qui interdit le meurtre. Jamais, bien sûr, Levinas n’a proféré une ineptie aussi atroce. Dans cet entretien qu’animait Shlomo Malka en 1982, après le massacre de Sabra et Chatila, et qui est paru dans Les Nouveaux Cahiers (Levinas, Emmanuel et  Finkielkraut, Alain (1983), ‘Israël: éthique et politique’, Les Nouveaux Cahiers. p. 3) , Lévinas disait exactement le contraire. Il affirmait que rien ne pouvait justifier qu’“on se ferme à la voix des hommes où peut résonner la voix de Dieu. Se réclamer de “l’Holocauste” pour dire que Dieu est avec nous en toutes circonstances est aussi odieux que le “Gott Mit Uns” qui figurait sur le ceinturon des bourreaux”.
Ainsi, ce n’est plus la police du tsar qui fabrique des faux, c’est l’université américaine.

45: Le 19 mars a donc eu lieu la célébration de l’anniversaire de Philip Roth à Newark. Ce fut un très grand moment. Il y avait quatre orateurs, dont la romancière irlandaise Edna O’Brien. Tous ont fait assaut d’humour, de subtilité et d’élégance. Quand mon tour est venu, j’étais très intimidé. J’avais l’impression de faire ma bar-mitzvah devant un rabin exigeant et une assemblée difficile . Enfin, Philip Roth a pris la parole. Il a été souverain. Il a d’abord défini son art comme l’art dela spécificité. J’ai pensé en l’écoutant, à ces phrases magnifiques de J’ai épousé un communiste  (Roth, Philip (2001), J’ai épousé un communiste, trans. Josée Kamoun (Paris: Gallimard) p. 46.)quand l’un des personnages dit: “(…)Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature“. Et cette bataille n’est pas terminée, l’idéologie peut avoir d’autres visages que celui du communisme: sous la guise féministe, elle fait, chaque année de Philip Roth le non-lauréat du prix Nobel de littérature.
Roth a lu ensuite quelques extraits du Théâtre de Sabbath. Et nous avions tous dans la salle le sentiment exaltant d’être les contemporains d’un classique.

132-33: Nul ne peut, face aux Juifs, s’afficher aryen ou maurassien, mais si c’est l’opprimé qui proteste, en mode stand up, contre la toute-puissance du peuple pleurnicheur, il faut le laisser dire et rire.

133: les jeunes qui se pressent au one-man-show de Dieudonné disent tous qu’ils ont été “gâvés” de Shoah et que leur comique préféré les venge.

134: Faut-il pour autant passer la Shoah sous silence? Certainement pas. Mais il faut rendre cet événement à l’Histoire. Il faut cesser d’en faire un sujet à part et le thème d’n interminable sermon.(…). Mais peut-être est-il déjà trop tard.

 Les Nouveaux Juifs
11: il nous incombe de déchirer (…) les portraits robots qui nous obnubilent et de regarder en face le visage que nous n’attendions pas.

185-86: Cite les ouvrages Askolovitch, Claude, et al. (2014), Les années trente sont de retour (Paris: Flammarion); Boltenski, Luc and Esquerre, Arnaud (2014), Vers l’extrême. Extension des domaines de la droite (Bellevaux: Éditions Dehors); Corcuff, Philippe (2014), Les années trente reviennent et la gauche est dans le brouillard (Textuel): Traverso, Enzo (2013), La fin de la modernité juive: histoire d’un tournant conservateur (Paris: La Découverte). pour qui(…) la réorientation “contre les musulmans d’une hostilité qui fut dans la première moitié du XXe siècle principalement dirigée contre les Juifs et contre le judaïsme“. Cette analogie historique prétend nous éclairer et nous tenir en alerte: elle nous aveugle et nous endort.

186: (…)Aucun directeur d’établissement universitaire parisien n’était, dans les années trente, menacé de mort par des Juifs observants. Il n’y avait pas d’équivalent juif des brigades de la charia (:::). Il n’y avait pas d’équivalent de la contestation des cours d’histoire, de littérature ou de philosophie dans les lycées ou les collèges dits “sensibles”.

(…) Il n’y avait pas, d’autre part, de charte de la diversité. On ne pratiquait pas la discrimination positive. Ne réglait pas non plus dans les écoles, dans les médias, dans les prétoires, cet antiracisme vigilant qui traque les mauvaise pensées des grands auteurs du patrimoine et qui sanctionne sous le nom de “dérapage” le moindre manquement au dogme du jour: la reconnaissance des minorités.

187: S’il n’y a pratiquement  plus d’élèves juifs dans les écoles publiques de Seine-Saint-Denis, c’est parce que, comme l’a dit l’historien Georges Bensoussan lors du colloque organisé pour e dixième anniversaire de la parution des Territoires Perdus de la République, l’antisémitisme y est devenu un “code culturel”.

188: Au début de l’affaire Dreyfus, Zola écrivait “Pour les Juifs”. . Après m’avoir entendu dire sur France Inter qu’il y avait un problème de l’Islam en France, Edwy Plenel a écrit dans la fièvre Pour les Musulmans. (…) Il signifie aux Juifs de France que ceux qui les traitent aujourd’hui de “sales feujs” sont les Juifs de notre temps. Le racisme se meurt. Tant mieux. Mais si c’est cela l’antiracisme, sa victoire n’a rien de rassurant.

189: En même temps qu’il fait de nouveaux adeptes, l’islam littéral gagne sans cesse de nouveaux Rantanplan.

199: Bien avant Paxton (…) Jacqueline Mesnil-Amar, une Juive française, avait écrit ces lignes admirables. “Après treize ans d’hitlérisme, après quatre ans d’occupation nazie en France, après les camps, les wagons et les fours, il n’est plus un seul Juif, croyant ou incroyant, perdu ou retrouvé, qui ne se souvienne qu’il est juif. La routine ou les négligence des uns, la honteuse ignorance des autres, l’intransigeance des premiers, le reniement des seconds, tout a fondu au destin d’Israël”(Mesnil-Amar, Jacqueline (2005), ‘De l’enfant perdu à l’enfant prophète’, Parcours d’écriture (Les éditions du Nadir) p. 140)

273:Pour Todd (…), “Des millions de Français se sont précipités dans la rue pour définir comme besoin prioritaire de leur société le droit de cracher sur la religion des faibles” (Todd, Emmanuel,  Qui est Charlie? Sociologie d’une crise religieuse (Paris: Seuil). P. 87)

Le nazisme dans l’inconscient collectif actuel
24: Refusant de transiger avec le Mal absolu, Tarantino ne présente pas le Sud esclavagiste comme une civilisation, même corrompue, même barbare, mais comme un immense camp de concentration.

25: Dans le noble dessein de dédommager, par la magie du cinéma, les persécutés de tous pays et de toute couleur, il fait du nazi non plus un être historique, mais un un signifiant baladeur, un synonyme de salaud intégral.
(…)la consommation à haute dose de “cartoons” fait des cerveaux en carton. On me dit aussi que Tarantino est malin, qu’il joue avec les genres, qu’il parodie les films de série B, bref, qu’il ne faut surtout pas prendre Django Unchained au pied de la lettre. N’est-ce pas précisément cela, l’infantilisme du XXIe siècle? On est à la fois con et snob, binaire et goguenard (…)

Où va l’Europe
31: (à propos de l’adieu de Benoît XVI et du discours de Ratisbonne): La Bible étant aujourd’hui réduite à un vague message philanthropique, et la raison ayant revêtu depuis Descartes un “habit d’ingénieur”, selon la frappante expression de Peter Sloterdijk, le pape (…) a souhaité la reconstitution d’un “Grand Logos”, où les interrogations proprement humaines -“D’où venons-nous”, “Où allons-nous”- , les questions de la religion et de l’éthique trouveraient à nouveau leur place, au lieu d’être renvoyées comme aujourd’hui au domaine de la subjectivité.

32: l’Europe n’a rien voulu entendre de cette mise en garde. Elle n’est pas près de surmonter son “aversion pour les interrogations fondamentales”(…)

(…)référence au dialogue sur le christianisme et l’islam que l’empereur byzantin Manuel II Paléologue eut avec un érudit persan (…) septième entretien, l’empereur dit :”Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais et de l’inhumain comme ceci, qu’il a prescrit de répandre par l’épée la foi qu’il prêchait”. Cette formulation est(…) “abrupte, dit Benoît XVI, au point d’être inacceptable. Et son objectif, en rapportant l’anecdote n’était évidemment pas de stigmatiser l’islam. Il s’agissait pour lui de poser la question cruciale du rapport entre religion et violence.

33: Mais qu’importe l’argumentation du pape. Sa citation a mis le feu aux poudres ((…) et pour bien montrer que leur religion prônait la paix, des fidèles ont saccagé ou mitraillé des églises, de la Turquie à la Palestine.

88: Nous sommes, nous autres Européens, les héritiers d’une civilisation nouvelle, puisqu’elle ne relève ni de la cité, ni de la nation, ni de l’empire. Cet héritage et cette construction sont aujourd’hui menacés par une bureaucratie européenne hors sol qui transforme, avec une incroyable arrogance, l’Europe en camp de rééducation pour peuples indociles.

89: Les fonctionnaires de Bruxelles sont maintenant des pions vindicatifs juchés sur le perchoir d’Auschwitz pour dépouiller les Etats européens de cette prérogative majeure de la souveraineté: la distribution de l’appartenance.
(…)En récusant cette autorité, l’Europe se rend de plus en plus odieuse aux nations qui la composent.

108: Ce n’est plus son héritage que l’Europe met en avant, ce sont les valeurs de respect et de tolérance. Ce n’est pas son identité-terme honni-, c’est son ouverture. Pour mieux recevoir les autres, elle fait le vide dans sa maison. Et les nations qui la composent ne pourront durablement se soustraire à ce grand nettoyage de printemps.

148-149: Ce que construisent, depuis plus d’un demi-siècle, les Européens, ce n’est pas une démocratie à l’échelle du continent; il faut, pour la démocratie, une langue commune, des références communes, l’attachement à une mémoire, bref, il faut une nation. Et l’Europe est, irréductiblement, un espace plurinational. L’union Européenne, c’est tout autre chose (…), une bureaucratie gigantesque qui donne aux citoyens européens le sentiment d’être dessaisis de leur identité, de leur souveraineté, du gouvernement d’eux-mêmes sans pour autant résoudre leurs problèmes les plus aigus.

149: Admirable en tant que classe, le peuple devient détestable dès qu’il apparaît comme nation. Mais ce rejet ne traduit rien d’autre qu’un mépris de classe à l’encontre de ceux qui sont exposés à la violence de tous les flux.

Et Israël dans tout ça ? Quid de la Palestine ?
209: Comme à chaque fois qu’il s’agit d’Israël, mon for intérieur se divise en deux et ma parole se scinde.

210: Le problème, c’est que le Premier ministre d’Israël ne se désole pas, ne se révolte pas, il se frotte les mains. (…). Il préfère le “conflict management” avec les Palestiniens à une guerre civile avec les colons les plus radicaux. Ainsi, loin d’incarner le sionisme, travaille-t-il à la dissolution de l’Etat juif dans un Etat binational.

(…)J’ai pensé alors à mes descendants éventuels. Auront-ils leur place dans la France de demain? Assisterons-nous dans cinquante ou cent ans, au chassé-croisé entre les Israéliens revenant vers l’Europe et les Juifs européens fuyant vers Israël quand ils n’auront pas la possibilité d’émigrer sur le continent américain? Un autre avenir est-il encore possible?

124:Et voici que cet Etat créé pour normaliser l’existence juive incarne aujourd’hui la superstition du Lieu, l’anomalie de l’obsession territoriale. Ceux qui espéraient enfin se mettre à l’heure des nations sont, une nouvelle fois, nous dit Tony Judt après Yuri Slezkine, tombés dans l’anachronisme. Quant tout le monde devient juif, ils cessent de l’être. Une nouvelle fois, ils prennent l’histoire à contresens.(Judt, Tony (2004), ‘Israël: l’alternative’, Le Débat,  (128).)

38: (à propos de Stéphane Hessel et son brûlot Engagez-vous (clickez sur https://cosmopolitique.org/2011/02/28/hessel-s-2011-indignez-vous-indigene-editions/ le lien pour mon papier): Vieux-jeune qui s’adresse aux jeunes-jeunes, Stéphane Hessel pressent que ceux-ci peuvent ne pas savoir où donner du coeur devant la surabondance des barbaries que leur offre le monde. Il les tire donc d’embarras en concluant sa brève exhortation par une longue diatribe contre Israël. Pourquoi cette élection? Pourquoi choisir ce petit Etat et non le terrorisme d’Al-Qaïda, la dictature en Erythrée, la lente absorption du Tibet par la Chine? Parce que de l’occupation persistante de la Palestine dérive, à ses yeux, le conflit désormais planétaire entre l’islam et l’Occident. Parce que Israël lui apparaît comme le crime originel, la cause de tous les maux.

39: Rony  Brauman, pourtant très sévère, et depuis longtemps, envers la politique israélienne, a dit dans Libération:” il y a bien d’autres lieux où les droits des peuples sont piétinés, et parfois plus violemment encore. Pour moi, cela relevait d’une erreur de méthode qui affaiblissait le discours” (je n’ai pas retrouvé la source, drm)

Sans cette erreur, le petit livre beige aurait-il connu un succès planétaire? (…) Elle n’a pas empêché (…)des personnalités européennes aussi éminentes que Michel Rocard, Edgar Morin et Peter Sloterdjik de lancer un appel pour que soit décerné à Stéphane Hessel le prix Nobel de la paix. Le Nobel pour l’indigence vertigineuse de la pensée et la paix pour la désignation de l’Etat juif à la vindicte universelle.

220: “Le vote de la résolution portant sur la reconnaissance de la Palestine est “le meilleur moyen pour récupérer notre électorat de banlieue et des quartiers“,  a dit selon Le Canard Enchaîné, l’ancien ministre de l’Education nationale Benoît Hamon. Il actualisait ainsi la recommandation (de Pascal Boniface au PCF): “Je suis frappé par le nombre de jeunes beurs, de Français musulmans de tout âge, qui se disent de gauche mais affirment ne pas vouloir voter Jospin à l’élection présidentielle. Une attitude jugée déséquilibrée au Proche-Orient- et bien sûr, pensent-ils, une fois de plus en défaveur des Arabes- vient confirmer que la communauté arabo-musulmane n’est pas prise en compte ou est même rejetée par la famille socialiste“.(Boniface, Pascal (2003), Est-il permis de critiquer Israël? (Paris: Robert Lafont). p. 236).

221: Mais la Palestine, dans les cités, ce n’est pas un lieu, ce n’est pas même un peuple, c’est le symbole de la domination juive sur le monde et de l’humiliation infligée aux musulmans.

(il parle de) chercheurs en effaçologie qui peuplent les départements de sciences sociales.

222: Je me disais, à la fin du XXe siècle, que l’antisémitisme était moribond et qu’Israël restait un recours car le sionisme était, lui, bien vivant. Je me dis aujourd’hui que l’antisémitisme est devant nous et que l’autodissolution du sionisme est en marche. Et je désire une seule chose: que l’avenir me donne tort sur les deux tableaux.

166: (retombées de la guerre de Gaza 2014): Georges Galloway, député anglais de la circonscription de Bradford: “We have declared Bradford an Israel free zone,” he told party activists at the meeting in Leeds. We don’t want any Israeli goods. We don’t want any Israeli services. We don’t want any Israeli academics, coming to the university or the college. We don’t even want any Israeli tourists to come to Bradford if any of them had thought of doing so. We reject this illegal, barbarous, savage state that calls itself Israel. And you have to do the same.”

Cette version antisioniste du Judenrein est promise à un bel avenir, mais elle ne met pas pour autant Israël au-dessus de tout soupçon. Cet Etat ne pouvait laisser sans réponse les roquettes et les missiles du Hamas qui désignent tous ses habitants comme des occupants, mais il a eu le grand tort d’annexer quatre cent hectares en Cisjordanie pour apaiser une extrême-droite insatisfaite de l’issue mitigée de la guerre. L’opération “Bordure protectrice” dirigée contre le Hamas aurait dû s’accompagner d’une politique de soutien à l’Autorité palestinienne.
(…)Israël, pays hyper-démocratique, n’a pas de politique étrangère. Les coalitions survivent au prix de la perpétuation du statu quo. La crainte d’un affrontement avec les colons paralyse toute initiative, et Israël se dirige ainsi vers la dissolution du sionisme au profit de la guerre des communautés dans un Etat binational.

 

Art, Culture et spectacles 2.0

cf. Tandonnet, Maxime (2014), Au cœur du volcan. Carnets de l’Elysée 2007-2013 (Paris: Flammarion).

215: Pourquoi le Centre Pompidou accueille-t-il en grand pompe les jouets usinés par Jeff Koons? Parce qu’ils atteignent des prix “stratosphériques”, comme dit, bluffé, le journal Le Monde. Ce n’est pas à la nouveauté explosive du Balloon Dog ou du Michael Jackson and Bubbles que va notre “Chapeau, l’artiste!”, mais aux milliards que Jeff Koons a engrangés.

217: Un nouveau culte aujourd’hui remplace et la religion et la culture, le culte de l’équivalent général. Dieu s’est éclipsé à l’aube des Temps modernes; à leur crépuscule, c’est le grand artiste qui cède la place à “l’artiste le plus cher du monde”.

203: La frontière entre l’art et le non-art ayant été patiemment déconstruite, n’importe quoi va: tout peut être art, du moment que l’artiste le décide et que le marché avalise son audace transgressive. Et le public, en général, obtempère, de peur d’avoir l’air bête ou d’être taxé de nostalgie.

204: Emettre des réserves devant la dernière “provocation” sponsorisée de McCarthy, ce n’est pas seulement “défendre la culture policée et la bienséance bourgeoise”, comme dit encore l’éditorialiste du journal de référence devenu, au fil du temps, le quotidien de la rebellitude, c’est perpétuer l’idéologie nazie, rien de moins. Que représente Hitler aujourd’hui? Un recours pour les nuls.

179: A l’âge mimétique a succédé, sans coup férir, l’âge de l’autosuffisance ou, comme le dit Fleur Pellerin, “des millions de petites épiphanies personnelles”. Les morts ont été licenciés et, avec eux, les livres: La ministre épiphanique de la Culture vient de déclarer qu’accaparée par ses notes, ses fiches, ses documents et ses écrans, elle n’en a pas lu un seul depuis deux ans. La culture a été mise au tombeau, mais l’assassin portant le même nom que la victime, on ne s’est aperçu de rien: c’est le crime parfait.

276: Comme dit Octavio Paz, tous sont guettés par “le Grand Bâillement, anonyme et universel, qui est l’Apocalypse et le Jugement dernier de la société du spectacle” (citation reprise de Vargas Llosa, Mario (2015), La Civilisation du spectacle (Paris: Gallimard) p. 51

l’intellectuel engagé face qux questions d’autonomie et responsabilité :
regarder les choses en face.

62: La morale laïque est l’apprentissage de l’autonomie. Etre autonome, ce n’est pas faire ce qui nous plaît, c’est répondre de ce qu’on fait.

63: (à propos du Mur des Cons et des menaces à l’encontre de Clément Weill-Raynal qui l’a révélé) La liberté de pensée et la liberté d’information ne sont pas la règle, mais une fragile et précieuse exception dans l’histoire des communautés humaines et dans le monde tel qu’il va. La norme, en ce qui concerne la pensée, a longtemps été la persécution, et les philosophes ont dû déployer des trésors d’ingéniosité pour échapper à la censure. Et c’est la vocation même du pouvoir totalitaire que de s’arroger le monopole de l’information: jamais ne doivent parvenir aux oreilles du peuple les nouvelles qui risqueraient de contredire la vérité officielle. (Weill-Raynal, Clément (2013), Le Fusillé du mur des cons (Paris: Plon).)

68: Dans son livre Limonov, Emmanuel Carrère cite le grand historien Martin Malia: “Le socialisme intégral n’est pas une attaque contre les abus spécifiques du capitalisme, mais contre la réalité. C’est une tentative pour abroger le monde réel“. De même l’antiracisme intégral sous lequel nous vivons n’est pas une attaque contre les abus spécifiques du racisme, mais contre la réalité. (…) Nous sommes voués à nous battre constamment sur deux fronts, contre l’abrogation antiraciste du monde réel et contre le déchaînement raciste des bas instincts. Et ce n’est pas une pétition de principe: deux qui choisissent la voie de l’intégration, qui font de bonnes études, qui obtiennent un diplôme sont souvent au chômage parce qu’ils paient pour les autres.

79: il cite: “le malheur des hommes ne doit pas être le reste muet de la politique. Il fonde un droit absolu à se lever et à s’adresser à ceux qui détiennent le pouvoir” (Foucault, Michel (1994), Face aux gouvernements, les droits de l’homme, Dits et Ecrits IV (Paris: Gallimard). p. 708).

232: Les anciens charlatans régnaient par l’abus de confiance. C’est l’abus de méfiance qui, de nos jours dévoie son jugement. Et les maîtres, équipés pour faire reculer l’ignorance, sont de plus en plus démunis face à un pseudo-savoir imbu de ses trouvailles et fier de ne pas s’en laisser conter.

233: Comme le dit Pierre Manent, “le politiquement correct est la langue de gens qui tremblent à l’idée de ce qui pourrait arriver s’ils arrêtaient de se mentir.

228: Eric Zemmour(…), Michel Houellebecq(…) et moi avec mon Identité Malheureuse (…) Nous sommes les docteurs Frankenstein de la terreur qui frappe notre pays.

231: Le 11 janvier, le peuple est donc descendu dans la rue pour montrer son attachement à l’ironie et au scepticisme. Le peuple, mais pas les habitants des quartiers “populaires”.(…) Ils ont boudé ce moment rare d’amitié française.

147: Chaque monde, écrivait Péguy, sera jugé sur ce qu’il aura considéré comme négociable ou non négociable. Notre monde, ajoutait-il, est celui de l'”universelle interchangeabilité“. Et il n’avait encore rien vu.(in Péguy, Charles (1992), ‘Note conjointe sur Monsieur Descartes et la philosophie cartésienne’, Œuvres en prose complètes (Bibliothèque de la Pléiade tome III; Paris: Gallimard).p. 1431)

274: Et, comme l’écrit Pierre Manent Dans La Cité de l’homme, pour que la science sociale soit possible, “il faut que la raison soit chassée des actions humaines réelles et concentrée dans le regard du spectateur savant. Ainsi a été déchiré le tissu de l’implicite délibération commune qui rattache tout homme aux hommes qu’il veut comprendre” (Manent, Pierre (1994), La cité de l’homme (Paris: Fayard), p. 108).

Célebrons Mandela les yeux ouverts
102: Il y a encore place, dans les temps d’égalité pour la grandeur. La preuve: Nelson Mandela.

(…) S’il a lu Frantz fanon et adopté, un temps la rhétorique révolutionnaire de tous les mouvements de lutte pour l’indépendance, Mandela a fini par ne pas suivre l’effrayante injonction de Sartre dans sa préface aux Damnés de la Terre: “Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé: restent un homme mort et un homme libre“(Fanon, Franz (1985), Les Damnés de la Terre (Paris: La Découverte).)

102-103:l’hommage que rend la planète unanime à l’homme qui a su résister à la tentation de la confrontation sanglante est donc amplement mérité. Fallait-il pour autant en faire un dieu?

103: On ne s’interroge pas sur la réalité effective de cette inauguration (d’un ordre nouveau par Mandela, note de drm). Peu importe la corruption qui explose, la montée de la violence et de l’insécurité, le sourrire radieux de Madiba tient lieu d’Afrique du Sud.

(…) André Brink, qui a toute sa vie combattu l’apartheid(…) dénonce l’incurie de la police, critique amèrement le népotisme de l’ANC, et il affirme que la discrimination positive a atteint de tels sommets d’injustice et de ridicule que les personnes les plus qualifiées ont dû quitter le pays.

104: A chaque âge son utopie. La nôtre, c’est “United Colors of Benetton”. Et Mandela, bien malgré lui sans doute, est son emblème. Sans aucune considération pour la haine et la fureur dont l’Afrique du Sud actuelle est le théâtre, on fait de l’homme qui a vaincu l’apartheid le Moïse de la nouvelle Terre promise.

Les Nouveaux Amuseurs Communautaires et les Amuseurs Assassinés
Dieudonné
132: Avec les droits de l’homme pour seul viatique, l’homme ne se tient plus, il se lâche et Internet devient l’immense cloaque où les sphincters de la liberté déposent, jusqu’au moindre borborygme, tous les discours qui la traversent.

Imaginez cependant qu’un rappeur ou un amuseur identitaire, enhardi par l’exemple du Mur et de la chanson “Shoananas” présente une saynète intitulée “Y’a bon banane”. Aucun de ceux que scandalise l’interdiction du spectacle de Dieudonné ne ferait grief au ministre de l’Intérieur d’imposer, pour trouble de l’ordre public, l’annulation du sien. Aux yeux de ses plus ardents défenseurs, la liberté d’expression est donc à géométrie variable. Ils veulent en faire bénéficier l’antisémitisme hilare des damnés de la Terre et ils réclament, en même temps, la plus extrême sévérité pour toutes les formes de racisme national.

131: les rappeurs et les amuseurs sont les nouveaux tribuns. Dans l’Obsolescence de l’homme, Günther Anders, analysait déjà cette mutation:

“Plus aucune des puissances qui nous forment et nous déforment aujourd’hui n’est assez forte pour entrer en concurrence avec le divertissement. La façon dont nous rions, marchons, aimons, parlons, pensons ou ne pensons pas (…), nous ne l’avons apprise que pour une part insignifiante de nos parents, de l’école ou de l’Eglise et presque exclusivement du divertissement” (Anders, Günther (2011), L’obsolescence de l’homme, trans. Christophe David (tome 2: Fario).

129-30: Aussi doctrinal qu’il est ordurier, Dieudonné M’bala M’bala donne le signal de la révolte contre les Maîtres du Monde en enfonçant délicatement sa “quenelle” dans le “fonds du fion du sionisme”, “Négriers reconvertis dans la banque”, les Juifs ont inoculé le sida en Afrique et nous vivions aujourd’hui sous une “occupation sioniste” qui, si l’on en croit la nouvelle autorité morale des quartiers “sensibles”, est plus féroce que l’occupation allemande. Je comprends ceux qui ne supportent pas d’être traités d’antisémites parce qu’ils critiquent la politique de colonisation israélienne ou parce que, hostiles au projet sioniste en tant que tel, ils préconisent la création d’un Etat binational en Palestine. Mais pour Dieudonné, Israël n’est pas en Israël, Israël est partout.

130-1: Quand l’antisionisme s’affranchit de la géographie, il renoue avec l’antisémitisme.

Charlie
225: CHAPITRE LE CHOC m: On ne lisait plus guère ce journal, mais nul n’ignorait les noms de Wolinski, de Cabu, de Bernard Maris ou de Charb.

226: Ce ne sont donc pas seulement des symboles de la liberté d’expression qui ont été fauchés au cri de “Allahou Akbar”, ce sont de vieilles connaissances. Et nous en portons le deuil.

Comme beaucoup d’entre nous, les gens de Charlie étaient individualistes, hédonistes, cosmopolites, et ils ont longtemps batifolé dans la joyeuse apesanteur de la post-histoire.

La Gauche 2.0
130-131 :Dans les années soixante-dix du XXe siècle, notre regard, à nous autres gauchistes, était également façonné par l’idéologie. Nous réduisions allègrement la complexité du monde à l’affrontement de deux forces.

(…) La radicalité que nous arborions si fièrement était un mixte de bêtise et de suffisance. Ce qui la prémunissait cependant contre le conspirationisme, c’est que le Mal alors avait une adresse: la France pompidolienne ou l’Amérique de Richard Nixon. ous l’effet de la mondialisation capitaliste, la souveraineté semble se transférer Etats aux marchés, l’ennemi devient la finance invisible. Et nul n’est mieux à même que le juif protéiforme d’incarner ce pouvoir sans visage (…)

La gauche était la voix du peuple qui demande justice. Elle tend à devenir la voix des ronds-de-cuir qui prennent la pose. La politique n’a pas gagné au change.

161: Les socialistes ont cru que l’antisarkozysme pouvait tenir lieu à la fois de propagande et de programme, ils paie très cher, une fois au pouvoir, cette facilité.

163: Quant aux écologistes, ils prétendent défendre le principe de sauvegarde, mais ils ne savent parler que le langage des droits. Ils veulent, avant qu’il ne soit trop tard, fixer des limites à la voracité universelle, et en même temps, libertaires dans l’âme, ils se font les chantres de l’illimitation. Avec une inconséquence fatale, ils sonnent le tocsin et ils propagent l’incendie.

164: Pour Changer de civilisation (à l’instigation de Martine Aubry alors Première Secrétaire du PS): ce programme est une reddition. Pour que la gauche retrouve son élan et sa dignité, il faudrait qu’elle s’attache aux prestiges du changement et qu’elle articule sa promesse égalitaire autour du thème: Pour rester une civilisation.

Journalisme 2.0
244: On dit indifféremment “nouvelles” et “informations”, mais l’actualité, ces derniers jours c’est moins souvent la nouveauté que le tragique de répétition.

56: Albert Londres ne mangeait pas de ce pain-là: il ne se nourrissait pas des déjections de tous les corbeaux de France. Reporter et non mouchard, il tentait de s’approcher, du mieux qu’il pouvait, de la réalité réelle.

59: En 1997, Hans Magnus Enzensberger  écrivait : “Tout comme le pensionnaire d’un asile, l’homme politique est constamment surveillé. Le judas de la cellule est constamment surveillé. Le judas de la cellule ou le système panoptique des pénitenciers est remplacé dans son cas par l’objectif des caméras. Les surveillants, ce sont les journalistes et les procureurs” (Enzensberger, Hans Magnus (1998), Feuilletage, trans. Bernard Lortholary (Paris: Gallimard) p. 121)

138-130: “Jan Prochazka, grande personnalité du Printemps de Prague, est devenu, après l’invasion russe en 1968, un homme sous haute surveillance. (…). Ce n’est donc que progressivement (mais avec une rage d’autant plus grande) que les gens se sont rendus compte que le vrai scandale, ce n’était pas les mos osés du Prochazka, mais le viol de sa vie; ils se sont rendus compte (comme par un choc) que le privé et le public sont deux mondes différents par essence et que le respect de cette différence est la condition sine qua non pour qu’un homme puisse vivre en homme libre; que le rideau qui sépare ces deux monde est intouchable et que les arracheurs de rideaux sont des criminels” (Kundera, Milan (1993), Les Testaments Trahis (Paris: Gallimard). p. 302-3)

181: Mediapart (le site d’information qui donne envie de changer de planète. (note de drm, c’est un peu injuste….ils n’aiment pas Finkie mais ils ont raison de creuser!)

Leçon
287 “Il ne dépend pas de nous que l’événement se déclenche, mais il dépend de nous d’y faire face” (Péguy, Charles (1992), ‘Louis de Gonzague’, Œuvres en prose complètes (Bibliothèque de la Pléiade, tome II; Paris: Gallimard), p. 383