Retour chez les Helvètes 28): Pacifiée par le Pacifique (Paris-Genève)

Revenir à Genève en passant par Paris m’a permis un délicieux palier d’adaptation culturelle avant un retour vers le printemps lémanique

Retrouver mes marques dans la ville de mon en-France

Le fabuleux musée d’art et d’histoire du judaïsme, sa cour avec la belle statue de Dreyfus par Tim, son hommage par le biais d’une œuvre et d’un commentaire sur son donateur ou son Mur de Boltanski.

La très belle expo de David Goldblatt au Centre Pompidou

qui donne à réfléchir sur cette Afrique du Sud en noirs et blancs de l’apartheid des années 50 à nos jours avec une forme d’esclavage moderne composée d’ouvriers qui passent 8 heures dans leur transport jusqu’à leur lieu de travail…

Deux coups de cœur aussi avec les Hollandais à Paris au Petit Palais, mon ravissement devant les œuvres de Gerard van Spaendonck et l’extase devant les exquises œuvres du Tintoret au Musée du Luxembourg

Après cet atterrissage, mon retour dans mon autre ville, une autre lumière aussi…

Un très bon ami à qui j’annonçais mon atterrissage me faisait remarquer que j’avais rarement été en fait autant sur la Terre, il a raison. J’ai bénéficié de ce luxe inouï de ne faire rien d’autre qu’observer la beauté d’un monde pour qui notre marasme nombriliste n’est qu’une vague rumeur relativement insignifiante. Pour un peu, ceux qui n’ont rien compatiraient avec ceux qui ont réellement tout pour être heureux!

Là-bas, dans ces chatoyantes mers du Sud, j’ai appris l’intensité du regard qu’on soutient, de retour je m’amuse de constater que celui-ci gêne… nous ne nous regardons plus, nous ne prenons pas le temps de nous adresser à l’autre, pour un court échange qui n’engage à rien d’autre qu’un peu de chaleur humaine qui rend le plus endurci conscient de sa propre humanité…!

Samedi dernier j’étais à cette merveilleuse exposition du Tintoret, dans une relative affluence (j’en avais un peu perdu l’habitude 😂), chacun dans sa bulle, lorsqu’une guide prétendument patentée affirma sans rire devant l’Enlèvement de Saint-Marc que pour ce faire ses disciples avaient pour le cacher utilisé un subterfuge: ils le dissimulèrent sous des porcs… “pour en détourner les musulmans”. Entendant cela, j’ai sursauté car 600 ans avant sa naissance, j’ignorais que le Prophète avait déjà des émules. Et je n’ai pu retenir un petit commentaire avec un monsieur qui comme moi semblait abasourdi. Il m’a alors conseillé de lire Maîtres Anciens, le petit bijou de Thomas Bernhard sur les horreurs proférées par les guides depuis 200 ans. Je n’ai pas lu la pièce ni encore mené mon enquête mais cet échange s’est mué en une sorte de conciliabule à travers toute l’exposition où chacun commentait ses émotions devant tel ou tel tableau, ses souvenirs devant la carte de Venise… Autant de signes tangibles que notre humanité dont Charlie nous avait fait prendre conscience ne demande qu’à ressurgir et se retrouver!

À Genève cependant, c’est d’inhumanité dont il fut question lors de la glaçante projection du dernier volet de la Trilogie du Mal de Barbet Schroeder

Après la citation de Byron

Hate is by far the greatest pleasure; men love in haste, but detest in leisure.(Don Juan, Canto the Thirteenth)

on découvre un moine bouddhiste, Wirathu (le Vénérable W.), à qui on accorderait le Bouddha sans confession, proférer des horreurs racistes nous replongeant dans la pire propagande Goebelsienne… et hélas entraînant à sa suite des millions de fidèles fanatisés dont Aung San Suu Kyi…

Devant une salle absolument comble de jeunes gens, ce film projeté au Graduate Institute dans le cadre du FIFDH 2018 a été présenté par Manon Schick d’Amnesty Suisse qui ne mache pas ses mots

Il s’agit d’un apartheid aujourd’hui, à notre époque. (…)Avons-nous été aveuglés par Aung San Suu Qyi?

Le film a été suivi d’un bref entretien du cinéaste suisse avec un obscur et incompétent interviewer qui a tout de même indiqué qu’

On assiste à un génocide. Celui-ci se déroule maintenant.

Le cinéaste reconnaît qu’il cherche dans sa trilogie à faire des films de cinéma, pas du journalisme d’investigation, à travers ses portraits d’Idi Amin (1er volet), Jacques Vergès (2ème volet) et Wirathu pour ce dernier volet.

Pour le convaincre de tourner le documentaire, il a utilisé l’excuse que Marine Le Pen était sur le point d’être élue (ce qui était tout à fait plausible alors…) et que Trump venait de l’être. Il a présenté ce projet dans la perspective de décrire le nationalisme.

Le titre W. marque sa volonté de ne pas lui faire plus de publicité que nécessaire.

S’étant laissé convaincre, sa participation a été de plus en plus intense au cours d’un certain nombre d’entretiens.

Barbet Schroeder a réalisé les autres interviews une fois terminés tous les entretiens avec le moinillon.

Le cinéaste a choisi ce personnage à la suite de la lecture d’une étude de Yale en 2015 qui évoquait déjà un génocide.

Un génocide démarre dès qu’on désigne un groupe et qu’on construit un étau tel qu’il suffise ensuite d’une étincelle pour y mettre le feu.

700’000 personnes en ont déjà été les victimes en peu de temps et pourtant même maintenant ce génocide n’est pas à la Une, pas plus que celui du Yémen.

Il n’y a pas la place ni le temps alors qu’on a des news non-stop….

On détruit les preuves et on s’assure que les gens ne puissent pas revenir.

Le plan chinois pour faire les Rohingyas est totalement impossible à l’heure actuelle.

Je suis très proche des boudhistes et ne voulais pas y croire.

Aung San a servi de caution pour les militaires qui ont conservé toutes les manettes du pouvoir. Elle est comme Pétain, héros de l grande guerre dont on attendait beaucoup et qui n’a rien fait.

Elle est même à la tête des dénégations de viols et des accusations envers les musulmans.

La majorité de la Birmanie est probablement d’accord avec ces idées extrémistes.

Cette situation me fait hurler!

J’ai envoyé au moine un lien pour accéder (une seule fois) au film en français et son commentaire a été que ce film est équilibré et bien exposé.

Évidemment le film est truffé de détails qui lui ont échappé…

Sa théorie est que:

  • le massacre de Mellula est dû à la mort d’un moine bouddhiste;

  • Le viol des musulmans est soit-disant concocté par les musulmans;

Tout comme Idi Amin Dada qui ne comprenait pas pourquoi les gens riaient, il ne perçoit pas la critique implicite.

On pense complètement à la montée du nazisme et à Milosevitch avec le Kosovo.

Aung San Suu Qyi aura à répondre de son attitude devant un tribunal international.

Amin Dada a été une véritable révélation dans l’innocence de son comportement.

Les gens mauvais en gros plan montrent leur vrai visage.

Je suis assez pessimiste de nature et c’est pour explorer et me rassurer que je fais ça.

Je fais des films qui font réfléchir, mettent mal à l’aise.

J’utilise les images au ralenti depuis que j’ai découvert de cette caméra. Cela devient la marque du bouddhisme dans ce film, pour rentrer plus en soi-même….

C’est sur ce crépuscule marseillais que je vous quitte provisoirement, pacifiée mais lucide…

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