J’ai déjà posté nombre de contributions, rapports et commentaires à propos de cette tentative (désespérée?) d’une partie du judaïsme européen pour faire entendre sa voix jusque là totalement intérieure dans ce débat où aucun coup ne nous est épargné. Nous sommes des planqués qui osons affirmer tout haut ce que nous ne devrions même pas penser tout bas, nous qui ne donnons pas le sang de nos enfants à la lutte de ce minuscule Etat (21 060 km2selon les données de ChallengeS) et dont Mitterrand aurait dit (conditionnel dû au fait que je n’ai jamais mis la main sur cet entretien supposé avec la journaliste de l’Express Sylvie Pierre-Brossolette) “Tant d’histoire pour si peu de géographie”…On ne prête qu’aux riches mais j’adore cette citation fut-elle inventée!

Le problème est que le clivage entre ceux qui s’intitulent eux-mêmes “Le Camp de la Paix”…comme si les autres prônaient la guerre, ce qui est parfaitement imbécile, et ceux qui se sont lassés de toute négociation au point de refuser ce qu’ils intitulent “une paix à tout prix même à celui de l’existence d’Israël”, il semble s’être instauré un fossé infranchissable. En fait, il n’en n’est rien, sauf la poignée de parfait crétins qui ferment leurs yeux sur toute exaction de la part d’Israël (et il y en a!) tout en les ouvrant grands sur toutes celles du camp des Palestiniens au sens le plus large possible (et là alors, la charrette est monstrueuse comme en témoigne le récent attentat en Bulgarie ou encore cet incroyable refus du CIO au nom d’une neutralité bien commode et hypocrite d’accepter une minute de silence en mémoire des athlètes israéliens tués à Münich).

Pour y voir peut-être un peu plus clair en tout cas sur le camp des colombes au coeur desquelles je me range bien volontiers, je vous livre mes notes que vous pourrez également retrouver avec mes différentes notes bibliographiques sur mon portail adhoc.

En outre, je précise que la contribution d’A.B. Yehoshua m’a ouvert les yeux sur une sympathique recherche dont je livrerai mes conclusions préliminaires lors de la Conférence internationale de l’Académie du Droit de la Langue sur le thème “Droits linguistiques, inclusion et prévention des conflits ethniques” qui se tiendra à Chiang Mai, Thaïlande, en décembre 2012 sous la direction du Professeur F. de Varennes.

Sur ce…je vous souhaite bonne lecture, un bel été (ou  hiver selon votre hémisphère) et de beaux jeux olympiques, le doigt sur la bouche!

En guise…d’apéritif, je vous offre l’image du dialogue, sous la double égide de JCall et du Festival International du Film sur les Droits de l’Homme de mon ami Léo Kanneman

deux grands complices pro-paix! Yaël Dayan et Elias Sanbar, chez Luisa Ballin le 7 mars 2012, Genève.

Chemla, D., Ed. (2011). JCall: les raisons d’un appel. Paris, Liana Levi

Contient les articles suivants dont bon nombre sont des entretiens menés par David:

  • Barnavi, E. (2011). Se taire s’apparente à non assistance à pays en danger. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 19-24.
  • Bensoussan, G. (2011). Eviter l’Etat unique et arabe. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 25-36:.
  • Chemla, D. (2011). Gardons-nous de nous laisser entraîner dans le refus de l’autre, Entretien avec Michel Serfaty. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 105-116.
  • Chemla, D., Ed. (2011). Les raisons d’un appel: JCall, appel à la raison des Juifs européens. JCall: les raisons d’un appel. Paris, Liana Levi
  • Chemla, D. (2011). Mon inquiétude: l’avenir d’Israël, Entretien avec Dominique Schnapper. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 97-104.
  • Chemla, D. (2011). Pour l’amour d’Israël, Entretien avec Bernard-Henry Lévy. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 67-86.
  • Chemla, D. (2011). Pour que ces deux rêves deviennent mutuels: entretien avec Daniel Cohn-Bendit. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 37-48.
  • Chemla, D. (2011). Préface: l’âge de raison. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 11-18.
  • Chemla, D., G. Baltiansky, et al. (2012). Changing Paradigms Among World Jewry for a Two-State Solution. J Street: Making History, Washington D.C.
  • Finkielkraut, A. (2011). Les yeux ouverts. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 49-53.
  • Grossman, D. (2011). Ce que je connais de la guerre me donne le droit de parler de la paix. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 55-66.
  • Meyer, D. (2011). Parce que la Bible n’est pas un cadastre. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 81-86.
  • Nora, P. (2011). Pour un sursaut de la volonté et de la raison. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 87-89.
  • Rousso, H. (2011). Il faut qu’une porte soit ouverte. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 91-96.
  • Yehoshua, A. B. (2011). Juifs de la Diapsora, c’est votre droit d’agir. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 117-124.

Et dans l’ordre (alphabétique) de l’ouvrage:

Chemla, D. (2011). Préface: l’âge de raison. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 11-18.

11: Depuis le lancement de notre Appel à la raison, nous avons reçu beaucoup de critiques(…). Mais personne ne nous a adressé la seule critique dont j’aurais pu comprendre la pertinence: pourquoi faire appel aujourd’hui à la raison alors que toute l’histoire d’Israël est précisément une victoire de la déraison?
15: Personne aujourd’hui ne peut imaginer la disparition d’un Etat comme le Danemark, alors que c’est le cas pour Israël dont la population dépasse pourtant aujourd’hui celle du royaume de Hamlet. “To be or not to be” cette question est au coeur de l’existnece juive contemporaine et le restera probablement jusqu’au jour où, enfin, Israël connaîtra la paix.
17: Les Palestiniens le disent clairment aujourd’hui, si leur Etat ne voit pas le jour dans un avenir proche, ils renonceront à leur indépendance et exigeront la citoyenneté israélienne à part entière. Ainsi, par manque de volonté politique en refusant d’affronter ses ultras, Israël se condamnera lui-même à devenir un Etat binational ou à cesser d’être un Etat démocratique, Dans un cas comme dans l’autre, ce serait la fin du rêve sioniste et une nouvelle catastrophe.
La plus grande réussite du sionisme est d’avoir permis aux Juifs de devenir les sujets de leur propre histoire. Malheureusement beaucoup d’Israéliens continuent à regarder le monde alentour et à appréhender leur situation à travers le prisme de leur passé douloureux auquel s’ajoutent les traumatisme des guerres et des attentats. Ils se referment sur eux-mêmes et ne sont même plus capables de voir la souffrance qu’ils infligent aux Palestiniens du fait de l’occupation. La majorité de la population israélienne vit à l’Ouest de la “ligne verte”, à l’abri de la barrière de sécurité qui certes la protège, mais dans le même temps efface les Palestiniens de son horizon. Il ne s’agit pas de “s’indigner” contre les uns ou les autres. Indignation ne vaut raison.

Barnavi, E. (2011). Se taire s’apparente à non-assistance à pays en danger. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 19-24.

19-20: Soit dit en passant, les réactions hystériques (des adversaires de JCall) prouvent bien que nous avons touché juste et que nous représentons bien une alternative à la pensée unique qui sclérose la Diaspora organisée. Il est facile de polémiquer avec des voix haineuses qui confondent dans un même opprobre Israel, son idéologie fondatrice et la politique de son gouvernement; il est plus difficile d’avoir affaire à des Juifs sionisetes dont l’attachement à Israel, à sa survie et à son bien-être se passe de preuve.
20: A l’extérieur, la solitude d’Israël est totale. Jamais au cours de sa brève histoire, l’Etat juif n’a été aussi isolé sur la scène internationale, où personne n’accepte les fondements de sa politique. Cela est vrai pour les gourvernements, y compris celui des Etats-Unis, son seul allié, comme pour les opinions publiques au sein desquelles la lassitude fait bon ménage avec une propension croissante au déni de léginimité pur et simple. Qui peut croire qu’on peut avoir tout le temps raison contre tout le monde?
20-21: A l’intérieur, c’est encore pis. Car même si la “communauté internationale”, comme on dit pour ne rien dire, permettait à Israël de continuer sa marche vers l’abîme, il faut être aveugle pour ne pas voir les deux sentiers qui y convergent. L’un est démographique et il nous condamne à l’Etat binational de fait – c’est à dire à l’apartheid, le vrai, et à la guerre civile; l’autre, politique, conduit à la fascisation rampante de la société. Cet aspect là est l’angle mot de la Diaspora. Loin du théâtre des opérations et légitimement indignés par la virulence des attacques dont Israël est la cible, les Juifs d’Europe et d’ailleurs refusent d’ouvrir les yeux sur des phénomènes qui défraient la chronique en Israel (…) projets de loi racistes, appels publics (…) à ne pas louer des appartements aux Arabes et aux étrangers, expulsion d’enfants d’immigrés, maccarthysme dans les universités et j’en passe.
21: C’est précisément leur sain attachement inconditionnel à Israël qui devrait inciter les Juifs de la Diaspora à conditionner leur soutien à ses gouvernements à l’aune des principes qui régissent leur propre société et des dangers auxquels fait face la société israélienne. Se taire, ou pis, avaliser sans barguigner les agissements de Jérusalem s’apparente à non-assistance à pays en danger.
(l’argument le plus sournois) s’énonce à peu près comme suit: “Nous ne payons pas l’impôt du sang, nous ne payons d’ailleurs pas d’impôts tout court, nous ne sommes pas citoyens d’Israël, au nom de quoi nous mêlerions-nous de sa politique”. Argument spécieux, à double titre. D’abord, il ne semble concerner que les opinions du camp de la paix. A la limite, on pourrait comprendre si la Diaspora, ou ceux qui parlent en son nom, se taisaient toujours et dans toutes les langues.

22-23: le deuxième argument est le plus niais: ne pas donner d’armes aux ennemis d’Israël. Comme si lesdits ennemis avaient besoin de JCall pour leur fournir des raisons(…). C’est oublier la faveur dont a joui le pays à l’époque d’Oslo, la vague de sympathie qu’a provoquée l’assassinat de Rabin, the préjugé favorable dont a bénéficié Sharon lui-même au moment du “désengagement”. Cest oublier surtout que le sionisme est né précisément pour en finir avec ce fatalisme et restaurer la foi du peuple juif dans sa capacité à forcer le destin, autrement dit dans la politique.
Le troisième argument, enfin est plus respectable car il contient une part de vérité. Chaque fois qu’Israël a cédé, il l’a chèrement payé. Il a quitté le Liban et a eu le Hezbollah, il a abandonné la bande de Gaza et s’est retrouvé qavec le Hamas. Qu’il se retir de la Cisjordanie et ses avions ne pourront plus décoller de l’aéroport Ben Gourion. Il y aurait beuaoup à dire sur la manière dont Israël a géré ces retraits unilatéraux. Mais JCall doit avoir l’Honnêteté de l’admettre: si la paix avec les Palestiniens est possible, elle n’est pas certaine. Tout peut arriver au Proche-Orient, y compris le pire.
23: Il est temps de le comprendre enfin: se débarrasser du fardeau des Territoires ce n’est pas une “concession” faite aux Palestiniens; c’est une mesure de salut public pour les Israéliens.
JCall est né pour assener ces vérités-là. JCall n’est ni pacifiste, ni post-sioniste. Ce n’est pas une association de belles âmes qui pensent que l’opprimé a toujours raison et l’oppresseur toujours tort. JCall a à coeur les véritables intérêts de l’Etat d’Israël, tels qu’honnêtement il les perçoit. JCall n’est mandaté par personne (…).

Bensoussan, G. (2011). Eviter l’Etat unique et arabe. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 25-36:.

34:Dans l’Appel à la raison, les mots “faute morale” ont choqué. De fait, si faute morale il y a, le curseur n’est pas où on le croit. L’occupation de territoires et la domination sur les populations qui y vivent conduisent à une logique de violence. Comme toute violence, elle gangrène le corps social, elle s’étend, elle le corrompt. Il n’y a pas d’occupation innocente, non pour des raisons morales mais pour des raisons politiques. La corruption règne à un niveau inégalé en Israël depuis la fondation de l’Etat. Croit-on qu’elle n’ait aucun rapport avec la logique de l’occupation? Parce que le déni du droit ne s’arrête pas à la “ligne verte”, il gangrène les consciences et ouvre le chemin de la corruption. Et de la médiocrité, celle de la classe politique de l’Etat d’Israël. L’une des rares épopées du XXe siècle est aujourd’hui entre les mains de politiciens de sous-préfecture.
35: S’ingérer dans les affaires israéliennes? L’argument est entendu, mais il ne manque pas de sel quand les jusqu’au-boutistes de France, depuis leurs positions acquises et leurs enfants à l’abri, semblent prêts à se battre jusqu’au dernier israélien.

Chemla, D. (2011). Pour que ces deux rêves deviennent mutuels: entretien avec Daniel Cohn-Bendit. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 37-48.

Propos recueillis par D.C. au Parlement européen, à Bruxelles, le 9 novembre 2012
38 (question “Juif allemand, c’est à cette définition qu’on associe votre nom…): Lorsque je suis né en 1945, mes parents avient décidé d’émigrer aux Etats-Unis, ils n’ont donc pas jugé utile de me déclarer français comme ils l’avaient fait pour mon frère, né en 1936. Pour des raisons d’ordre familial, ils sont finalement restés en France et c’est ainsi que je suis devenu apatride. Ce hasard de l’histoire définit très bien ma position face aux différentes identités nationales.

38-39: (question “Et le sionisme?): Je n’ai jamais été sioniste. Ma mère a essayé de me pousser, quand j’avais une dizaine d’années, à entrer à l’Hashomer Hatzaïr. J’y suis resté exactement trois jours parce qu’il était impensable pour moi de porter un uniforme. Déjà à 10 ans, ce n’était pas possible. Elle a aussi voulu (…) me faire ma bar-mitzva (…). J’ai tenu deux semaines puis je suis parti (…). Déjà très jeune, je n’ai pas voulu m’intégrer dans cette histoire. Mais, inconsciemment, j’étais juif. Ce sont les autrs qui m’ont fait juif, selon l’analyse sartrienne; l’antisémitisme m’a fait juif.
40-41: (question “Vous avez très tôt pris position pour deux Etats): En 1973, une association d’étudiants israéliens a organisé un grand colloque pour la paix à Jérusalem. Sartre ainsi que beaucoup d’autres personnalités y avaient été invité (…). Lorsque je suis arrivé, un attentat venait d’avoir lieu dans les Territoires, un car d’enfants avait été attaqué. Les étudiants (..)ont voulu m’y emmener sur-le-champ. J’ai refusé, je ne voulais pas me rendre dans les Territoires (…). Puis je me suis rendu au colloque lui-même; l’atmosphère était assez bizarre et plutôt tendue….Dans les médias d’abord, d’un côté, Radio Le Caire disait (de lui, note de drm): “Le sioniste est rentré chez lui”, de l’autre, on pouvait lire dans Maariv (…): “C’est le petit juif qui a fait tomber de Gaulle! S’il dit des conneries on pourra le renvoyer comme de Gaulle l’a renvoyé de France”,
Puis durant les débats, dès ma première intervention, j’ai évoqué deux Etats. A cette époque, très peu de gens se positionnaient en faveur de cette solution. Les Palestiniens étaient contre, les Israéliens étaient contre, le Matzpen (note de Chemla, Mouvement antisioniste qui militait à cette époque en Israël contre l’occupation et avait établi les premiers contacts avec des nationalistes palestiniens. Matzpen veut dire boussole) aussi était contre- et là, Ca été très dur. Un député de droite est monté à la tribune en disant: “Voilà les gens qui veulent nous ramener à Auschwitz(…)”. C’est alors qu’un type est monté en boitant à la tribune, un héros de la guerre des Six jours. Il a dit: “Je me suis battu deux fois et j’ai été blessé. On dit toujours que c’est la dernière guerre. Je ne sais pas si Dani a raison, mais est-ce q’on ne peut pas au moin sécouter un autre discours?”Et les gens se sont calmés. Je me suis dit mazeltov! , la raison va gagner. Des années ont passé depuis et j’avoue que je n’y crois plus qu’à moitié aujourd’hui.
42-43: (question “Et quelle est à présent votre position au Parlement européen où vous siégez?”)
Dans le groupe des Verts, il y a d’un côté les Allemands qui osent difficilement critiquer Israël pour des raisons évidentes et de l’autre, certains qui frôlent l’antisémitisme sans le savoir. (…)Lors de nos derniers débats, j’étais favorable à la proposition d’attribuer le prix Sakharov à l’association israélienne Breaking the Silence (note de DC: Mouvement de soldats israéliens opposés à l’occupation. Ils publient des témoignages ou des photos relatant le comportement de l’armée dans les Territoires) (…) mais les Allemands s’y sont opposés.
Par ailleurs (… lorsque)la droite a proposé de voter une résolution pour demander la libération de Guilad Shalit (…) certains (Verts) disaient qu’il fallait dans le même temps demander la liberté des prisonniers palestiniens. Je leur ai dit: “Arrêtez de me casser les pieds, on peut tout de même demander la libération de Shalit. On demande des milliers de fois celle des palestiniens”. C’est ça le problème, la peur de s’identifier avec la droite parce qu’on demande la libération de Shalit. Moi, je n’ai aucun problème avec ça, et j’ai signé individuellement la résolution. Mais mon groupe ne l’a pas fait..
44: (question “Pourquoi avez-vous signé JCall?”) L’Appel de JCall me correspond tout à fait. Ca m’est complêtement égal de savoir d’où viennent les autres signataires et pourquoi ils signent. C’est un cadre commun que je défends
45: Le rêve sioniste, qui n’est pas le mien mais que j’accepte à cause de la Shoah, est me semble-t-il devenu majoritaire aujourd’hui dans les communautés juives en Diaspora. Dans ce rêve si Tel-Aviv fait partie d’Israël, les rives du Jourdain aussi. Il n’y a aucune limitation. Dans le rêve palestinien, si Hébron fait partie de la Palestine, Haifa aussi. Il n’y a aucune limitation non plus. La seule solution pour que le rêve israélien puisse exister est que le rêve palestinien le puisse aussi. De même pour que le rêve palestinien puisse exister, il faut que le rêve israélien le puisse aussi. La limitation du rêve israélien c’est de libérer les Territoires. La limitation du rêve palestinien c’est le non-retour des réfugiés. Il n’y aura pas de paix si les deux rêves ne s’autolimitent pas.

Finkielkraut, A. (2011). Les yeux ouverts. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 49-53.

Je ne crois pas que le gel des implantations juives en Cisjordanie, le démantèlement d’une grande partie d’entre elles et la création d’un Etat palestinien apporteront la paix dans le monde ni même au Moyen-Orient. Je ne crois pas que l’islamisme tire sa vitalité du conflit israélo-palestinien. Ce qui le nourrit, et ce qui lui vaut tant d’adeptes prêts à mourir ou plus précisément à tuer en mourant, c’est la corruption, l’incurie, l’autocratie et, plus que tout peut-être, la relégation des femmes, qui sévissent dans le monde arabo-musulman. Le terreau de l’islamisme ce n’est pas la Palestine, c’est la frustration.
J’ai en mémoire aussi les propos de Pierre Mendès-France qui, dans les dernières années de sa vie, a travaillé inlassablement à un rapprochement entre Israéliens et Palestiniens: “C’est vrai que les frontières de 1967 (ou plutôt les lignes de cessez-le-feu de 1948 qui, à l’époque, ont été de part et d’autres considérées comme des limites provisoires et nn comme des frontières politiques), ce ne serait pas très sérieux. A un certain endroit, le territoire israélien avait douze kilomètre de large et c’était indéfendable dans tous les sens du mot. Avant la guerre des six jours, les chauffeurs de taxi s’amusaient à (battre le record de la t raversée d’Israël de bout en bout). Quand ils avaient réussi la traversée en dix minutes, il recevaient un bon pourboire.Réclamer fanatiquement le retour à un pareil découpage, non ce n’est pas sérieux.
Bref, le “Yaka” des indignés me laisse songeur.
(…)
J’ai cependant signé l’Appel à la raison de JCall car je pense que le soutien à Israël va de pair avec le soutien à ceux des Palestiniens qui veulent non pas l’Oumma mais un Etat-nationaux côtés d’Israël.
Aujourd’hui comme hier, je fais mienne cette observation de l’historien J.L. Talmon: “De nos jours le seul moyen d’aboutir à une coexistence entre les peuples est, bien que cela puisse paraître ironique et décevant, de les séparer.
Contrairement à ce que pensent, avec le faucon Moshe Arens, les colombes du métissage et du patriotisme constitutionnel, tout le monde ne peut pas cohabiter avec tout le monde. Il ne faut pas seulement des règles au vivre-ensemble. Il faut aussi une assise. une profondeur de temps, un destin commun, ce que Renan appelle un héritage de gloires et de regrets à partager.
(…)quand je vois que le gouvernement israélien, face à la perspective de division interne, en cas de compromis avec les Palestiniens, semble avant tout soucieux de sauver l’unité de la coalition et celle du pays, je me dis, le coeur serré, que la phrase d’Abba Eban sur Arafa – “Il ne manque jamais une occasion de manquer une occasion” risque fort d’être retournée à ce gouvernement pour le malheurs des Palestiniens et des Israéliens.

Grossman, D. (2011). Ce que je connais de la guerre me donne le droit de parler de la paix. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 55-66.

Lorsque j’ai commencé à écrire Une femme fuyant l’annonce (ed. du Seuil, 2011) (…) j’ai essayé de montrer comment le conflit au Moyen-Orient “se projette” et projette sa brutalité dans la délicate et fagile bulle familiale, comment il en altère -inévitablement-la trame la plus intérieure. J’ai tenté de décrire comment les gens piégés dans ce conflit (…) luttent pour préserver le tissu fin et complexe des relations humaines, de la tendresse, de la sensibilité et de la compassion dans une situation qui n’est que dureté, indifférence et effacement de l’individu. Parfois je compare la tentative de préserver ces valeurs dans l’intensité de la guerre àune marche, au milieu d’une tempête déchaînée, une bougie à la main.
(…)
Et me souvenir – et c’est parfois le plus difficile, que celui qui se tient face à moi, mon ennemi qui me hait et voit en moi une menace à son existence, est lui-aussi un être humain, avec une famille et des enfants, avec sa perception de la justice et ses espoirs, avec ses désespoirs et ses peurs, avec ses points d’aveuglement.
(…)
Je ne peux pas parler des espoirs des Palestiniens quant à la paix. Je n’ai pas le droit de rêver leurs rêves. Je ne peux que leur souhaiter, du plus profond de mon coeur, qu’ils connaissent rapidement une vie libre et souveraine après des générations de soumission et d’occupation par les Turcs, les Anglais, les Egyptiens, les Jordaniens et les Israeliens; qu’ils construisent leur nation et leur Etat comme une démocratie, qu’ils réussissent à élever leurs enfants sans peur, qu’ils profitent de ce qu’une vie de paix peut offrir à tout homme.
Mais je peux parler de mes espoirs et de mes voeux en tant qu’Israélien et en tant que juif.
(…)
Et s’il y a la paix, Israël aura enfin des frontières. Ce n’est pas seulement quelque chose de trivial, surtout pour un peuple qui, pendant la plus grande partie de son histoire était dispersé parmi les autres peuples, ce qui fut en grande partie la cause des catastrophes qui l’ont frappé. Rendez-vous compte: depuis 62 ans, Israël n’a pas de frontières permaentes. Les frontières bougent et changent, s’élargissent et se rétrécissent tous les dix ans. Dans notre monde, un pays qui n’a pas de frontières claires est comparable à une personne habitant dans une maison dont les murs bougent sans arrêt, une personne dont les pieds reposent sur un sol qui ne cesse de trembler (…). Tragiquement, Israël n’a pas réussi à guérir l’âme juive de sa blessure fondamentale, la sensation amère de ne jamais se sentir chez soi dans ce monde.
(…)
Je ne pense pas qu’il y ait un autre pays dans le monde qui vive dans une telle peur existentielle. Quand vous lisez dans un journal que l’Allemagne prépare des grans projets nationaux pour 2030, cela vous semble logique et naturel. Mais aucun Israélien en ferait des projets aussi lointains. Quand je pense à Israël de 2030, je ressens des serrements de coeur, comme si j’avais violé un certain tabou en ayant osé m’allouer une telle “quantité” de temps….
(…)
Si seulement mon pays, Israël, pouvait trouver la force d’écrire à nouveau son histoire, s’il pouvait avoir le courage d’affronter d’une façon nouvelle son histoire tragique, s’il pouvait se se recréer en elle. Si nous pouvions trouver les forces spirituelles nécessaires pour faire la différence entre les vrais dangers qui, en effet nous guettent et les puissants échos de catastrophe et de tragédies qui nous ont frappés dans le passé. Que nous ne soyons plus les victimes, ni de nos ennemis, ni de nos propres frayeurs. Qu’enfin nous arrivions à la maison.

Chemla, D. (2011). Pour l’amour d’Israël, Entretien avec Bernard-Henry Lévy. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 67-86.

67(…)Le droit pour tous les Juifs du monde d’exprimer leur opinion, cela participe des fondements et de la définition même du sionisme. Je suis très content pour cela d’avoir signé cet appel. Le seul mot que je regrette et que, s’il n’avait tenu qu’à moi, je n’aurait pas écrit est le mot de “faute morale” à propos de la poursuite de la politique d’implantation.
(…)
69: Je déteste (…) cette façon qu’a tout un chacun de se croire autorisé à jugé Israël plus durement qu’aucune autre nation au monde – et je rêve en même temps, d’un Etat irréprochable. Je pense qu’Israël doit être regardé par ses contemporains comme n’importe quel autre Etat et je crois aussi, dans le même temps qu’Israël doit, pour lui-même, viser à une forme d’exemplarité. C’est contrdictoire, mais c’est ainsi.
(…)Incompatible avec l’étique juive est le fait de se conduire, durablement, en puissance occupante (chose que, d’ailleurs, et qu’on quo’on en dise, les dirigeants d’Israël ont comprise puisqu’ils n’ont, que je sache, jamais annexé les fameux Territoires). En clair: ce n’est pas parce que les Palestiniens nous dénient le droit à un Etat que nous devons, en une espèce de droit du talion (…), leur dénier en retour ledit droit (quelles que soient leurs responsabilités dans l’impasse où ils se trouvent (…)
70: c’est l’honneur d’Israël de l’entendre et de le comprendre (…) on peut très bien être seul, ou presque seul, à respecter la loi morale, cela ne nous enlève ni lôbligation, ni naturellement le mérite de le faire (c’est la leçon de Kant, c’est celle des prophètes, c’est celle de Levinas quand, dans ses Dialogues avec Philippe Nemo, prepris dans éthique et infini, il écrit que “la relation intersubjective est une relation non-symétrique”, que “je suis responsable d’autrui sans attendre la réciproque”, que “la réciproque, c’est son affaire” car le moi a toujours une responsabilité de plus que tous les autres”.
70-71:(…)à la question de Chemla sur ce qu’il dirait à un partisant de la colonisation, Lévy répond qu’il n’y a pas trente six solutions. Vous avez une première solution inacceptable (…)rester à jamais dans le statu quo(…) se satisfaire de l’état d’exception. Vous en avez une seconde qui serait, si j’ose dire, encore plus inacceptable: sortir de l’état d’exception en annexant les Territoire, et, pour que l’Etat ainsi agrandi demeure l’Etat des Juifs rêvé par Herzl et bâti par Ben Gourion, instaurer deux régimes de citoyenneté différents pour les uns et pour les autres – c’est tellement contraire à l’éthique juive, c’est tellement l’inverse de l’universalisme qui est au coeur de la pensée biblique, tamudique, puis juive laïque, que ce n’est, là non plus pas pensable et que, n’en déplaise aux anti-Israéliens pavlovisés qui braillent “apartheid! apartheid!, presque personne n’y songe sérieusement en Israël.
72: (…)qu’est-ce que le sionisme? C’est l’idée que la bible n’est pas seulement un livre de foi mais aussi un livre d’histoire. C’est l’îdée que les prophètes nous disent les commandements divins mais aussi le grand roman national d’Israël (…). La Bible (…) s’est “nationalisée”(…)
Mais elle a acquis un autre statut que j’ai presque envie de dire laïc et qui non seulement tolère, mais appelle le débat, la dispute et, au bout du compte le compromis. Ce n’est plus tout à fait la même Bible, peut-être. (…)
C’est une bible que l’on n’a plus aucune raison de traiter comme un objet (…) intouchable(…). Ce n’était déjà pas le cas chez les observants qui(…) ont quand même inventé cette grande chose qu’est le Talmud, en ont fait, comme ne cessait de le dire Levinas, le coeur battant du judaisme et de sa foi, et en ont surtout fait la plus sublime école de discussion qui soit et, donc, le plus efficace des vaccins contre l’intolérance, le fanatisme, la vérité unique et bornée.
74: (…) le miracle c’est non seulement que les institutions démocratiques tiennent, mais que l’esprit démocratique, son ethos, sa culture, soient finalement si peu entamés. Prenez l’exemple d’Omar Barghouti, l’un des organisateurs palestiniens de la campagne BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions); il prépare, avec un cynisme assez ahurissant, un doctorat dans une université israélienne, et, comme vous le savez, personne (…) n’y trouve à redire.
76: La paix ne se fera que par la négociation, le rapport de forces joué comme tel et, le moment venu, un courage politique qui est l’apanage des très grands -mais qui sont les très grands? où sont-ils?
77: comme je l’ai souvent dit, en particulier au temps d’Arafat, la position d’éternelles opposants, de dirigeants exilés volant de capitale en capitale pour recueillir la palme du maryre et du malheur, la posture d’intransigeance et de colère, est probablement, pour certains, une posture confortable, assez flatteuse, et qu’ils n’ont aucune raison “naturelle” d’échanger contre le rôle plus ingrat, de bâtisseurs d’un petit Etat.
78: Je ne crois pas à la solution de l’Etat binational. Et non seuelment je n’y crois pas, mais, surtout, je n’en veux pas car ce serait la ruine du sionisme et de son dessein.
79: (…) j’ai proposé, en face d’Ariel Sharon et de quelques uns de ses ministres, le concept de “paix sèche”. Un epaix sans états d’âme. Sans pathos. Sans lyrisme ni effusion. Une paix qui ne serait plus précédée de l’apprentissage de cette fameuse “double reconnaissance” sur lequel on s’est toujours cassé les dents (…). Non plus “Faites l’amour pas la guerre” mais Faites la paix, pas l’amour”

Meyer, D. (2011). Parce que la Bible n’est pas un cadastre. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 81-86.

Critiquer Israël n’est pas facile. le faire en tant que rabbin vivant en diaspora rend la tâche plus ardue (…). Je me suis senti souvent rejeté et isolé, tout en étant convaincu de demeurer profondément fidèle à l’esprit critique du Talmud, fondateur de la pensée juive dont nous sommes les héritiers. Signer l’Appel de JCall, un acte responsable et nécessaire n’a guère modifié cette réalité.
La tradition talmudique se penche avec beaucoup de sérieux sur la responsabilité de l’indifidu prêt à formuler une critique à l’encontre des autres. (…)”Quiconque a la possibilité de s’opposer aux fautes des habitants de sa maison et ne le fait pas est responsable de leurs fautes(…). C’est dans cet esprit que se justifient non seulement mes prises de position individuelles, mais également ma participation à l’appel de JCall. La nécessité d’intervenir lorsqu’une faute est commise est un impératif religieux. La critique traduit ainsi notre foi dans la capacité d’Israël et de ses citoyens – y compris les plus radicaus- à écouter et à modifier leurs choix politiques et leurs réflexions religieuses. Malheureusement aujourd’hui, ils tendent à utiliser certains “morceaux choisis” du récit biblique pour justifier une intransigeance nationaliste où la terre qu’ils ne veulement as partager est devenue un objet d’idolâtrie dangereuse et irresponsable.
La critique ainsi formulée traduit le véritable malaise qu’il y a à constater que la vaste majorité du camp religieux (tant en Israel qu’en diaspora) s’oppose au principe du compromis territorial, arguant de la “sainteté” de la terre d’Israël dans ses dimensions bibliques les plus extravagantes, transformant la Thora en véritable cadastre et la terre en pathétique veau d’or. Est-ce là le contenu juif de cet Etat que nous souhaitons transmettre à nos enfants? Est-ce en cela qu’Israël se prétend être le pays du peuple juif?
(…)`Est-il convenable et justifiable pour un esprit et une pensée religieuse d’accepter de se retirer de territoires bibliques, promis il y a plus de 3000 ans, pour une optique de paix, avouons-le, fort incertaine?
Pour réflechir à cette question, nous devrions garder à l’esprit deux concepts de la tradition talmudique. (…) pour “sauver une vie” ou pour atteindre les “chemins de la paix” toutes les lois et règles de la tradition juive peuvent être transgressées, à l’exception de trois: le meurtre, l’idolâtrie et le viol. Renoncer à quelques parcelles de terre, même “saintes”, ne poserait donc en principe pas de difficulté religieuse majeure dès lors que le principe du retrait puisse se transformer en une étape réellee” et décisive pour la paix et la sauvegarde de vies humaine. Mais (…)quelle garantie existe-t-il quan tà lla possibilité réelle de paix et de sauvegarde de la vie induite par l’otion politqiue du partage de la terre en deux Etats? Nombreux sont ceux qui, même dans le camp de la paix, doutent d’une quelconque avancée réelle dans ce domaine. Religieusement, est-il toujours acceptable d’abandonner certaines parties de la Terre sainte pour une tentative de paix incertaine? Face à cette question, les deux notions talmudiques de “sauvetage de la vie” et de “chemin de la paix” ne suffisent plus. Il convient alors de se tourner vers d’autres éléments de la pensée juive (…)non pas pour ” atteindre” la paix mais pour “tenter “le pari de la paix
(…)C’est à ce titre qu’un passage de la Torah me semble plus particulièrement pertient et utile à notre réflexion: le cas de la Sota, la femme soupçonnée d’adultère. Au chapitre V du Livre des Nombres, le récit biblique se penche sur cette question (…). Consumé par une jalousie dévastratrice, l’homme est autorisé à soumettre son épouse au rituel des “eaux amères”, par lequel le grand prêtre fait boire à l’épouse un mélange d’eau et de parchemin réduit en poudre contenant le nom de Dieu. Si l’épouse soupçonnée survit à cette “boisson”, elle est innocente et si elle succombe, c’est sans doute qu’elle était coupable. (…)
Au delà de son aspect primitif, la tradition rabbinique se penche sur le symbolisme de ce parchemin contenant le nom de Dieux (…)peut-il être dissous et effacé par un rituel si banal? Ne s’agit-il pas de l’un des transgressions les plus graves que d’effacer le nom de Dieu? (…)le Midrash nous enseigne: “Pour tenter de recréer la paix entre un homme et sa femme, même le nom de Dieu peut être effacé”. (…)rien n’est trop précieux ou sacré pour “tenter” le pari de la paix familiale.(…)
Et si même Dieu s’efface pour renouer la paix entre époux, ne pouvons-nous pas effacer quelques parcelles de terre pour tenter le pari de la paix entre les peuples? Certes, l’effacement ne garantit pas la paix, mais il ne peut y avoir de paix sans effacement ni retrait.

L’esprit juif de l’Etat d’Israël ne devrait-il pas se trouver dans cette capacité de réflexion, dans la sagesse de cet “effacement”?(…) Une identité faite non de pierres et de terre mais de sagesse rabinnique, de respect de l’autre et d’intelligeance extirpant une fois pour toutes le danger idolâtre de la terre qui nous guette depuis si longtemps. L’enjeu est de taille et dépasse le cadre de l’existence politique d’un Etat. Si, comme le disait très justement le rabbin Eurgène Borowitz, “l’Histoire est le laboratoire de la théologie juive”, n’oublions pas que l’Etat d’Israël est quant à lui le laboratoire du judaisme.

Nora, P. (2011). Pour un sursaut de la volonté et de la raison. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 87-89.

87: J’ai signé l’Appel de JCall pour deux raisons. D’abord pour encourager tous ceux qui, en Israël même, se refusent à désespérer de l’avenir, de la paix, de leur pays. Pour qu’ils se sentent moins seuls et peut-être moins condamnés à la résignation. Pour leur dire que leur cause est notre cause et leur manifester ainsi notre solidarité et notre fraternité. (…)le 62ème anniversaire d’Israël a offert le contraste déroutant d’une forme de réussite historique qui a peu d’exemples et d’une impasse historique sans issue.
88: la deuxième raison est que le moment semble venu d’un rééquilibrage des rapports entre Israël et les diasporas comme de cux à l’intérieur même de ces diasporas. Les communautés juives, surtout aux Etats-Unis et en France, se sont trop exclusivement contentées de soutenir Israël sans conditions, estimant qu’il serait inconvenant de dicter leur conduite à ceux qui risquent d’en subir seuls les conséquences. Et parce que Israël incarnait d’évidence la centralité du monde juif et son foyer rayonnant. Est-ce encore le cas aujourd’hui?
(..) un engrenage d’actions et de réactions a amené Israël à s’enfermer dans une logique d’autarcie et dans un système de pensée qui l’isolent toujours davantage du reste du monde. C’est la définitio nmême de la tragédie: chaque pas destiné à en sortir vous y enfonce un peu davantage.
88-89: (..) Cet Appel à la raison peut-il venir d’autres voix que celles de l’extérieur? Même si l’on ne se fait pas d’illusions sur leur efficacité immédiate, même si l’on ne souscrit pas à toutes leurs expressions – ce qui est le propre de toutes les pétitions – il est bon qu’elles se fassent entendre.

Rousso, H. (2011). Il faut qu’une porte soit ouverte. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 91-96.

91: J’ai signé l’Appel à la raison parce que en quelques lignes concises il exprime mon sentiment profond comme Juif, comme historien, comme simple citoyen à l’égard du conflt entre Palestiniens et Israéliens.
Comme Juif, j’ai des liens avec Israël (..)familiaux, amicaux et professionels, des liens biographique également puisque je fus chassé d’Egypte, mon pays natal et celui de mes parents, en janvier 1957, en représailles après la guerre de Suez. Cela ne me confère pas de légitimité pour donner mon point de vue sur le conflit du Proche-Orient, mais pas moins qu’à d’autres fuifs qui, inconditionnels de la politique israélienne, y compris dans ce qu’elle a de pire, se sont arrogé un droit quasi exusif de parler au nom de la “Diaspora”. J’emploie ce terme, utilisé dans l’Appel, faute de mieux, même si je ne rois pas que le judaïsme contemporain puisse se résumer à la distinction entre, d’un côté un Etat juif (qui ne l’est d’ailleurs pas complètement, c’est bien l’un des aspects du problème), et de l’autre des communautés ou des individus “dispersés” de par le monde et loin de “leur” centre naturel. Mon attachement à Israël est différent (…).
92: J’ai même eu un moment d’hésitation à signer un texte qui ne sollicitait que les Juifs de la Diaspora(…).C’est pourtant bien en tant que tel que je le fais, car quelle que soit la manière de se penser Juif aujourd’hui, le sort d’Israël – et de ses voisins- nous concerne.
93: Comme historien, je sais que le XXe siècle a été non seulment le siècle des guerres totales, des génocides et des massacres de masse, mais aussi celui des grands mouvements volontaires ou forcés de population. Il a été le siècle des exilés, des réfugiés, des immigrés, des apatrides, des sans-papiers, des déplacés qui, tous, à des degrés divers, ont souffert de l’incapacité à penser le monde autrement qu’en terme de territoires “ethniquement homogènes” et de frontières surveillées, sinon fermées, voire murée. Le Proche-Orient connaît depuis près d’un siècle maintenant ce refus d’accepter le voisin, cette passion fanatique, partagée des deux côtés, de la terre à soi, soit le prix à payer pour les garder ou les acquérir. Alors que depuis la Seconde Guerre mondiale, en dépit de l’irréparable commis par le nazisme et ses alliés, les nations européennes sont parvenues à camer, voire éteindre, presque tous les conflits nationaux multiséculaires, à réconcilier des ennemis supposés irréconciliables -la France et l’Allemagne, l’Allemagne et la Pologne-, Palestiniens et Israéliens se sont enlisés dans une séquence guerrière dont on ne voit pas la fin et qui semble connaître un tournant inquiétant.
94:Jamais Israël n’a été autant détesté, mamais ses soutiens ne se sont autant réduits, et même les alliés de toujours, comme les Etats-Unis, commencent à montrer des signes de lassitude.

Chemla, D. (2011). Mon inquiétude: l’avenir d’Israël, Entretien avec Dominique Schnapper. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 97-104.

97:Le conflit au Moyen-Orient a d’autant plus d’écho que l’antisémitisme se développe dans certaines zones géographiques et sociales de la société française. Certains font l’expérience douloureuse de devoir retirer leurs enfants des établissements scolaires publics parce qu^’ils y sont persécutés en tant que Juifs. Cela ne peut que renforcer un semtiment d’injustice. Cette perception d’un monde hostile les pousse au repli. Il est toujours plus facile d’être dans l’entre-soi que de aire l’effort de rencontrer l’Autre (…). La tentation du repli sur soi est un mode de déense contre une situation qui est marginalement dangereuse en France et qui l’est fondamentalement en Israël.
98: la tendance à l'”ethnicisation” trouve son origine dans l’affaiblissement du lien civique et du lien national. Le fait d’être français ne suscite plus la même fierté qu’autrefois. Le climat est à la repentance généralisée, à la critique de la nation, justiièe dans certains cas, mais qui a comme effet pervers inévitable de ne pas donner un idéal à ceux qui ont d’autres fidélités ou d’autres identifications.
(…)
98-99: Contrairement à ce que fut la tradition de l'”Israélite” -être juif chez soi et agir en tant que citoyen dans l’espace public, aujourd’hui, c’est “en tant que Juif” qu’on s’exprime. A cet égard, j’ai beaucoup’ de réticence à l’égarde des dîners du CRIF, qui me paraissent contraires paux principes de la République et, en plus dangereux, puisque d’autres communautés risquent de réclamer d’être également représentées en tant que telles dans l’espace public. Or la tradition française n’est pas “multiculturaliste”. D’ailleurs la Grande-Bretagne, inscrite dans un modèle d’intégration qu’elle voulait plus souple et plus respectueux des identités particulières, l’a récemment remis en cause quand elle a vu les inconvénients des repris sur soi qu’entrainait, dans certaines populations, la politique dite multiculturaliste.
99: A la question de Chemla sur le phénomène de “communautarisation” en Israël, Schnapper répond que “les travaux de Shmuel Eisenstadt sur les premières décennies de l’établissement de la nation ont montré comment s’est constituée la population israélienne à partir de la venue de Juifs issus de différents pays. Israël avait alors une politique d’intégration sur le modèle de celle de la rance. Mais aujourd’hui, certaines communautés veulent garder leurs liens spécifiques, les Russes veulent rester Russes, les Français et les francophones souhaitent maintenir leurs liens sinon avec la France, du moins avec la francophonie et la culture française. On observe la perpétuation des identités d’origine, auxquelles il faut ajouter la coupure fondamentale, propre à Israël, entre laïcs et religieux qui se confond souvent avec elles. (…)

99: Il y a deux grandes tentation de repli sur soi en Israël, l’une par rapport aux pays voisins qui l’entourent et qui sont hostiles, et l’autre à l’intérieur du pays entre les diverses communautés.
100: Les identifications qui conjugent la dimension politique et la dimension religieuse sont les plus fortes. C’est d’ailleurs ainsi que le peuple juif a résisté au travers des siècles. Or les identifications communautaires à l’intérieur d’Israël sont à la fois nationales et religieuses et sont symbolisées par l’opposition entre Tel-Aviv et Jérusalem. La part de la population laïque et démocratique est démographiquement destinée à baisser du fait de la répartition entre Juifs et Arabes et, d’autre part, du poids respectif, à l’intérieur de la population juive, des religieux et des laïcs. Or les religieux, qui n’admettent pas la séparation du politique et du religieux, posent un problème fondamental à l’ordre démocratique. Cette situation entraîne parmi les laïcs une forte émigration, il existe une diaspora israélienne…
101: Dans le nationalisme juif, il y a une tradition historique ancrée dans une conception du monde et des pratiques d’ôrdre religieux; c’est aussi ce qui fait tenir Israël, malgré tout.
(…)
Il y a 20% d’Arabes citoyens israéliens qui disposent des droits des citoyens, mais qui se sentent des citoyens de seconde zone. (…) Même si leurs conditions de vie objectives sont meilleures que celles des Palestiniens dans les Territoires, leur situation va devenir de plus en plus difficile du fait de la prolongation du conflit, c’est à dire de la non-constitution d’un Etat palestinien.
Leur situation illustre les contradictions de l’Etat israélien qui se feut à la fois juif et démocratique mais n’accorde, quels que soient les droits formels, qu’un statut social et culturel jugé inférieur à ceux qui ne sont pas juifs.
102: En France, l’inquiétude qu’on peut nourrir ne concerne pas spéciiquement les Juifs, elle est plus générale, elle porte sur le délitement du lien social.
103: (Chemla:): “vous dites:” Israël est une affaire Européenne” est-ce que cela implique pour l’Europe des obligations?
Oui, c’est une affaire européenne. C’est parce que les Européens n’ont pas respecté leurs propres principes que le projet sioniste est né en Europe, de l’Europe et de l’antisémitisme européen. (…)l’origine du problème, c’est tout de même Herzl devant le capitaine Dreyfus, se dirsant que vraiment on n’acceptera jamais les Juifs comme des citoyens à part entière. Et l’Allemagne hitlérienne a donné quelques arguments dans ce sens….
104: Aujourd’hui l’Europe donne de l’argent aux Palestiniens pour éviter que la situation empire, mais son rôle politique dans la région est très faible.
(…)
Mon inquiétude porte sur l’avenir d’Israël. Je ne suis pas sûre qu’une autre politique soit facile à mettre en oeuvre ni même qu’elle soit possible. Maqis je suis convaincue que la politique des extrémistes, elle n’a aucune chance d’aboutir. Il faut tout de même que les Israéliens s’entendent avec leurs voisins! J’ai signé cet appel pour dire qu’il faudrait réfléchir à une autre politique, ne pas être enfermé dans une occupation du sol qui rend impossibles les négociations. Avec l’espoir que la voix de la Diaspora pourra aider les Israéliens hostiles à la politique du gouvernmenet à se battre pour que leur pays adopte une autre politique.

Chemla, D. (2011). Gardons-nous de nous laisser entraîner dans le refus de l’autre, Entretien avec Michel Serfaty. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 105-116.

105: (Le judaïsme) a apporté l’idée de l’amour de l’autre: we-ahavta le-re’ahka kamokha (lévitique 19, 18, Tu aimeras ton prochain comme toi-même), que ce soit formulé dans un style direct ou dans un style indirect tel qu’il est rendu par Hillel l’Ancien: “Ce qui t’est détestable, ne le fais pas à autrui” (Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a)
106: Quant à l’attachement du peuple jui à la terre d’Israël, il a un caractère historique indubitable. Celui du monde arabo-chrétien ou musulman est plus récent.
107: Au cours des six tours de France organisés dans le cadre de l’Amitié judéo-musulmane de France (A.J-M.F), j’ai rencontré nombre de théologiens musulans. Certains d’entre eux, formés dans les insittutions musulmanes les plus sérieuses d’Algérie, m’ont dit reconnaître à Israël le droit à la terre, que c’était écrit dansle Coran et que le prophète ne l’avait jamais nié. Les musulmans qui constestent ce droit sont influencés par les écoles radicales connues depuis les travaux de Ibn Taymiyya (théologien et juriste arabe musulman (1263-1328) et qui se retrouvent aujourd’hui dans des mouvenements radicaux comme ceux des Frères musulmans.
108: Quant à nous, il est de notre devoir de ne pas verser dans le mimétisme et de rester fidèles à nos idées d’ouverture. Gardons-nous de nous laisser entraîner dans les idées radicales du refus de l’autre prônées par certaines tendances existantes au sein du judaïsme aussi bien religieux que non religieux.
Chemla: “Et comment convaincre les Juifs religieux, installés dans les Territoires pour des convictions messianiques, d’accepter de les quitter dans le cadre d’un accord?”
Répondre à cette question oblige à considérer trois réalités historiques.
La première est que nous, Juifs de ces XXe et XXIe siècles, appartenons à une génération de transition, celle qui a connu l’histoire de la Diaspora et qui voit se développer une nouvelle page de l’histoire juive, celle du retour du peuple juif souverain sur sa terre. Or nous ne pouvons nier ni étouffer ce que la Diaspora a développé en nous: l’espoir bimillénaire du retour sur la terre d’Israël.
108-109: Le deuxième point est le côté relatif de notre attachement à tel ou tel lopin de terre, conséquence de la situation précaire, voire instable, du Juif en diaspora et qui reste présente dans notre psychologie profonde, même lorsque l’on revient sur la terre d’Israël (…).nous avons développé une capacité d’adaptation à des terres, à des climats et à des environnements sociaux variés. (…)Nous portons en nous le bagage culturel, spirituel et historique de la multitude des société que nous avons rencontrées et des pays que nous avons traversés. Et paradoxalement, voilà que nous retournons sur cette terre, un des pays au monde les plus riches en microclimats. Il y en a près de 44 en Israël.
110: Le troisième point concerne cette notion de sacralité de la terre dans le judaïsme. Il est vrai que la notion d’Adamat qodesh (Terre sainte) s’est développé sur le plan halakhique (=religieux) jusqu’à être arrivée à des extrêmes. (…). Mais il ne faut pas oublier le côté relatif de l’histoire, y compris de la loi juive. La Halakhah, commen en témoigne son nom, vient de halikhah -marche- ce qui veut dire avancer. C’est une progression, une dynamique.
(…)
Il est vrai que dans la Genèse, Dieu dit à Abraham: Qoum hithalekh ba-arets (Genèse, Bereshit 13-17: lève-toi, parcours le pays dans a longeur et dans sa largeur car je te le donnerai”), et deux mille ans après les rabins disent que le fait de fouler la terre c’est en prendre possession. Or la notion de saitneté de la terre est absente des récits des patriarches. Elle n’apparaît que plus tard dans les récits du buisson ardent (…). Par la suite elle concernera essentiellement le terrain consacré au Temple de Jérusalem sur le Mont Sion. Il a fallu attendre Yehouda Halevy au XIIe siècle pour voir la relation Homme-Dieu-Terre remplacée par le triptyque Terre-Thora-Peuple
111: Par conséquent, Israéloiens et Palestiniens devraient d’abord reconnaître réciproquement et de façon égale le passé, l’histoire et l’identité de l’autre. J’ai conscience qu’aujurd’hui les Palestiens refusent de reconnaître à l’Etat juif son identité juive, mais ce n’est pas pour autant qu’Isrël doit se radicaliser.
112: Comment faire pour qu’en Israël, en mileu juif majoritaire, on accepte cette idée de l’égalité des religions? J’ai conscience que certaines franges de la population religieuse juive, pas seulement en Israël, ont développé une idée de supériorité sur les autres religions, ce qui est à mes yeux totalement injustifié. Je crois que la société israélienne est profondément imprégnée de culture démocratique et attachée aux idées égalitaires des droits de l’homme. (…)Faut-il pour autant en arriver en Israël à une séparation de la synagogue et de l’Etat, comme cela a été le cas en France(…)?
113: Même si le monde religieux juif montre une certaine résistance face à ces nouvelles réformes, on s’achemine de plus en plus vers l’acceptation de l’idée que l’on peut préserver l’identité juive telle qu’elle est définie par la Halakhah sans rejeter catégoriquement ceux qui n’y sont pas attachés. (cf. l’attitude du rabbinat isrélien face aux populations venant d’es Indes, d’Ethiopie, d’Amérique latine ou du Prtugal, alors que l’on savait qu’elles avaient pratiqement rompu toutes relations avec le judaïsme rabinnique, facilitation de la converstion et de l’intégration de ces populations
115: Depuis 1993, malgré la deuxième Intifada, les coopérations se sont poursuivies entre ces deux populations (Tel Mond en Israël et Aalfeet en Palestine). Aujourd’hui, les résultats le montrent. l’Autorité palestinienne reconaît que les Palestieniens veulent la paix et aspirent à un bien-être économique et culturel. (…)Il y a une dynamique en marche, elle est irréversible. Depuis l’abandon par le roi Hussein de tout droit sur la Cisjordanie, l’OLP a développé une entité nationale qui est en passe de devenir aujourd’hui incontournable. (…)Il est du devoir des deux de tout faire pour mettre en place les conditions d’une vie harmonieuse entre les deux populations. Voilà pourquoi je me suis autorisé à signer l’appel de JCall malgré quelques réserves (…) sur Jérusalem où je considère qu’Israël est en droit de demander, en comensation de la guerre de 1967 qui lui a été imposée, de garder les territoires annexés à l’est de la ville. De même, je pense que l’on ne peut pas refaire à Ma’aleh Adumim, Ariel ou Modi’in qui sont de grandes villes ce qui s’et passé à Yamit et que ces villes devront rester du côté Israélien. Par contre, les petites colonies sauvages réparties dans le territoires sous administration palestinienne devront être quittées. Si un Etat palestinien doit voir le jour, il doit avoir des conditions économiques et géographiques viables. Je comprends mieux les exigences d’Israël en matière sécuritaire, mais j’ai signé cet appel parce que je nourris la conviction que la paix est incontournable et qu’il faut la construire en plein accord

et…last but certainly not least….

Yehoshua, A. B. (2011). Juifs de la Diaspora, c’est votre droit d’agir. JCall: les raisons d’un appel. D. Chemla. Paris, Liana Levi 117-124.

Intervention prononcée lors de la première réunion organisée par JCall à Paris, le 6 Octobre 2010
117: Je suis venu participer à votre conférence pour trois raisons principales:
Vous apporter mon soutien et renforcer votre légitimité à vous exprimer à partir de votre appel.
Vous faire part de mes impressions sur l’état d’esprit existant aujourd’hui au sein de l’opinion israélienne quant au processus de paix.
Vous présenter quelques idées nouvelles sur la question des colonies.
Chacun est (…) libre d’exprimer son opinion sur n’importe quel sujet, n’importe quel problème qui se passe quelque part sur cette terre.
(…)C’est pourquoi il est capital pour chacun de s’informer sur l’essentiel des problèmes compliqués de ce monde et de prendre posiition pour essayer d’avoir une influence sur eux en fonction de sa propre conviction du monde. Pour le peuple juif, ce n’est pas seulement un devoir mais une obligation.
118: Si nous nous considérons comme un seul peuple, les Israéliens ont raison de donner leur avis sur l’existence juiven en diapora, de prendre position et d’agir dans le cadre d’un dialogue démocratique pour essayer d’influencer les orientations et les idées des Juifs en diaspora.
De même, il est juste et approprié que les Juifs en diaspora,, angoissés par le destin et la situation d’Israël, se donnent le droit d’exprimer leur opinion sur la politique israélienne et essayent d’influencer démocratiquement le public isrélien pour qu’il change de position ou pour soutenir telle ou telle orientation
118-119: A la différence de certains de mes amis du camp de la paix, je n’ai jamais soutenu que les Juifs de diaspora aux idées nationalistes, n’avaient pas le droit de dire au gouvernement et au public isréliens de poursuivre la colonisation ni de s’opposer au retrait des Territoires. Je ne leur ai pas dénié ce droit en arguant que ni eux ni leurs enfants ne supporteraient les conséquences de la poursuite de l’hostilité et de la guerre. Je suis convaincu que même les idées franchement nationalistes prônées par certains Juifs en diapsora, opposés aux concessions, proviennent d’une identification profonde, d’un amour et d’un vrai souci pour Israël. Ces Juifs ne paieront pas physiquement le prix des idées extrêmes qu’ils proclament, mais ils ont pleinement le droit sur un plan moral d’exprimer leur opinion et de condamner les décisions légitimes d’un gouvernement qui appellerait à des concessions ou au retrait des Territoires.
De même, quand vous, Juifs de diapora, vous vous réveillez enfin et que vous vous adressez publiquement au gouvernement isrélien en lui demandant d’une façon beaucup plus énergique que par le passé de changer sa politique et d’avancer de façon plus résolue vers la paix(…)Je sais que vous vous opposez continuellement à l’antisémitisme et à l’antisionisme qui se développent en Europe. C’est pourquoi je suis venu vous saluer et renforcer votre voix.
119-120: Quel est l’état d’esprit en Israël aujourd’hui au sujet de la paix? Sur cette question (…)je dis seulement que ma longue expérience (…) me permet de discerner ces dernières années un phénomène nouveau. Grâce au calme sur le plan sécuritaire, à la stabilité politique, au développpement économique accéléré dans les territoires de Judée Samarie ces dernières années et à la demande réitérée de l’Autorité palestinienne d’une paix basée sur les frontières de 67 se renforce en Israël une position politique et réelle: celle d’une division du pays en deux, avec la création d’un Etat palestinien à côté d’Israël comme seule et nécessaire solution pour faire avancer la paix dans la région. Cette position vise principalement à ne pas créer un Etat binational qui se transformera en enfer pour les deux peuples.
Mais parallèlement à cette évolution de la conscience politique vers plus de réalisme, que l’on retrouve aussi dans les positions officielles du gouvernement, se développent des opinions nationalistes et extrémistes avec, ici et là, des expressions racistes.
Je ne me souviens pas par le passé avoir rencontré un tel mélange de modération politique et intellectuelle et d’exrémisme émotionnel. Et l’explication principale est simple: il y a une peur de la paix et de son prix. La peur est liée principalement au fait qu’une évacuation par la force des colonies et des colons (même s’il ne s’agit en fait que de 100 0000 d’entre eux) puisse entraîner la société israélienne dans une guerre fratricide doloureuse. Le bouleversement profond et dificile, les douleurs et les tempêtes qui ont accompagné l’évacuation des 9 000 colons du Goush Kati sont encore inscrits dans un traumatisme difficile pour tous. Et dans ce cas il ne s’agissait que d’un nombre minime de colons vivant dans les enclaves au milieu d’un million et demi de Palestiniens, majoritairmeent des réfugiés, et dans une région où il était évident depuis le début qu’il n’y avait aucune chance qu’elle soit annexée un de ces jours par les Juifs. (…)
121: (cette évacuation) est restée gravée dans la conscience populaire comme un événement difficile et douloureux.
Une autre crainte s’ajoute à l’incertitude existante quant aux personnes qui pourraient pénétrer dans le nouvel Etat palestinien: celle de voir des éléments étrangers, non palestiniens, profiter peut-être de l’indépendance pour y venir et commencer à faire des provocations afin d’allumer un incendie dans la région.
Enfin la perspective de diviser Jérusalem en deux capitales, situation qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde, obligerait à aire un découpage si délicat et compliqué qu’il y a une grande crainte qu’il n’en résulte une catastrophe sanglante.
En conséquence, l’appréhension de l’éventualité d’un accord avec les Palestiniens qui y semblent prêts entraine une réaction émotionnelle d’échappatoire et la mise en avant d’une argumentation visant à les délégitimer fondamentalement et ce justement parce qu’ils semblent, maintenant, être réellement des partenaires pour un accord de paix.
121-122: Et cela m’amène au troisième point qui m’importe.
Il ne fait aucun doute que les colonies dans les territoires de Judée Samarie sont le plus grand obstacle à la création d’un Etat palestinien dans ce que sont peu ou prou les frontières de 67, avec de légères modifications de part et d’autre. N’oublions pas que les frontières de 67 donnent aux Palestiniens un quart des terres de Palestine, et que c’eest du moint de vue de la morale et de la justice le minimum qu’ils sont en droit de se voir attribuer pour constituer un Etat indépendant.
Par ailleurs, supposant qu’un accord comprenne un échange de territoires permettant l’annexion à Israël de certains blocs important de colonies, l’évactuation de force de 100 000 à 200 000 colons de leurs maisons entraînera des douffrance pour des milliers de familles et semble être au-delà de ce que la société israélienne peut supporter tant sur le plan économique que social et moral. Cela pourrait provoquer une fracture irréparable dans la société israélienne et creuser plus encore le fossé entre laïcs et religieux. Rappelons-nous que la destruction du Deuxième Temple en l’an 70 a été marquée par une guerre civile merutrière entre Juifs. Ceux qui sont conscients de l’ampleur, de la profondeur et de la vigueur de l’installation juive dans les territoires palestiniens sont efrayés par la perspective d’arracher de force des milleirs de personnes de leurs maisons.
(…)
122-123: Il est essentiel et urgent d’arriver à un large consensus national dans le un processus auquel le camp de la paix doit être activement associé, visant à trouver des solutions élaborées et réalistes qui permettent aux colons de choisir entre deux alternatives: accepter une évacuation volontaire accompagnée d’un dédommagement adéquat ou continuer à résider dans leur lieu d’habitation et devenir des citoyens à part entière du futur Etat palestinien.
123: Dans les entretiens avec les Palestiniens, il se dégage une tendance à accepter une telle perspective, mais à la condition que l’Etat palestinien s’étende sur une superficie égale à la totatlité du territoire occupé en 67 suite à des échanges de terre mutuellement consentis. De plus, dans le pire des cas, il s’agirait d’une minorité nationale juive qui ne représenterait pas plus que 2% de l’ensemble de la population palestinienne. Il faut se rappeler par ailleurs qu’en Israël la minorité nationale palestinienne représente plus de 20%. Cette idée que le maintien des implantations dans un Etat palestinien est préférable au déracinement et à leur évacuation fait son chemin même dans le noyau idéologique dur des colons. Ceux qui décideraient de rester et de constituer une minorité nationale (avec une reconnaissance officielle de leur langue et de leur culture spécifique comme c’est le cas pour la minorité palestinienne en Israël) ne partent pas en exil. Les territoires de Judée Samarie font parite du patrimoine historique national israélien de la même manière de Nazareth, Jaffa, Saint-Jean-d’Acre ou Sashnin font partie du patrimoine palestinien. Rappelons-nous que l’ensemble du territoire des implantations (sans compter les routes qui y conduisent) ne représente pas plus de 2% du territoire du futur Etat palestinien. Israël pourrait en compensation transférer aux Palestiniens un territoire équivalent.
Et n’oublions pas qu’une colonie située au coeur du terroire palestinien n’est pas plus éloignée de Tel-Aviv que Fontainebleau ne l’est de Paris. La pluplart des colonies se trouvent, elles, à une distance semblable à celle existant entre Neuilly et l’est de Paris. Les colons, citoyens de l’Etat palestinien, conserveront leur nationalité israélienne comme c’est le cas pour tous les Israéliens vivant à l’étranger, avec en plus le droit de voter à l’élection de la Knesset ainsi qu’à celle du parlement palestinien. Ils pourront continuer à travailler en Israël, qui se trouve à moins d’une heure de voiture, et à y avoir une vie sociale et culturelle.
Cette solution pourrait créer par ailleurs une dynamique qui contribuerait le moment venu au développement de relations économiques et culturelles entre le jeune Etat en devenir et sa soeur aînée Israël.
Je n’ai fait qu’ébaucher ici quelques principe d’une solution dans un souci de désamorcer ce qui me semble être le plus grand blocage du côté israélien. Une proposition détaillée et plus élaborée nécessitera une profonde réflexion par les deux parties ainsi que par la communauté internationale.

et finissons avec toute l’équipe JCall-FIFDH pour un très joli souvenir, avec mes remerciements à Luisa Ballin pour sa délicieuse hospitalité et à Georges Cabrera pour ce merveilleux souvenir!