This is a bilingual post. La version française est plus bas dans ce texte.

The Syrian people is dying of our indifference

FADWA
Copyright FIFDH

This sentence has been uttered at least 3 times last night during last night film viewing of the FIFDH Geneva Human Rights Film Festival. In her beautiful and desperate Arabic by Fadwa Suleiman and in French by tireless human rights defender Carla Del Ponte.

To these two ladies and to all Syrian women who suffer a tragedy in our indifference or helplessness, I would like to dedicate this International Women Day.

Women do not appear much in the film (click on link) I saw last night, as one film attendee rightly noticed. But what I saw left me a lasting impression that I know about a crime and haven’t done much neither in contributing, supporting or writing about it?

Why is that? Maybe because I supported the Arab Spring in Tunisia and now almost feel sorry I did because the situation there is not getting any better, to use an euphemism! Maybe it’s just as well we let Syrians sort their problems on their own, fair enough…but women, men and children are dying every day, and their doctors, their last resorts in fact, are being particularly targeted by their own government as killing a doctor is indirectly killing thousands of civilians.

These civilians are not necessarily taking part in the conflict, but if they are not rich enough to flee, they are trapped all the same. We might be afraid of indirectly helping Salafists by helping Syrian opponents to the regime, fair enough, but this means that we agree that women, men and children die simply because they are Syrians.

When you think that Bachar El-Assaad is a doctor himself, that he pledged to save lives and now agrees to be the dictator of a dying country, this is a plot Shakespeare would have loved, the tale of a man who was not even his father’s favorite successor, who was for a time the hope of a turn towards democracy, who himself is a father…and who accepts that his people kills their own. If one doctor ought to die, I believe I know who it is and he’s got a ready made necrology if you click on this link!

As one of the opponents in the film rightly said, the bullets are shot by men who have been trained with my tax money. And these bullets are made and provided by Russia, becoming once again a rogue State in this conflict.

We know democracy has a price, as in the Merchant of Venice:

Go with me to a notary, seal me there
Your single bond; and, in a merry sport,
If you repay me not on such a day,
In such a place, such sum or sums as are
Express’d in the condition, let the forfeit
Be nominated for an equal pound
Of your fair flesh, to be cut off and taken
In what part of your body pleaseth me.
 (1.3.17)

But the combat is unequal and unfair, and in some instances, most instances in fact, it’s the silent majority who suffers the most.

So what is the world doing? What is the Red Cross doing? What are we doing? What are we doing, fellow members of Académie Sans Frontières?

I certainly don’t have the answer but invite you all to let the Syrian Women, today, know that we care for them, that we will contribute at least to send food and drugs to those people who die in silence in their home or in screams of pain in secret hospitals because the hospitals have now been totally destroyed.

I saw a remarkable Geneva Doctor, last night, Tawfik Chamaa, a long time Syrian opponent  who is also the spokesman of the Union of Syrian Medical Relief Organizations, a federation of Medical doctors prepared to take the risk of helping their fellow coutrymen and do what the Red Cross doesn’t seem to be doing properly, which is to bring relief to those who need it instead of giving this support to El-Assaad who should then probably be redistributing it to the people he’s sending troups to kill…! Chamaa regularly goes to Syria beyond the fireline to bring support and medical assistance to hidden hospitals. He’s helped by doctors from all over the Arab World who sympathize with the suffering of other Arabs. Tawfik

I spoke to Tawfik Chamaa last night, he insisted that this is a civilian cause. His organization does what the Red Cross should do, what Medicins Sans Frontières actually do. MSF is the only Medical NGO still operating in Syria.

So, if you are afraid that your support goes to Salafists by helping a Syrian Organization (although I met Tawfik last night and guarantee he’s a humanist, certainly not a fanatic.), then support MSF!

Dr. Chamaa told us all last night that he begged us tonight to be outraged (“indignez-vous”)…what he didn’t dare say but thought and told me privately later is that he would have wished to say, be outraged by your indifference. This man had tears in his eyes when he watched the two movies presented last night. Barack Obama, says Carla Del Ponte, is the last hope for the Syrian women. Barack, you have a Nobel Peace Award…time to honor it and honor the Syrian Women today!

 

Le peuple syrien se meurt dans notre indifference

FADWA
Copyright FIFDH

Nous avons eu l’occasion hier d’entendre cette phrase à multiples reprises hier dans la bouche de la tragédienne syrienne Fadwa Suleiman  et dans celle de l’infatigable defenderesse des droits humains,  Carla Del Ponte.

J’aimerais dédier cet article à ces deux femmes d’exception ainsi qu’à toutes les femmes syriennes qui meurent chaque jour dans notre indifférence ou notre incapacité à trouver comment agir…

Comme l’a justement fait remarquer une spectatrice la nuit dernière au Festival du film sur les droits humains (click on link) les femmes n’apparaissent pas du tout dans les images qui furent projetées. Certes, mais c’est encore plus inquiétant et j’en ai gardé l’impression profonde de savoir qu’un crime se commet sans que je n’ai ni écrit, ni agi pour au moins faire savoir à celles qui souffrent que je pense à elles, qu’elles ne sont pas tout seules, que je vais les aider d’une manière ou d’une autre!

Pourquoi ne pas avoir agi et réagi plus tôt? Peut-être parce que mes ailes sont un peu brûlées par les effets salafistes de l’après-révolution du jasmin tunisien. Et par la situation pas très rose de son voisin Libyen!

Il n’en reste pas moins qu’hier soir j’ai reçu une grand claque en réalisant l’ampleur du désastre, du massacre et du sentiment d’abandon du peuple syrien, de tous ces civils qui n’ont pas forcément pris part à ce conflit mais qui n’ont pas les moyens ou le désir de s’enfuir. Le peuple syrien se comporte de manière particulièrement digne et les étrangers sont frappés par le fait que lorsqu’ils se désolent sur le sort de la Syrie, ce sont les Syriens eux-mêmes qui se chargent de leur remonter le moral.

Certes, il y a un risque qu’en aidant les opposants au régime, nous aidions les salafistes, mais devons-nous pour autant laisser crever ces femmes, hommes et enfants tout simplement?

Les médecins constituent la principale cible des troupes en ce moment car tuer un médecin revient indirectement à tuer  des milliers d’autres vies, celles de leurs patients potentiels. Quand on sait que Bachar lui-même est médecin et qu’il a donc fait le serment d’hypocrate (hypocrite n’a jamais été si bien adapté à l’adage bis), on se retrouve dans une véritable tragédie Shakespearienne! Et on en vient à souhaiter que luim médecin, soit la prochaine cible. Un site humoristique a d’ailleurs d’ores et déjà rédigé sa nécrologie (cliquez ici)

Comme l’indique un des opposants dans le documentaire visionné hier, les balles sont tirées par des hommes entrainés grâce à l’argent de ses impots…et ils sont fournis par la Russie qui en la matière se comporte en Etat voyou, tant en fournissant des armes à Assaad qu’en apposant sont véto au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Un peu à la manière du Marchand de Venise, nous savons tous le prix de la démocratie qui exige sa part de chair (allez-voir l’anglais pour la citation plus haut), mais je préfère la version de Brassens,

Mourir pour des idées, l´idée est excellente
Moi j´ai failli mourir de ne l´avoir pas eu
Car tous ceux qui l´avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourrons pour des idées, d´accord, mais de mort lente,
D´accord, mais de mort lente

Jugeant qu´il n´y a pas péril en la demeure
Allons vers l´autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l´allure, il arrive qu´on meure
Pour des idées n´ayant plus cours le lendemain
Or, s´il est une chose amère, désolante
En rendant l´âme à Dieu c´est bien de constater
Qu´on a fait fausse route, qu´on s´est trompé d´idée
Mourrons pour des idées, d´accord, mais de mort lente
D´accord, mais de mort lente

Les saint jean bouche d´or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d´ailleurs, s´attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c´est le cas de le dire
C´est leur raison de vivre, ils ne s´en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J´en conclus qu´ils doivent se dire, en aparté
“Mourrons pour des idées, d´accord, mais de mort lente
D´accord, mais de mort lente”

Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c´est bien beau mais lesquelles?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d´accord, mais de mort lente
D´accord, mais de mort lente

Encor s´il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu´enfin tout changeât, qu´enfin tout s´arrangeât
Depuis tant de “grands soirs” que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l´âge d´or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n´en ont jamais assez
Et c´est la mort, la mort toujours recommencée
Mourrons pour des idées, d´accord, mais de mort lente
D´accord, mais de mort lente

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n´a pas besoin qu´on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d´accord, mais de mort lente
D´accord, mais de mort lente

Car ce combat est ignoble et injuste, et il frappe  une majorité silencieuse qui se terre et meurt en silence de notre indifférence.

Que fait le monde? Que fait la Croix-Rouge? Que faisons-nous? Et que diable fait Obama? Il paraît qu’il soupçonne que les armes de destructions massives iraquiennes soient stockées en Syrie…encore elles?

Je n’ai aucune réponse, simplement en ce 8 mars, je vous invite à penser à ces femmes syriennes, et à leur faire savoir que vous ne les oubliez pas et que vous les aiderez, soit en donnant un peu d’argent à MSN,  seule ONG encore présente en Syrie, soit à la fédération d’associations d’assistance médicales syriennes dont Tawfik Chamaa est le remarquable et vibrant porte-parle.

Notre silence permet que meurent en silence des femmes, soit chez elles faute de soin et de médecins, soit dans des cris de douleur dans des hopitaux clandestins maintenant que tous les hopitaux ont été rasés à l’instar de celui d’Alep en novembre dernier.

Je sais qu’internet, que les réseaux sociaux peuvent changer cette donne, que nous pouvons nous mobiliser. J’appelle l’ACADEMIE SANS FRONTIERE à se mobiliser et à aider notamment ce médecin genevois, le Dr.  Tawfik Chamaa, opposant syrien de longue date et porte parole de lUnion of Syrian Medical Relief Organizations,  une fédération de médecin prêts à risquer leur vie pour venir en aide à leur compatriotes ou simplement à leurs frêres arabes, comme ces jeunes médecins marocains dans le film d’hier.

Tawfik Chamaa  passe régulièrement la ligne de feu pour se rendre au chevet de ses compatriotes dans dans les hopitaux de fortune. Je lui ai un peu parlé hier et il a tenu à insister sur le fait qu’il s’agit d’une cause civile. Son organisation ne fait rien d’autre que se substituer efficacement à l’aide inefficace de la Croix-Rouge. Elle agit seule sur le terrain, ou presque  Médicins Sans Frontières continue à opérer en Syrie et attend vos dons.

Vous avez donc le choix, si vous avez peur que vos dons n’atterrissent dans une escarcelle salafiste, ce que je ne crois pas, en aidant une Association syrienne (ma rencontre avec Tawfik me permet d’affirmer qu’il s’agit réellement d’un humaniste et sûrement pas d’un fou de Dieu.), alors au moins aidez MSF!

Le Dr. Chamaa a conclu son intervention hier en nous suppliant de nous indigner avant d’aller dormir. Ce qu’il n’a pas osé dire publiquement, c’est qu’il aurait voulu nous dire

indignez-vous de votre indifférence.

J’ai déjà eu l’occasion d’écrire que j’espérais et croyais fermement que Barack Obama allait enfin se montrer digne de son prix Nobel de la Paix anticipé…aussi bien en Syrie qu’en Israel et en Palestine, je continue d’espérer!