Aix-Marseille: réflexions cosmopolitiques au Mucem et au Grand Théâtre de Provence

Le cosmopolitisme est cette théorie politique de l’humanité : de ce qu’elle est, en deçà de l’État, par le droit naturel, en tant qu’elle s’enracine dans une propriété indivis de la terre ; de ce qu’elle est au-delà de l’État, à travers l’idée d’une société des nations scellée par une alliance de paix. Si le cosmopolitisme est possible, alors il existe un concept politique de l’humanité.

(Zarka Yves Charles, « Préface : Y a-t-il un concept politique de l’humanité ? », dans Kant cosmopolitique. Paris, Editions de l’Éclat, « Philosophie imaginaire », 2008, p. 7-9. DOI : 10.3917/ecla.zarka.2008.01.0007.

Je sors bouleversée de deux expositions magnifiques au MUCEM qui, décidément se bonifie et trouve ses marques!

Je n’attendais rien de celle sur l’or…Or…. ce fut un véritable choc, esthétique

Transgressif

Attendrissant

…Avec cette idée géniale de retrouver les personnes ayant déposé un objet en or au Mont-de-Piété (aka Crédit Municipal) – crève-cœur obligé pour ne pas mourir de faim ou élever ses enfants – et restituer leur commentaire sur ce geste…

Tous retrouveront leur objet à la fin de l’expo et il reste encore certains objets orphelins…

Certains objets se répondent d’une expo à l’autre, d’un Mucem

… à un Neues Museum

Mais c’est la série de photos de de Sebastião Salgado sur les mines d’or qui fut un coup de poing… au point d’acheter son petit album

Nous vivons dans ce monde étrange peuplé d’étrangers cosmopolites aux fortunes diverses… mais ces représentations d’êtres hagards semblables à des fourmis désespérées m’ont bouleversée comme m’avait sidérée et envoûtée le film de Wim Wenders, Le Sel de la Terre.

J’y ai aussi appris que les merveilleuses mosaïques byzantines sont faites de tesselles, alliage de verre et d’or…

Quant à Ai Wei Wei, il sait à merveille nous interpeler et nous amener à réfléchir autrement… fondement de ma propre démarche!

Ai Weiwei est le fils du célèbre poète chinois Ai Qing (1910-1996), qui découvrit l’Occident en 1929 en débarquant à Marseille, sur les quais de la Joliette, à l’endroit-même où se situe aujourd’hui le Mucem.

C’est pourquoi l’artiste nous propose un voyage à travers le temps et son œuvre, qu’il relie à son lignage paternel. Faisant apparaître des résonances inédites, cette exposition nous permet d’aborder le travail d’Ai Weiwei sous un jour nouveau. Ses créations, mises en parallèle à des objets des collections au Mucem, nous invitent à questionner des concepts opposés comme « Orient » et « Occident », « original » et « reproduction », « art » et « artisanat », « destruction » et « conservation ». Mais, avant tout, elles remettent en question nos systèmes d’interprétation.

(Présentation du Mucem)

À l’image de sa réappropriation/destruction d’objets multimillénaires

Il sait détourner mots et images mieux que personne, à l’image de son Château La Feet

Ou cet imper invitant à…rester couvert…

Mais au-delà de l’hommage à son père et à son arrivée à Marseille

Dans la patrie des droits de l’homme et de la Femme inscrits dans du Savon… de Marseille!

Et il fustige le goût du clinquant Chinois dans une installation qui est une véritable mise en abime!

Nos droits sont de plus en plus affichés, et c’est bien, mais tout comme nos libertés et notre droit à un jardin secret, à cultiver notre individualité, ceux-ci sont battus en brèche au nom de la transparence qui écrase tout et nous rend semblables à ces hommes fourmis sous le prisme salgadesque.

Au septuagénaire Festival d’Art Lyrique d’Aix, la popularité et la qualité de l’Ange de Feu de Prokofiev m’a réellement transportée!

Magnifiquement dirigé par Kazushi Ono, dans une mise en scène brillantissime Mariusz Treliński (directeur du Théâtre National de Pologne) qui est servi par une distribution tout à fait magique, notamment Renata à qui la lituanienne Ausriné Stundyte donne une dimension tout à fait impalpable!

Cosmopolite par nature, cet opéra russe est né de la lecture en 1919 aux États-Unis du roman éponyme de Valéri Brioussov. Un temps prévu pour être représenté à Berlin en 1927, puis au Met, c’est finalement à Paris que l’opéra sera finalement joué pour la première fois en version française en 1954, en italien en 1955 et enfin en version originale à Prague en …1981!

Prokofiev, mort en 1953, n’aura jamais vu son œuvre sur scène ….!

Les aspects métaphysiques et les potentialités scéniques de cette histoire d’amour violente et sulfureuse séduisent le compositeur qui se lance lui-même dans la rédaction d’un livret reprenant les principaux développement de l’intrigue. Comme le roman, l’opéra a pour cadre l’Allemagne du XVIe siècle. Prokofiev prend néanmoins soin de centrer l’intrigue sur le personnage féminin de Renata. Est-elle une sainte tourmentée, une innocente possédée, une sorcière damnée ouune mystique hallucinée ? Pour retrouver l’amour céleste de Madiiel–son ange gardien–elle est prête à tous les sacrilèges et entraîne dans sa quête obsessionnelle Ruprecht, chevalier tombé sous son emprise.

et ce cosmopolitanisme se poursuit….chef d’orchestre japonais, metteur en scène polonais, décors du slovaque Boris Kudlička, costumes du Zurichois Kaspar Glarner, lumières de la polonaise Felice Ross, orchestre de l’Opéra de Paris, Ruprecht est un baryton américain (Scott Hendricks), la Sorcière-Mère supérieure est polonaise, le ténor Andrei Popov (Méphistophélès/Agrippa von Nettesheim) est russe, la basse est polonaise (Krzysztof Bacsyk incarne Jakob Glock), tout comme les chœurs remarquables…. et l’intrigue mêle catholicisme, protestantisme, cabale juive et ésotérisme… tout cela dans le superbe écrin rouge du théâtre de Provence (Aix) où, parmi la foule où de nombreuses personnalités semblaient avoir fait le déplacement à juger par la haute sécurité déployée pour l’occasion !

Je signale enfin la superbe rétrospective de Nicolas de Staël, autre personnage éminemment cosmopolite, toujours à Aix dans le merveilleux hôtel de Caumont

Décidément, il faut redécouvrir le Sud!

Références:

Directeur de publication Bernard Foccroule, coordination éditoriale Catherine Roques, Alain Perroux, Aurelie Barbuscia et Albine Dufouleur

L’avis de Ronan sur YouTube

Sur Forum Opéra

Sur Diapason Mag

Sur Opera online

Diffusion sur France Musique le 13 juillet 2018

Le Monde: Aix, Un ange qui sent le souffre, par Marie-Aude Roux

La revue du spectacle

Le Figaro : A Aix, l’ange de feu vacille

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