Inutile de le rappeler, je suis juive, séfarade et d’origine palestinienne. Voilà qui devrait suffire à détraquer quelques algorithmes et à compliquer la tâche de ceux qui aiment ranger leurs contemporains dans des cases bien étiquetées.

À cette identité déjà passablement encombrante, il faut ajouter une particularité : la Shoah n’appartient pas à ma mémoire familiale directe et j’ai l’immense privilège de n’avoir pas grandi dans le silence des survivants, parmi les absents dont on ne prononce pas le nom ou devant ces photographies qui témoignent d’une famille anéantie.

Cela ne signifie nullement que la Shoah n’occupe pas dans ma conscience une place immense, mais qu’elle ne se résume pas à un traumatisme familial.

La joie, je l’ai découverte très jeune à travers les livres pour enfants d’Henri Bulawko, qui devait devenir, bien des années plus tard, l’un de mes mentors. J’ai ainsi eu le privilège de recevoir cette mémoire de quelqu’un qui en avait personnellement éprouvé l’horreur.

Cette distinction n’a rien d’une hiérarchie des souffrances. Elle explique simplement pourquoi mon rapport à Israël et à la judéité ne saurait être tout à fait celui d’un descendant de rescapés d’Auschwitz.

Ma famille appartient à cet autre monde juif, méditerranéen, où se croisent la Palestine, la Tunisie, Malte, l’Italie et quelques autres escales. Un monde dont les histoires, les langues et les fidélités ne se laissent pas aisément enfermer dans le récit européen de cette catastrophe.

Je n’en suis pas moins juive. Je n’en suis pas moins concernée par l’antisémitisme. Et, bien qu’ayant des amis dans tous les camps en présence, aujourd’hui, je ne me sens pas autorisée à regarder ailleurs lorsque des Palestiniens sont tués au nom d’un État qui prétend parler au nom du peuple juif.

Cette position, je l’ai déjà exprimée ici, notamment dans un billet de janvier 2026, où je m’inquiétais de la rupture entre une partie de la diaspora juive et la politique israélienne, tout en constatant avec effroi la résurgence d’un antisémitisme que j’avais naïvement cru condamné à la marginalité.

Je pensais avoir fait à peu près le tour de mes contradictions. C’était compter sans deux lectures et une conférence qui, en quelques jours, m’ont obligée à les revisiter.

D’un côté, Caroline Fourest, dont j’ai repris Éloge du blasphème, publié en 2015, avant de l’entendre à Genève le 8 octobre 2026. De l’autre, Claude Askolovitch, qui vient de publier Mes mains, pleines de sang, un livre dont le titre, emprunté au prophète Isaïe, annonce assez clairement qu’il ne s’agira pas d’une lecture reposante… mais une promesse est une promesse et j’avais promis de le lire.

Et puis, surgissant presque par hasard, un troisième homme : Henri Alleg.

C’est finalement lui qui m’a semblé poser la question la plus dérangeante.

Caroline Fourest : la liberté de penser, même contre les siens

J’ai toujours éprouvé une certaine sympathie pour ceux qui refusent de demander la permission de penser.

Caroline Fourest appartient incontestablement à cette catégorie.Fut un temps où elle était très proche des Femen et il m’a semblé alors qu’elle s’est un peu égarée. Je me rappelle très bien avoir pensé : « il faut juste attendre que leurs seins tombent » et pourtant j’avais encore 40 ans.

On peut contester ses analyses, discuter ses conclusions, lui reprocher parfois des simplifications ; on ne peut guère lui dénier la cohérence d’un combat ancien contre les intégrismes religieux et leurs complaisances politiques.

Son Éloge du blasphème paraît quelques mois après l’assassinat des dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015. Il s’agit d’un livre de colère, de deuil et de combat. Ce livre, je l’avais dans ma bibliothèque, et l’ai juste exhumé, car il était enfin temps de le lire!

Il serait donc injuste de présenter Fourest comme une observatrice froidement universitaire. Elle connaissait les victimes. Elle avait travaillé avec elles. Ce qu’elle défend, elle l’a vu payer du prix du sang.

Pourtant, ce qui distingue sa démarche de celle d’Askolovitch est bien une forme de distance analytique. Elle enquête, confronte les discours, examine les contradictions, distingue les notions que d’autres confondent avec une désinvolture parfois sidérante , peut-être trop occupé à observer leur nombril …

Sa question centrale est relativement simple : comment défendre les minorités sans accorder à leurs représentants autoproclamés un droit de veto sur la liberté de conscience ?

Le blasphème, rappelle-t-elle, n’est pas une obligation. Personne n’est tenu d’apprécier une caricature de Mahomet, une plaisanterie sur Jésus ou une satire du pape. Mais le droit de ne pas aimer n’implique nullement celui d’interdire.

En 2012, j’écrivais déjà, dans un article consacré aux fanatismes religieux, que je ne me précipiterais certainement pas pour acheter Charlie Hebdo, mais que je défendais sans réserve son droit de publier. J’ajoutais, non sans quelque irritation, que personne ne nous obligeait à regarder, à lire ou à acheter ce qui nous déplaît.

Quatorze ans plus tard, je ne vois guère de raison de changer d’avis, bien, au contraire ! Depuis ses 14 ans, il y a eu l’effroyable 7 octobre et ma terreur du 15 novembre au Bataclan, alors que j’étais moi-même à Paris.

L’un des passages les plus intéressants de l’ouvrage, l’éloge du blasphème concerne la différence entre les conceptions française et anglo-saxonne de la liberté religieuse (p. 135). Elle oppose une coexistence fondée sur le respect des interdits de chaque communauté à une laïcité qui permet précisément de remettre tous ces interdits en question.

On peut évidemment nuancer cette opposition, tant les traditions politiques britannique, américaine et française sont plus complexes que ne le suggèrent parfois leurs caricatures respectives. Il n’en demeure pas moins que le fossé est réel

À force de vouloir protéger toutes les susceptibilités, on finit par offrir à chacun un droit de regard sur la liberté de tous.

La question n’est donc pas de savoir si une religion mérite le respect, mais si ce respect doit s’étendre à ses dogmes, à ses représentants et aux interdits qu’ils souhaitent imposer à ceux qui ne partagent pas leur foi.

Je ne suis pas certaine (et je suis même convaincue du contraire) que Dieu, s’il existe, ait besoin d’un avocat spécialisé -surtout sous forme, des petites frappes, décérébrées-, dans la défense de son honneur. Ses minables représentants o combien terrestres, en revanche, paraissent particulièrement demandeurs.

Mais Fourest va plus loin.

Elle s’attaque à une certaine gauche qui, au nom de l’anticolonialisme, tend à considérer que les minorités ont nécessairement raison face aux majorités. Le raisonnement devient alors redoutable : puisque les musulmans peuvent être victimes de racisme, toute critique de l’islam risque d’être assimilée à une manifestation de ce racisme.

Or les musulmans ne sont pas l’islam, ni d’ailleurs le terrorisme, pas plus que les juifs ne sont Israël, ni d’ailleurs la colonisation en Cisjordanie.

Il devrait être possible de défendre les premiers contre les discriminations sans soustraire les seconds à la critique.

De même, on devrait pouvoir condamner sans hésitation l’antisémitisme tout en dénonçant la politique d’un gouvernement israélien.

C’est peut-être pourquoi son livre me touche sans que je puisse entièrement me reconnaître dans son sentiment de culpabilité.

Cela paraît élémentaire mais notre époque troublée, avis de clics médiatiques a réussi à en faire une entreprise intellectuelle périlleuse.

Claude Askolovitch : quand l’appartenance devient un cas de conscience

Je suis juive. Je suis séfarade. Je suis d’origine palestinienne. Je ne renoncerai à aucune de ces appartenances pour faciliter la tâche de ceux qui voudraient m’assigner une place dans leur géographie morale.

Fourest et Askolovitch se rejoignent peut-être davantage ici qu’ils ne le supposent.

Avec Claude Askolovitch, nous changeons de registre.

Car Henri Alleg était juif. Il avait été torturé pour avoir défendu l’indépendance des Algériens. Et il avait également soutenu la cause palestinienne.

Mes mains, pleines de sang n’est pas un plaidoyer pour un principe. C’est une interrogation douloureuse sur une appartenance.

Askolovitch ne cherche pas à savoir s’il a le droit de critiquer Israël. Il cherche à comprendre comment continuer à se dire juif lorsque des violences sont commises par un État auquel le rattache une part essentielle de son histoire, de sa famille et de son identité.

La nuance est considérable.

Fourest examine les mécanismes qui conduisent à justifier l’injustifiable. Askolovitch se demande comment ne pas devenir soi-même celui qui justifie.

Le livre est traversé par une inquiétude presque physique. Que reste-t-il de l’innocence juive lorsque l’État d’Israël exerce une puissance militaire écrasante sur les Palestiniens ? Que devient la mémoire des persécutions lorsqu’elle sert, parfois, à légitimer la violence présente ?

À la page 53, une phrase tombe comme un couperet :

« Nous les tuons parce que nous le pouvons. »

Il serait trop facile d’y voir une simple condamnation d’Israël. Ce qui tourmente Askolovitch est précisément que cette violence puisse être exercée par ceux dont l’histoire collective fut si longtemps celle de la vulnérabilité.

Le passé de victime n’immunise contre rien.

Il ne protège ni de la tentation de dominer ni de celle de se croire définitivement innocent.

À la page 86, Askolovitch formule cette exigence :

« Il faut sauver la Shoah d’Israël, et sauver Israël de la Shoah. »

Tout le livre est peut-être contenu dans cette proposition.

Sauver la Shoah d’Israël, c’est refuser que la mémoire de l’extermination devienne un instrument de légitimation politique. Sauver Israël de la Shoah, c’est permettre à cet État d’être jugé sur ses actes, et non éternellement considéré à travers la catastrophe qui a précédé sa naissance.

Je ne suis pas certaine que l’entreprise soit facile. Mais elle me paraît nécessaire. À nouveau, en tant que descendante d’autochtones, palestiniens juifs, je rappelle que réduire Israël à la conséquence de la Shoah est une insulte à mes ancêtres dont certains sont ensevelis au moment des Olivier depuis plus de deux siècles.

Dans ce livre, Askolovitch convoque Emmanuel Levinas, Alain Finkielkraut, Aimé Césaire et Frantz Fanon. Il cherche, au cœur même de la tradition intellectuelle juive, les ressources qui permettraient de sortir de l’aveuglement.

Levinas, notamment, rappelle que l’élection ne confère pas des privilèges, mais impose des devoirs exceptionnels (p. 142). Cette idée me semble infiniment plus féconde que les proclamations d’innocence collective.

Quant à Finkielkraut, il apparaît ici sous un jour qui mérite qu’on s’y arrête.

J’avais consacré en 2016 une longue note à La Seule Exactitude. Ayant côtoyé cet homme d’une probité intellectuelle, remarquable, j’y admirais son érudition et sa sincérité, sans me priver de discuter certaines de ses analyses. Je retrouve chez Askolovitch un Finkielkraut confronté à une question terrible : comment affronter la haine antisémite lorsque les juifs ne peuvent plus se prévaloir de la consolation d’une innocence absolue (p. 151) ?

Une confidence me revient à ce propos.

Lors d’un voyage que nous avions fait ensemble en 2017 en Israël lors d’une conférence sur la paix, qui avait tourné au fiasco en raison de massacres en Cisjordanie, Alain Finkielkraut m’avait confié, visiblement peiné, qu’à la suite de l’un de ses articles sur Israël, Claude Askolovitch lui avait dit qu’il « n’était plus  son ami ».

Nous nous connaissions depuis le procès Barbie, trente ans auparavant, lorsque je faisais, assez pompeusement d’ailleurs, office d’attachée de presse d’Alain Finkielkraut, lui, que tout le monde connaissait et moi qui lisais la presse pour lui !

Mais cette confidence m’avait frappée. On ne choisit pas toujours ses désaccords ; faut-il pour autant qu’ils viennent à bout des amitiés ?

Or voici qu’en lisant aujourd’hui Mes mains, pleines de sang, je retrouve sous la plume d’Askolovitch un Finkielkraut qu’il cite, écoute et prend manifestement au sérieux.

C’est une déclaration d’amitié et j’aime à penser que leurs chemins intellectuels se sont de nouveau croisés, probablement lors de la perte de Valérie, la femme de Claude, une autre séfarade, très présente dans son ouvrage et amie de Jean-Luc Mélenchon et d’Emmanuel Vall. Ceci est probablement la meilleure preuve de la probité intellectuelle et de la grande humanité de ces deux là.

Pour revenir au fond, la question soulevée par Finkielkraut ne signifie évidemment pas que les juifs seraient collectivement coupables des actes d’Israël, pas de sang sur les mains là.

Elle signifie qu’aucune collectivité ne peut réclamer pour elle-même une exemption morale permanente.

Et c’est là que je me sépare peut-être d’Askolovitch.

Je comprends son tourment, mais je ne le partage pas exactement. Je ne me sens pas personnellement responsable des décisions du gouvernement israélien parce que je suis juive. Pas plus que je n’attends de mes amis musulmans qu’ils répondent des crimes du Hamas.

Je revendique en revanche le droit, et même le devoir, de m’y opposer.

L’identité crée des solidarités, parfois des obligations particulières de vigilance. Elle ne saurait constituer une responsabilité morale héréditaire. surtout lorsque ce sont les Israéliens qui m’y enjoignent.

Je me souviens pourtant d’une autre injonction, autrement plus pressante, d’Amos Oz lors de la conférence de J Street à Washington, en 2012 : il nous appelait à faire pression sur les dirigeants israéliens pour mettre fin à une politique qui compromettait chaque jour davantage les perspectives de paix.

Askolovitch écrit depuis une mémoire dont il ne peut s’extraire. Je le lis depuis une autre mémoire, moins directement liée à la Shoah, mais tout aussi attachée à la possibilité d’une fidélité juive et donc déchirée à d’autres endroits. 

Fanon, ou l’impossibilité de choisir ses victimes

Un rapprochement m’a particulièrement frappée.

Dans Éloge du blasphème, Fourest critique les lectures de Frantz Fanon qui réduisent les rapports humains à une opposition entre colonisateurs et colonisés, dominants et dominés, minorités et majorités (pp. 54-59).

Ce qu’elle dénonce n’est pas nécessairement Fanon lui-même, mais l’usage simplificateur que certains militants font de son héritage.

Dans cette grille de lecture, l’appartenance à une catégorie opprimée tend à conférer une légitimité morale automatique.

On sait pourtant fort bien, aujourd’hui plus que jamais, que les victimes peuvent devenir des bourreaux, et que les opprimés ne sont pas à l’abri de l’intolérance.

Askolovitch, lui, se tourne précisément vers Fanon pour retrouver une morale de la solidarité.

Dans Peau noire, masques blancs, Fanon rapporte cet avertissement de son professeur de philosophie :

« Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. »

Fanon en tirait une leçon fondamentale : le racisme antijuif et le racisme antinoir ne constituent pas deux problèmes étrangers l’un à l’autre. Ils participent d’un même mécanisme de déshumanisation.

Askolovitch reprend ce raisonnement et l’inverse (p. 166). Il invite les juifs à reconnaître que les discours de haine visant les Noirs, les Arabes, les musulmans ou les migrants les concernent également.

Voilà une manière de comprendre l’universalisme qui me convient particulièrement.

Il ne s’agit pas de nier les différences entre les histoires, les persécutions et les rapports de pouvoir. Il s’agit de refuser que ces différences servent à distribuer des permis d’indignation.

La souffrance d’un enfant palestinien n’efface pas celle d’un enfant israélien ni les deuils de leurs parents, de nous tous, frères humains. L’antisémitisme ne devient pas acceptable parce qu’il se pare d’anticolonialisme. Et le racisme antimusulman ne devient pas moins condamnable lorsqu’il prétend défendre les juifs, fut-ce pour venger la pire des barbaries.

La première redoute que l’anticolonialisme devienne un système d’excuses. Le second redoute que la mémoire juive devienne un système de justifications.

Dans les deux cas, le danger est identique : cesser de juger les actes pour ne plus considérer que l’identité de ceux qui les commettent.

Et c’est précisément à cet endroit qu’Henri Alleg entre en scène.

Quand le hasard s’en mêle

Comme il arrive parfois que le hasard ait davantage d’imagination que nous, voilà que, tandis que je travaillais à ces réflexions, France Inter diffusait dans Affaires sensibles une émission consacrée à La Question d’Henri Alleg.

Je l’ai écoutée presque par hasard, le 10 octobre, alors que je venais de confronter les analyses de Fourest et les tourments d’Askolovitch. L’émission, diffusée la veille, était présentée par Fabrice Drouelle, avec l’historienne Anne Simonin.

Une coïncidence assez troublante pour que je m’y arrête.

En quelques minutes, cet homme venait de donner une incarnation historique à une question que mes deux lectures ne cessaient de soulever : peut-on être fidèle à ce que l’on est sans devenir prisonnier de ceux auxquels on appartient ?

Henri Alleg : le juif qui combattait pour l’Algérie

Henri Alleg n’était pas un homme sans camp.

Il était communiste, anticolonialiste, journaliste, militant. Ses convictions étaient suffisamment affirmées pour lui valoir la clandestinité, la prison et la torture.

Né Harry Salem en 1921, dans une famille juive originaire d’Europe orientale, il arrive à Alger en 1939. Il y découvre une société coloniale dont les injustices le conduisent à s’engager politiquement. Il devient directeur d’Alger républicain, journal auquel avaient notamment collaboré Albert Camus et Kateb Yacine.

En 1955, le journal est interdit. Alleg entre dans la clandestinité.

Le 12 juin 1957, il est arrêté par les parachutistes français au domicile de Maurice Audin, jeune mathématicien communiste arrêté deux jours auparavant et mort sous la torture.

Alleg est lui-même torturé à El-Biar. Il subit les sévices que l’armée française inflige alors à ceux qu’elle soupçonne de soutenir l’indépendance algérienne.

Il survivra et rédigera clandestinement le récit de ce qu’il a subi.

Publié aux Éditions de Minuit en 1958, La Question fait scandale. Le livre est saisi par les autorités françaises, mais circule à nouveau, notamment grâce à une édition suisse (merci Lausanne !). Il devient l’un des témoignages majeurs sur la torture pendant la guerre d’Algérie.

Pourquoi Henri Alleg m’intéresse-t-il autant aujourd’hui ?

Parce qu’il était juif.

Parce qu’il combattait pour l’indépendance d’un peuple majoritairement musulman.

Parce qu’il a été torturé par des militaires français au nom d’un ordre politique auquel il refusait de se soumettre.

Et parce que, bien des années plus tard, il a poursuivi son engagement anticolonialiste en soutenant la cause palestinienne.

Son nom figure parmi les membres du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, créé en 2009 pour examiner, dans le cadre d’un tribunal d’opinion, la politique israélienne au regard du droit international.

Ce dernier point est essentiel.

On pourrait être tenté de faire d’Alleg une figure commode de la fraternité entre juifs et musulmans, puis de refermer tranquillement le dossier.

Mais ce serait manquer une partie de son histoire.

Alleg n’était pas simplement un juif qui avait défendu les Algériens. Il était également un militant résolument engagé en faveur des Palestiniens, et son opposition au colonialisme ne s’arrêtait pas aux frontières de l’Algérie.

Son parcours rappelle qu’il est parfaitement possible d’être juif et de soutenir la cause palestinienne sans contradiction identitaire.

Inversement, il oblige à rappeler à ceux qui assimilent volontiers la judéité au soutien inconditionnel d’Israël qu’une telle assimilation est historiquement et moralement intenable.

Il y a d’ailleurs quelque chose de révélateur dans la manière dont les grandes figures historiques sont parfois utilisées.

On célèbre Alleg le résistant à la torture, le communiste, l’anticolonialiste. On risque d’oublier le juif. Ailleurs, on célèbre volontiers les intellectuels juifs lorsqu’ils défendent Israël, mais on s’accommode moins facilement de ceux qui contestent les fondements ou les pratiques du sionisme.

Il faut néanmoins reconnaître que certains mouvements antisionistes ont explicitement rappelé toutes les dimensions de son engagement. L’Union juive française pour la paix, notamment, a rendu hommage à sa judéité et à son soutien à la Palestine.

Le problème n’est donc pas qu’Alleg aurait été universellement oublié ou délibérément amputé d’une partie de son identité.

Il est plutôt que nous avons une fâcheuse tendance à ne retenir des hommes que ce qui confirme nos convictions.

Or Henri Alleg résiste à cette réduction.

Il ne fut d’ailleurs pas exempt d’aveuglements. Sa fidélité au communisme, y compris à certaines de ses formes les plus orthodoxes, mérite d’être interrogée. Lui-même ne cachait pas les désillusions que lui avait apportées l’Algérie indépendante.

C’est peut-être ce qui le rend plus intéressant encore.

Il ne s’agit pas de lui fabriquer rétrospectivement une auréole.

Il s’agit de comprendre comment un homme peut consacrer sa vie à une cause sans que celle-ci soit réductible à son origine, à sa religion ou à sa naissance.

Et comment il peut continuer à défendre un idéal même lorsque l’histoire lui inflige de cruels démentis.

Que feraient les suiveurs aveugles de Mélenchon à propos d’Henri Alleg ?

J’en arrive à une question qui me poursuit depuis quelque temps.

Mélenchon sait manier, manipuler même, ce genre de contradiction avec grand talent, mais quid de ses suiveurs le plus souvent aveuglés par le prisme de la victimisation

On imagine aisément ce qu’une partie de la gauche pourrait admirer chez Alleg : son communisme, son anticolonialisme, son courage devant la torture, son engagement pour la Palestine.

Mais accepterait-on de raconter toute son histoire sans en retrancher la judéité ?

Et surtout, accepterait-on qu’un juif puisse être pleinement solidaire des Palestiniens sans devoir, pour être entendu, commencer par se désolidariser de tout ce qui constitue son histoire juive ?

Je ne pose pas cette question uniquement à LFI. Je l’adresse à tous ceux qui exigent des déclarations préalables de loyauté avant de consentir à écouter un interlocuteur.

Il existe aujourd’hui une curieuse manie qui consiste à demander aux individus de choisir entre les éléments de leur propre identité.

Un juif critique d’Israël devrait d’abord prouver qu’il ne cherche pas à excuser l’antisémitisme. Un défenseur des Palestiniens devrait démontrer qu’il ne cautionne pas le Hamas. Un musulman attaché à la laïcité devrait sans cesse confirmer qu’il n’est pas le porte-parole des intégristes.

Ces précautions peuvent être compréhensibles lorsqu’elles répondent à des ambiguïtés réelles. Elles deviennent insupportables lorsqu’elles se transforment en présomptions collectives.

Et l’on finit par ne plus écouter ce que les gens disent, occupé que l’on est à déterminer ce qu’ils devraient dire compte tenu d’où ils parle.

Askolovitch n’épargne d’ailleurs ni Mélenchon ni Marine Le Pen. Il refuse aussi bien les discours qui, à ses yeux, nourrissent l’antisémitisme que les offres de protection venues de l’extrême droite (pp. 252-253).

Je comprends parfaitement et souscris à ce double refus.

Il ne suffit pas de dénoncer l’antisémitisme pour devenir fréquentable lorsque l’on véhicule par ailleurs des idées xénophobes. Et l’on ne saurait excuser les préjugés antijuifs au motif qu’ils se présentent sous les couleurs de l’anticolonialisme.

C’est précisément pourquoi Alleg me paraît constituer une figure si intéressante.

Sa vie oblige à distinguer l’anticolonialisme de l’antisémitisme, la solidarité avec les Palestiniens de l’hostilité envers les juifs, et l’identité juive de l’adhésion à la politique israélienne.

On peut discuter chacune de ses convictions. On ne peut pas les redistribuer à sa convenance.

J’aimerais que ceux qui invoquent aujourd’hui la Palestine prennent toute la mesure de cet héritage qui est aussi le mien. Et que ceux qui prétendent défendre les juifs acceptent, eux aussi, qu’Henri Alleg fasse partie de leur histoire.

La mémoire ne donne aucun droit sur les vivants

Reste la question la plus difficile.

Que faisons-nous de la Shoah ?

Pour Askolovitch, elle est une mémoire intime, une responsabilité, parfois un vertige. Il lui faut comprendre comment un peuple qui a connu la persécution absolue peut se retrouver du côté de la puissance.

Pour Fourest, la mémoire de la Shoah demeure notamment un avertissement contre l’antisémitisme, le négationnisme et les idéologies totalitaires. Elle s’inquiète de ceux qui relativisent la persécution des juifs en prétendant que d’autres victimes auraient désormais davantage droit à notre sollicitude.

Lors de sa conférence du 8 octobre 2026 à Genève, consacrée à l’antisémitisme, aux extrémismes et à la désinformation, elle a prolongé cette réflexion en insistant sur les confusions qui traversent les débats contemporains.

Ces deux démarches sont différentes, mais elles répondent à une même interrogation : comment empêcher que la mémoire soit détournée de sa fonction morale ?

Je me méfie profondément de l’idée selon laquelle la souffrance passée conférerait une supériorité éthique permanente.

Comment ne pas songer ici au Juif imaginaire, ce remarquable essai qu’Alain Finkielkraut publiait en 1980 ? Il a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Ce fut un véritable choc, car il y dénonçait, avec une lucidité parfois cruelle envers lui-même, la tentation de s’approprier les souffrances de ses ancêtres et de se parer d’un héroïsme dont on n’avait pas payé le prix.

Il allait jusqu’à se qualifier de « rentier de l’extermination ». La formule est terrible, mais elle dit admirablement ce qui sépare le devoir de mémoire de l’usurpation de la mémoire.

Finkielkraut, fils d’un survivant d’Auschwitz, savait pourtant de quoi il parlait. Il ne contestait évidemment ni la réalité de la catastrophe ni l’obligation de la transmettre. Il refusait simplement que l’on transforme la souffrance des morts en titre de noblesse pour les vivants.

Il y a quelque chose de singulièrement troublant à relire aujourd’hui cet essai, à la lumière des interrogations d’Askolovitch.

Quarante-six ans plus tard, la question n’a rien perdu de son acuité. Peut-on hériter d’une tragédie sans s’en approprier les mérites ? Et surtout, la mémoire d’une persécution peut-elle nous dispenser de regarder les injustices du présent ?

Pour ma part, qui ai découvert la Shoah auprès d’Henri Bulawko, d’abord à travers ses livres pour enfants, puis à ses côtés lorsqu’il est devenu l’un de mes mentors, la réponse me paraît assez simple : je lui dois une fidélité historique et morale, certainement pas un brevet d’innocence.

Les victimes n’engendrent pas nécessairement des justes. Les descendants des victimes ne sont pas dispensés de rendre compte de leurs actes. Et ceux qui se réclament des opprimés ne deviennent pas innocents par simple procuration.

Il me semble également dangereux de transformer la Shoah en instrument de comparaison universel.

Elle possède une singularité historique qui n’a nul besoin d’être niée pour que l’on reconnaisse d’autres crimes de masse. La mémoire des juifs exterminés n’est pas menacée par la reconnaissance des souffrances palestiniennes.

Elle ne gagne rien non plus à être invoquée pour les faire taire.

Mais l’inverse est tout aussi vrai : dénoncer les violences israéliennes ne saurait autoriser la minimisation du 7 octobre 2023, l’effacement des victimes israéliennes ou la résurgence de vieux fantasmes antisémites sous un vocabulaire politique modernisé.

Je me souviens de ma sidération devant ceux qui, immédiatement après les massacres du 7 octobre, semblaient chercher moins à comprendre l’horreur qu’à lui trouver des circonstances atténuantes.

J’ai éprouvé une indignation comparable devant ceux qui, au fil de la destruction de Gaza, ont continué à présenter toute dénonciation de la violence israélienne comme une forme de trahison.

Dans les deux cas, la même démission morale est à l’œuvre.

On regarde la carte d’identité des morts avant de décider s’ils méritent notre compassion.

On commence par demander qui a frappé, au lieu de regarder qui souffre.

Il y a là quelque chose qui me paraît profondément contraire à l’idée même de civilisation.

Et peut-être est-ce pour cela que la référence à Henri Alleg s’est imposée à moi.

Alleg avait choisi de dénoncer la torture pratiquée par l’armée française alors même que cette dénonciation exposait sa propre vie. Il n’avait pas attendu que les victimes lui ressemblent pour reconnaître l’injustice.

Il n’avait pas davantage exigé des Algériens qu’ils partagent son origine ou sa religion pour leur reconnaître le droit à l’indépendance.

Son engagement palestinien prolongeait cette logique, même si l’on peut naturellement discuter ses analyses politiques.

Il nous rappelle que l’universalisme n’est pas une déclaration d’intention destinée aux colloques et aux conférences.

C’est une exigence qui commence précisément lorsque les victimes ne sont pas celles que nous aurions spontanément choisies.

Le courage de ne pas avoir toujours raison

Il est des moments où la vie réelle vient opportunément rappeler aux intellectuels que les êtres humains sont un peu plus compliqués que les catégories dans lesquelles on voudrait les enfermer.

Tandis que je travaillais à cet article, je recevais un message d’un ami universitaire palestinien, avec lequel je corresponds depuis plus de vingt ans. Durant toutes ces années, je ne l’ai jamais entendu exprimer la moindre animosité envers les juifs. Il exècre la politique israélienne, mais ne porte pas davantage le Hamas dans son cœur.

Il m’envoyait un texte publié sur Facebook par une jeune Palestinienne. Elle disait ne haïr personne, mais écrivait qu’elle était presque certaine que tous les jeunes de Gaza détestaient le 7 octobre. Non parce qu’ils auraient participé à sa préparation, mais parce qu’ils en avaient subi les conséquences : la faim, la destruction de leurs maisons, la disparition de leurs souvenirs, les morts, les orphelins et les veuves. Gaza, écrivait-elle, était devenue une ville de chagrin.

Je lui ai répondu avec cette tristesse particulière que provoque le spectacle de deux peuples dont les histoires sont si étroitement mêlées et qui semblent condamnés à s’entre-déchirer. Je lui ai parlé de Claude Askolovitch, de la crise de conscience qui traverse une partie de la diaspora juive, de l’antisémitisme qui se nourrit du conflit et de ceux qui ont intérêt à l’entretenir. Je lui ai dit aussi mon espoir dans les jeunes générations, dans leur capacité à refuser la haine et la déshumanisation.

Et j’ai terminé par une promesse qui n’était pas tout à fait nouvelle. Depuis plus de vingt ans, cet ami et moi rêvons d’un petit café installé sur une plage de Gaza. Nous nous y retrouverions un jour, autour d’une tasse de café, peut-être très vieux, mais toujours là, notre humanité nous ayant permis de tenir jusque-là.

Sa réponse m’a profondément émue. Il me remerciait de continuer à lire ses textes et ceux des jeunes qui l’entourent, d’entretenir ce qu’il appelait un « pont vital d’humanité partagée » dans un monde fracturé. Il évoquait à son tour les nouvelles générations, leur refus de la haine, et concluait en me disant combien il attendait ce jour où nous pourrions enfin nous retrouver dans ce petit café, sur une plage de Gaza en paix.

Voilà peut-être ce que je cherche, au fond, dans les livres de Fourest et d’Askolovitch, et dans le parcours d’Henri Alleg.

Non pas une théorie supplémentaire sur l’identité, mais la possibilité de ne pas laisser nos identités décider à notre place de ceux que nous avons le droit d’aimer, d’écouter ou de défendre.

Je referme donc ces deux livres avec des sentiments différents.

J’admire chez Caroline Fourest la volonté de distinguer les principes des appartenances, de défendre la liberté d’expression jusque dans ses manifestations les plus déplaisantes et de refuser les indulgences accordées aux fanatismes sous prétexte qu’ils se réclament d’une minorité.

Je suis profondément émue par l’examen de conscience d’Askolovitch, par son refus de transformer la mémoire juive en justification de la violence et par son effort pour retrouver, au sein même de cette mémoire, une exigence de justice envers les Palestiniens.

Je ne les suis pourtant ni l’un ni l’autre jusqu’au bout.

Fourest peut parfois donner le sentiment que les contradictions de l’anticolonialisme suffisent à discréditer certaines de ses interrogations légitimes.

Askolovitch me semble parfois porter sur ses épaules une culpabilité collective dont je refuse, pour ma part, le principe.

Mais tous deux m’aident à penser.

Et c’est déjà beaucoup, dans une époque où l’on demande si souvent aux intellectuels de nous conforter plutôt que de nous déranger.

Henri Alleg, lui, introduit une autre dimension.

Il nous rappelle que les principes ne valent vraiment que lorsqu’ils résistent à l’épreuve des faits, des fidélités et des risques personnels.

Je n’ai pas envie de transformer cet homme en saint laïque. Il n’en avait probablement ni le goût ni la prétention. Je préfère conserver l’image d’un journaliste juif qui avait fait de l’Algérie sa patrie d’adoption, qui s’était opposé à la torture pratiquée par l’État français et qui avait poursuivi son combat en faveur de la Palestine.

Un homme engagé, parfois obstiné, certainement discutable, mais dont l’histoire rend dérisoires bien des assignations identitaires contemporaines.

Le titre de son livre, La Question, me paraît finalement d’une actualité saisissante.

Car la question demeure.

Sommes-nous capables de reconnaître une injustice lorsqu’elle est commise par ceux auxquels nous nous sentons liés ? Sommes-nous capables de défendre une victime lorsque ceux qui prétendent parler en son nom nous sont profondément antipathiques ?

Et surtout, sommes-nous encore capables d’admettre que notre propre camp puisse avoir tort ?

Je ne sais pas ce qu’Henri Alleg aurait pensé de notre époque. Je me garderai bien de le faire parler à titre posthume.

Mais je sais ce que son parcours m’inspire.

Je n’ai pas besoin de choisir entre la mémoire de la Shoah et la souffrance des Palestiniens. Je n’ai pas davantage besoin de minimiser l’antisémitisme pour critiquer Israël, ni d’excuser le fanatisme religieux pour défendre les musulmans.

Et si mon histoire familiale m’a transmis quelque chose, au-delà de ses langues, de ses déplacements et de ses multiples appartenances, c’est peut-être précisément cela : le sentiment que l’on peut habiter plusieurs mondes sans devoir trahir aucun d’eux.

À condition, naturellement, de ne pas confondre fidélité et aveuglement.

Henri Alleg l’avait compris à sa manière.

Et je me prends à penser que ce petit café sur une plage de Gaza serait une assez jolie victoire sur tous les fanatismes.

Image provenant de https://www.wrmea.org/dispatches-from-gaza/gazas-sea-a-lifeline-a-memory-and-now-a-target.html

P.-S.

Pour la première fois de ma vie, j’ai eu recours à l’intelligence artificielle pour m’aider à rédiger cet article. Les note, lectures, les interrogations, les souvenirs et les convictions sont bien les miens. Mais, impatiente de mettre en forme une réflexion qui me tenait particulièrement à cœur, j’ai confié à ChatGPT le soin de m’aider à en organiser les fils et à accélérer la rédaction.

Une expérience assez étonnante, je dois l’avouer, tant il m’est arrivé de me reconnaître dans certaines formulations.

Comme quoi, même une intelligence artificielle peut parfois se révéler une fréquentation stimulante. À condition, naturellement, de ne pas lui abandonner la sienne et en l’occurrence, j’ai retravaillé chacune de ces phrases qui sont totalement miennes.


Références et lectures complémentaires

Ouvrages principaux

  • Claude Askolovitch, Mes mains, pleines de sang, Grasset, 2026.
  • Caroline Fourest, Éloge du blasphème, Grasset, 2015.
  • Alain Finkielkraut, Le Juif imaginaire, Seuil, 1980.
  • Alain Finkielkraut, La Seule Exactitude, Stock, 2015.
  • Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Seuil, 1952.
  • Henri Alleg, La Question, Les Éditions de Minuit, 1958 ; édition suisse, Lausanne, La Cité, 1958.

Henri Alleg et la guerre d’Algérie

  • France Inter, Affaires sensibles, « La Question d’Henri Alleg, le livre qui dénonce la torture durant la guerre d’Algérie », émission du 9 octobre 2026, présentée par Fabrice Drouelle, avec Anne Simonin. Écouter l’émission⁠Attachment.png.
  • Tribunal Russell sur la Palestine, documentation relative à sa création et à son comité de parrainage.
  • Hommages à Henri Alleg publiés en juillet 2013, notamment par l’Union juive française pour la paix et des organisations anticolonialistes.

Sources et lectures complémentaires autour d’Éloge du blasphème

  • Isabelle Kersimon et Jean-Christophe Moreau, Islamophobie : la contre-enquête, Plein Jour, 2014.
  • Alla Chevelkina et Pierre Chausse, « Attentats : Jean-Marie Le Pen adepte de la théorie du complot », L’Express, 18 janvier 2015.
  • Michel Danthe, « Tariq Ramadan accuse Charlie de lâcheté et de faire de l’argent avec l’islam », Le Temps, 12 janvier 2015.
  • Caroline Fourest, « Nous sommes tous des “sales Français” », éditorial vidéo, octobre 2014.
  • Mohamed Sifaoui, L’Affaire des caricatures, Privé, 2006.
  • Jeanne Favret-Saada, Comment produire une crise mondiale avec douze petits dessins, Fayard, 2007.
  • Alexandra Schwartzbrod, « Le piège d’un débat identitaire et binaire », Libération, 19 septembre 2012.
  • Michael Goldfarb, « The coverage of the killings in France risks distorting history », The Telegraph, 14 janvier 2015.
  • Marianne, « Mes frères ne peuvent pas dire qu’ils en sont arrivés là parce qu’ils étaient orphelins », 9 mars 2015.
  • The New York Times, archives relatives à la controverse autour de l’exposition du Brooklyn Museum, septembre 1999.
  • Caricatures et caricature, site consacré à l’histoire et à l’étude des caricatures.

Articles de Cosmopolitique

  • « Lyon terrienne et fluviale… chaleureuse et amicale ! », 2 avril 2017.
  • « La Seule Exactitude », 26 août 2016.
  • « Diasporas juives et Haïti, ou la mémoire effacée », 5 août 2017.
  • « À quand un Luther musulman ? », 23 septembre 2012.
  • « Dans le combat entre toi et le monde, seconde le monde », 11 janvier 2026.

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